samedi 31 mai 2008

Déloger l'animal de Véronique Ovaldé

Extrait

Elle s'est éteinte. Elle n'a pas bougé depuis le matin, elle était juste assise devant le journal sans plus remuer qu'une bûche.

[…]Maman toujours restait inerte. J'ai cru qu'elle posait, je me suis dit, elle pose pour quelqu'un que je ne vois pas et qui est pourtant dans la pièce, quelqu'un qui exige d'elle la plus parfaite immobilité.

[…]Mais au bout d'une semaine, je me suis rendu compte qu'elle était en train de disparaître bel et bien en face de la télé, elle semblait déjà presque absorbée par le fauteuil chenille, je la voyais un peu moins distinctement chaque jour, ses contours devenaient flous.

Je me suis dit, il faut que je fasse quelque chose.
 
Mon avis

Rose s'imagine que son père n'est pas son vrai père, et ne comprend pas qu'une femme aussi magnifique que sa mère ait pu engendrer une fille "comme elle". Après une dispute de ses parents, Rose constate que sa mère attend tous les jours avec impatience le journal pour se plonger dans les petites annonces. Rose prend peur : et si sa maman voulait quitter son père ?  Rose est une jeune fille de 15 ans pas comme les autres. Elle fréquente une école spéciale et paraît la moitié de son âge. Elle est un peu protégée et préservée du monde qui l'entoure par un père qui ne dit pas vraiment quelle est sa profession et par une mère qui cache bien des choses sur sa famille et son passé.

Un jour la maman de Rose disparait. Envolée, volatilisée. Rose va trouver du réconfort auprès de sa voisine âgée de plus de 60 ans, tout en essayant de comprendre la disparition de sa mère en colmatant à l'aide de son imagination les failles laissées par les mensonges et les non-dits de ses parents.

Déloger l'animal est un récit tout en finesse et non dénué de poésie d'une jeune adolescente à l'allure de petite fille étrange et fantasque. La plume de Véronique Ovaldé ne m'a pas laissée indifférente, à suivre donc.


mercredi 28 mai 2008

La voleuse d’hommes de Margaret Atwood

Extrait

Zénia lui a volé quelque chose, le seul bien qu’il ait toujours conservé à l’abri de toutes les femmes, même de Roz.  Appelons cela son âme.  Zénia l’a prise dans sa poche de poitrine quand il ne regardait pas, aussi facilement que si elle avait dévalisé un ivrogne, elle l’a examinée, elle a mordu dedans pour voir si elle était vraie, elle a ricané de la trouver si petite après tout, et elle l’a jeté, parce que c’est le genre de femme qui désire ce qu’elle n’a pas et obtient ce qu’elle veut, puis méprise ce qu’elle a reçu.

Quel est son secret ?  Comment réussit-elle ? D’où vient son indéniable pourvoir sur les hommes ? Comment s’en empare-t-elle, interrompant leur course d’un croche-pied, pour le retourner comme un gant ? 


Mon avis

Margaret Atwood nous décrit minutieusement le parcours depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte de ces trois femmes qui deviendront amies avec le temps : Tony, Charis et Roz, qui se sont rencontrées lors de leurs études supérieures mais qui ne se connaissaient guère d’atomes crochus à cette époque. Leur futur point de convergence : elles seront trahies, chacune à tour de rôle, par Zénia, femelle hyper sexy qui gagnera leur confiance et leur amitié avant de détruire leur couple en vampirisant leur conjoint. Ces femmes seront marquées au fer rouge par cette trahison, qui cimentera définitivement leur amitié.
 
Ces trois femmes n’avaient pourtant pas été épargnées par leur enfance : mère volage et père devenu alcoolique et suicidaire pour Tony ; mère dépressive, père inconnu et oncle pédophile pour Charis ; mère effacée et père escroc pour Roz. L’auteure semble nous offrir une panoplie de personnages aussi détraqués les uns que les autres, les hommes n’ayant pas souvent le meilleur rôle… Chacune trimballe donc tant bien que mal ses failles, ses manques, ses faiblesses, véritables portes ouvertes par lesquelles d’engouffrera Zénia.
 
Mais qui est donc cette fascinante Zénia, qui s’invente à chaque fois une autre vie et un autre passé en fonction de son interlocuteur ? Mante religieuse et femme caméléon, séductrice et prédatrice, qui sait tellement bien manipuler et se modeler de manière à s’offrir en miroir aux fantasmes des femmes d’abord, des hommes ensuite.
La séduction, la confiance, la manipulation, le rejet, la trahison et l’abandon, voilà les thèmes récurrents apparaissant tout au long du roman.
 
Pourquoi Zénia réapparaît-elle quatre années après son décès officiel ? Pourquoi a-t-elle simulé sa mort et organisé son propre enterrement ? Voilà ce que les trois amies essayeront de découvrir jusqu’au jour où chacune à tour de rôle la rencontrera en tête à tête dans sa chambre d’hôtel.
 
Sachez toutefois que Zénia – qui tient à la fois de la vamp, de la stryge et de la sirène par son chant ensorcelant - demeurera à jamais opaque et insaisissable ; aucune question la concernant ne trouvera une réponse claire et définitive. On en vient même à se demander si le fait d’avoir embarqué les conjoints de Tony, Charis et Roz n’étaient pas plus une bénédiction qu’autre chose les concernant…
 
Je suis dubitative quant à ce roman. D’un côté, je l’ai trouvé long, verbeux, de l’autre, je n’arrivais pas à l’abandonner et j’étais curieuse de lire la suite. Ce roman exerçait donc sur moi une certaine attraction en dépit de ces inconvénients.



 

mardi 27 mai 2008

Un roi sans lendemain de Christophe Donner

Christophe Donner, qui aime visiblement se mettre en scène dans ses romans, nous dit d'emblée qu'on lui donne une réputation d'ennemi du roman.
Il veut relever le défi qui consiste à nous parler de lui à la troisième personne, lui assurant ainsi une impression de libération et par la même occasion lui offrant l'opportunité de jouir d'une plus grande liberté de narration.

Nous voilà donc en présence de Henri Norden (anagramme de Donner – vous suivez toujours), auteur qui accepte d'écrire le scénario d'un film sur le jeune Louis XVII, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette mort dans la prison du Temple à l'âge de dix ans, en 1795. Henri Norden nous fait part très rapidement de ses doutes quant à la réalisation du projet, nous parle de sa rencontre avec une femme qui se prénomme Dora, de ses ex-petits amis (sous-entend donc sa bisexualité), de ses rencontres concernant la préparation du film, du choix des acteurs, de son obsession pour les martyres et les exécutions macabres etc

Je dois bien avouer que la partie du roman consacrée à Henri Norden n'est pas vraiment celle qui a suscité le plus mon enthousiasme. Non seulement je n'étais pas très intéressée par le sujet mais j'ai eu du mal à comprendre le lien qui unissait les deux récits, celui de Norden et celui de Louis XVII, si ce n'est qu'elle permet de justifier une belle fin de roman lorsque Norden se recueille sur la relique de ce jeune roi sacrifié qui se retrouve enfin dans la crypte des rois de France, aux côtés des tombes de ses ancêtres (l'auteur nous contera d'ailleurs toutes les péripéties inimaginables de cette relique au cours du temps qui a finalement été identifiée en 2000 comme étant bien celle du fils de Marie-Antoinette).

J'ai nettement plus apprécié le récit concernant les évènements précédents et suivants la naissance du jeune Louis jusqu'à sa mort et au-delà.
Christophe Donner/Henri Norden nous décrit cette tragédie sous un angle résolument non-conformiste et inhabituel. Non seulement il part à la recherche du responsable du décès du jeune roi mais il analyse les évènements sous un regard extrêmement critique de la révolution.

Si Christophe Donner ne prétend pas détenir la vérité, il essaye en tout cas de lever le voile sur tous les mensonges et de rétablir un certain équilibre dans les faits tels "qu'ils se sont passés".

Extraits de son interview sur le site Evene
Pourquoi critiquer autant la révolution qui est avant tout une émancipation intellectuelle, politique, sociale ?

La question est “Comment a-t-on réussi à faire de la révolution quelque chose de positif ?” Les Lumières ne commencent pas en 1789, c’est bien avant. Ni Voltaire, ni Rousseau, ni Diderot n’ont appelé à faire la révolution. Elle fut en réalité une situation de violence que l’on a justifiée en parlant d’un peuple qui crevait de faim, d’un Louis XVI qui aurait été un affreux dictateur, etc. On a imaginé l’Ancien Régime comme quelque chose de terrifiant. C’est faux. C’est un gros mensonge. Louis XVI n’était pas un despote sanguinaire. A son grand tort, d’ailleurs. S’il avait été un fin stratège politique, il aurait agi avec violence à un certain moment de son règne. Il était totalement incapable de faire tirer sur la foule. C’est probablement le monarque le plus gentil que les Bourbons ont engendré. Cette explosion de violence est plus de l’ordre de l’irrationnel. C’est une situation incalculable, imprévisible qui a fait que la violence s’est répandue comme un torrent d’absurdités. Ce n’est pas la misère qui a déclenché cette révolution et les choses auraient pu se passer différemment. Il n’y a pas de fatalité dans l’histoire.

Pour ceux qui aiment les récits historiques, je vous conseille également le roman La chambre de Françoise Chandernagor. Ce roman analyse sous un angle plus intimiste et psychologique la personnalité et le ressenti de ce jeune roi dépassé par les évènements tout au long de sa lente dégradation physique et psychique. 


Rétrospective de Jean Rustin - L'effroi thérapeutique



Le Musée Dr. Guislain organise, avec la Foundation Rustin, une exposition rétrospective de l’œuvre de cet artiste.

Jean Rustin est considéré comme l'un des principaux représentants de la peinture figurative, au même titre que Francis Bacon, Balthus ou Lucian Freud.

Personnages esseulés dans des décors qui ne sont pas sans rappeler un établissement de soins psychiatriques voire un asile d’antan : une chambre vide et triste où l’on ne trouve plus rien d’autre qu’un lit, une chaise ou une porte ouverte.

La profondeur psychologique des personnages ne peut nous laisser indifférent. Une sorte d’écho et de résonance s’infiltrent au plus profond de nous-même : quel est cet autre qui est en moi ?

Un article sur Jean Rustin dans le journal Le soir  :



















Extrait :
Des hommes et femmes au soir de la vie surpris dans le huis clos de leurs quatre murs, souvent nus, le crâne chauve, les yeux brûlés, exhibent, souvent frontalement leurs chairs transparentes, leurs membres grêles. Une peinture à deux niveaux. L’un, réaliste – déchéance physique, petites manies sexuelles, hébétude –, se voit largement transcendé par la beauté du métier, la délicatesse des gris bleutés et des gris sourds, de roses vifs, des rouges carminés qui saignent
les visages, les convulsent en grimace. Facture fondée sur les valeurs subtiles et les vibrations de la matière, elle substitue à la cruauté des situations une sorte de magie de la décrépitude, une prenante mélancolie.
L’autre niveau, métaphorique, recouvre plus ou moins consciemment les oubliés, les minorités, toutes les solitudes du monde. L’œuvre est cruciale comme rarement dans l’art contemporain, sauf bien sûr, chez Bacon, Lucian Freud, Zoran Music.

A propos du musée :

A Gand, au nord du quartier « quartier de la Porte de Bruges», se situe le Musée Dr Guislain. Le musée est logé dans les bâtiments de l’hôpital psychiatrique le plus ancien de la Belgique. Les bâtiments respirent l’atmosphère du XIXe siècle et d’une pratique médicale qui a connu son premier développement dans cette période : la psychiatrie.


Les images ci-dessous sont issues de mes propres photographies prises sur le lieu de l’expo, qui se trouve être le plus ancien hôpital psychiatrique de Belgique.
















vendredi 23 mai 2008

Le Boulevard périphérique de Henry Bauchau

Quatrième de couverture
 
Paris, 1980. Alors qu'il " accompagne " sa belle-fille dans sa lutte contre un cancer, le narrateur se souvient de Stéphane, son ami de jeunesse. Au début de la guerre, cet homme l'a initié à l'escalade et au dépassement de la peur, avant d'entrer dans la Résistance puis, capturé par un officier nazi - le colonel Shadow -, de mourir dans des circonstances jamais vraiment élucidées. Mais Shadow, à la fin de la guerre, s'est fait connaître du narrateur. Son intangible présence demeure en lui, elle laisse affleurer les instants ultimes, la mort courageuse - héroïque, peut-être - de Stéphane. Et la réalité contemporaine (l'hôpital, les soignés et les soignants, les visites, l'anxiété des proches, les minuscules désastres de la vie ordinaire, tout ce que représentent les quotidiens trajets sur le boulevard périphérique) reçoit de ce passé un écho d'incertitude et pourtant d'espérance... L'ombre portée de la mort en soi, telle est sans doute l'énigme dont Henry Bauchau interroge les manifestations conscientes et inconscientes, dans ce captivant roman qui semble défier les lois de la pesanteur littéraire et affirmer, jusqu'à sa plus ultime mise à nu, l'amour de la vie mystérieusement éveillée à sa condition mortelle.


Mon avis

J'ai aimé ce livre mais je vais avoir beaucoup de mal à expliquer le pourquoi du comment. Difficulté à mettre des mots là où j'ai ressenti de l'émotion.

De quoi s'agit-il exactement ? On y parle des vivants et des morts, de la lumière et de l'ombre, de la pesanteur et de la légèreté, de la maladie qui nous plonge dans un temps suspendu fait d'attente et du quotidien des proches qui défile à toute allure.

Le boulevard périphérique que le narrateur emprunte chaque jour pour rendre visite à sa belle-fille atteinte d'un cancer renvoie à un éternel recommencement que Sisyphe n'aurait pas désavoué. La figure maternelle qui veille sur sa fille qui se meurt, la figure paternelle qui vieillit et qui ose enfin le lâcher-prise que sa vieillesse autorise. Les échos que cette mort engendre chez le narrateur.

Il y a dans ces pages un récit de 12 pages qui m'ont terriblement émue.
Ce récit fait part du souvenir d'une rafle pour le compte du Service du travail obligatoire durant les années d'occupation nazie en Belgique. Ce passage, qui prend des allures de tragédies grecques, est absolument bouleversant.

Cette lecture ne me fut pas facile, bien que l'essentiel soit dit avec beaucoup de simplicité. Le foisonnement et l'universalité des thèmes abordés font inévitablement ressurgir certaines émotions chez le lecteur.


Extrait  

Je voudrais faire l'économie de toutes les morts que j'ai vécues, de celles que je devrai vivre encore. Je ne peux pas, je suis dans ce temps, dans ce monde, il n'y en a pas d'autre.
 

mercredi 21 mai 2008

10.000 litres d’horreur pure - Modeste contribution à une sous-culture de Thomas Gunzig

Quatrième de couverture

Cinq étudiants vont passer un week-end dans un chalet perdu en forêt au bord d'un lac pour se détendre après leurs examens. A la nuit tombée, l'un des deux couples est dérangé pendant ses ébats par un bruit étrange. Ils aperçoivent par la fenêtre de la chambre une ombre en lisière du bois. Laissant leurs amis dormir, ils sortent pour tenter de débusquer le voyeur... Le cauchemar ne fait que commencer et entraînera la petite bande jusqu'aux tréfonds de l'horreur.


Mon avis


Avertissement : lecture exclusivement réservée aux fans du genre slasher.

Gunzig et moi avons un point commun et pas n’importe lequel : nous avons puisé sans vergogne dans le bas de laine de nos parents pour qu'ils nous achètent les premiers lecteurs VHS parus sur le marché. Avec le recul des années et la sagesse acquise au cours de celles-ci (hmhm), j’ai un peu honte de moi (c’était franchement cher payé à l’époque) mais quel plaisir aussi d’accéder à tous ces films transgressifs qu’on ne voyait jamais à la télé aux heures de grande écoute ! Je cite en vrac les Evil Dead, Toxic Avenger, Brain Dead, Hellraiser, La nuit des morts vivants, Vendredi 13, Freddy, Reanimator, Halloween, Le Blob et j’en passe ! Et oui, moi petite chose frêle et délicate, je vous le confesse sans honte : j’étais une grande fan des slashers des années 80 et hantais scrupuleusement les rayons « horreur et cie » des vidéothèques. Je serai donc éternellement reconnaissante à mes parents d’avoir eu la faiblesse de satisfaire mes caprices de jeune adolescente.

C’est donc avec beaucoup de nostalgie que je renoue avec mes premières amours cinématographiques en me plongeant dans le dernier roman de Thomas Gunzig, « 10 000 litres d’horreur pure » qui reprend tous les poncifs du slasher bien typé sous forme d’hommage au genre. Une bande d’adolescents caricaturaux, des monstres divers (on passe du fermier de Massacre à la tronçonneuse aux Blobs génétiquement modifiés), l'humour noir délicat parsemant ces pages fleuries, j’ai savouré les ¾ du roman en pouffant de-ci de-là sans culpabilité aucune. Le dernier quart est moins relevé mais qu’importe ! Ce livre offre avant tout une lecture délassante et un joyeux revival de mes jeunes années. Il faut croire que je ne suis pas devenue aussi sage que je le pensais ;-)


Extrait
Kathy savait ce qui allait se passer . On allait d’abord la chercher. La police ferait des battues, on sonderait le lac, il y aurait sa photo à la télévision où une voix off de femme décrirait ses vêtements, mais évidemment, ça ne donnerait rien. On interrogerait JC, Patrice, Marc, Ivana, ses parents, quelques connaissances, mais ça ne servirait à rien. Puis, la police finirait par démanteler la cellule de recherche et doucement, progressivement, comme un frigo qui dégivre, les recherches cesseraient. On parlerait un peu d’elle dans les auditoires de l’université, entre étudiants. Il y aurait ceux qui affirmeraient avoir « bien connu cette grande blonde bien roulée » et ceux qui voudraient des détails. Dans un an, elle sera oubliée. Même JC l’aurait oubliée et il se taperait une autre blonde bien roulée. Peut-être même que cette histoire ne ferait qu’augmenter encore « la puissance de son aura » sur les filles. Il serait celui qui « était avec cette fille qui a disparu ». 

mardi 20 mai 2008

Le cavalier suédois de Léo Perutz

Quatrième de couverture

Admiré par Borges, qui voyait en lui une sorte de Kafka aventureux, Perutz considérait Le cavalier suédois comme son roman le plus parfait.
Le plus angoissant en tout cas dans la mesure où il traite le thème, " cinématographique " entre tous, de la substitution d'identité. Un récit gouverné de bout en bout par l'Ange du Bizarre.

Le cavalier suédois est une sorte de fable matinée de fantastique et écrite d'une belle écriture classique. Cette fable nous conte les aventures d'un brigand qui ne va pas hésiter à usurper l'identité d'un gentilhomme qui a déserté son régiment pour rejoindre les troupes suédoises en Pologne. Tombé amoureux fou de la promise du gentilhomme, le brigand commettra tous les délits et mensonges pour prendre sa place auprès d'elle. Mais peut-on échapper à son destin indéfiniment ? Ne doit-on pas payer un jour ou l'autre tous ses crimes passés ?

Le cavalier suédois traite du thème de l'usurpation de l'identité sous fond de guerre en Suède au XVIIIe siècle avec poésie non dénuée de romantisme.

lundi 19 mai 2008

Le Désert de la grâce de Claude Pujade-Renaud

« Le Désert de la grâce » est l’histoire de l’abbaye du Port-Royal-des Champs, lieu de foi et de résistance aux jésuites, à la papauté et au roi Louis XIV.
Accusé de jansénisme, Claude Pujade-Renaud revient sur les cents ans de persécutions de Port-Royal, depuis la fondation de l’ordre jusqu’à son éradication en 1709.
 
Ces Solitaires et moniales, hommes et femmes d’esprit et de talent qui préférèrent se retirer du Siècle plutôt que servir le roi soleil, se vouant aux prières, à l’éducation, la traduction, l’écriture, la soumission totale à Dieu mais résistant et défiant la hiérarchie temporelle, devinrent rapidement un symbole d’indépendance que le pouvoir en place ne cessera de vouloir éradiquer.

« […] il y avait de quoi irriter et l’archevêque et le roi…  L’étrange mélange de superbe et d’humilité !  J’ai soupçonné que la certitude d’être injustement persécutée renforçait son sentiment d’être élue de Dieu. »
 
La traversée de ce siècle permet également à l’auteure d’aborder de nombreux thèmes : la religion , le pouvoir temporel et spirituel, l’absolutisme, le retrait et l’isolement mais aussi le statut de la femme, la maternité, la chasteté, la transmission, les liens familiaux et le repos de l’âme.
 
L’auteure maîtrise son sujet et explore les faits en soutenant différents points de vue d’un même évènement, avec beaucoup de justesse mais aussi une certaine âpreté dans le ton. Cette diversité des points de vue m’a parfois un peu déboussolée, ayant quelques fois du mal à m’y retrouver parmi tous les protagonistes. 


samedi 17 mai 2008

Frankie Addams de Carson McCullers

« C’est arrivé au cours de cet été si vert qu’on en devenait fou.  Frankie avait douze ans.  Elle n’était membre de rien, cet été-là.  Elle ne  faisait pas partie d’aucun club, ni de quoi que ce soit au monde.  Elle se sentait sans aucune attache, et elle rôdait autour des portes, et elle avait peur. »
 
C’est ainsi que début ce très beau roman de Carson McCullers.
 
Frankie Addams, grande godiche aux jambes de sauterelle, a douze ans, l’âge ingrat au possible : ce n’est plus l’âge de jouer avec les petits ni celui de s’endormir dans la chambre de papa  mais ce n’est pas non plus celui de rejoindre les membres du club des grandes filles. Pour Frankie Addams, la vie se résume à cette angoisse de n’être membre de rien, de ne pas se sentir relier au monde, à cette peur de grandir trop vite :
 
« Elle était debout devant le miroir, et elle se sentait effrayée.  Cet été-là était pour elle l’été de la peur – et parmi toutes ses peurs, il y en avait une qu’on pouvait calculer mathématiquement, en posant sur une table un papier et un crayon.  Cet été-là, elle avait douze ans et dix mois.  Elle mesurait un mètre soixante-six, et chaussait du quarante.  Depuis l’an dernier, selon sa propre estimation, elle avait grandi de dix centimètres.  Déjà les horribles petites gosses qui jouaient dans la rue cet été-là lui criaient à tue-tête : « Est-ce qu’il fait froid, là-haut ».  Et les réflexions des grandes personnes lui donnaient des secousses dans les talons.  Si elle était destinée à grandir jusqu’à dix-huit ans, cela durerait encore cinq ans et deux mois.  Donc, d’après ses calculs mathématiques, si elle ne trouvait d’ici là aucun moyen de s’arrêter, elle finirait par mesurer deux mètres soixante-quatorze. Et qu’est-ce que c’était qu’une personne qui mesurait deux mètres soixante-quatorze ? C’était un phénomène de foire. »
 
Elle veut partir, s’en aller, filer en Amérique du Sud, à Hollywood ou à New York, au point de préparer plusieurs fois sa valise tout en étant incapable de choisir entre ces trois destinations. Alors elle se contente de rôder dans la cuisine en compagnie de la cuisinière noire Bérénice et son petit cousin.
 
Rôder et ruminer dans cette cuisine alors qu’elle veut découvrir le monde, mais le monde, qu’est-ce donc ? Quelque chose d’immense, de fissuré, de si mal ajusté ! Comment trouver sa place dans ce monde lorsqu’on a tellement de mal à se trouver soi-même, lorsque tout ce que l’on voit ou tout ce que l’on entend a quelque chose d’inachevé ? Et elle sent un poids terrible dans sa poitrine : elle devient quelqu’un qui traîne, qui n’arrête pas de manger, qui n’a pas le droit d’exister. Impression que tout a disparu et qu’on l’a laissée seule au monde.
 
Jusqu’au jour où elle apprend que son frère va se marier avec Janice.
Ce mariage est peut-être l’occasion rêvée de n’être plus seule au monde : ils pourraient être tous deux son « nous » à elle, elle pourrait les suivre après la cérémonie, voyager en leur compagnie, devenir membre de leur mariage, être ensemble tout en étant soi-même.
Faire enfin partie du grand tout : savourer le bonheur d’accéder à un nous, de se sentir relier aux autres et relier à elle-même.
 
 
Oui mais…
 
Drame de la désillusion, du monde séparé de soi, potentiellement hostile et source d’anxiété, Carson McCullers nous retrace cette traversée du désert qui conduit de l’enfance à l’âge adulte avec beaucoup de finesse.
 
Je laisse la dernière parole à Bérénice, la cuisinière noire de la maison de Frankie :
 
« Tous on est comme des prisonniers. On vient au monde dans un endroit ou dans un autre, et on ne sait pas pourquoi. Mais on est quand même prisonniers. Toi, tu es née Frankie. John Henry, il est né John Henry. Et peut-être qu'on voudrait s'évader et être libre. Mais on a beau faire, toujours on reste prisonnier. Moi je suis moi et toi, tu es toi, et lui il est lui. Chacun de nous est comme prisonnier de lui-même. » 

A noter : « Frankie Addams » est le roman à partir duquel fut librement adapté sous le titre de « L’effrontée » le film joué par Charlotte Gainsbourg et réalisé par Claude Miller en 1985. 


mercredi 14 mai 2008

Les envoûtés de Witold Gombrowicz

Quatrième de couverture
 
Il règne autour des murailles du sinistre château de Myslocz une atmosphère bien étrange. On raconte alentours qu’un trésor y serait enfoui, que certaine pièces seraient hantées, que le Prince, maître des lieux, serait frappé par la folie.  Une « faune » singulière gravite autour de ce lieu maudit et maléfique : une jeune héroïne fatale, son double masculin qui attire le mal comme un aimant, un savant trop naïf, un secrétaire sans scrupule et un étrange mage…
Tous ces pions sont en place, certains sont littéralement possédés par d’autres, ou par le mal dans sa plus pure essence.  Ils vont d’observer, se tromper, se haïr ou même s’aimer dans un climat d’angoisse et d’épouvante.  Quel est donc le terrible secret qui peuple les corridors de Myslocz ?
 
Entre deux lectures intéressantes mais pas des plus rigolotes ( « Reflets dans un œil d’or » de Carson McCullers et « Le retour » d’Anna Enquist ), j’avais envie d’alterner avec quelque chose de plus léger et mon choix s’est posé sur le roman « Les envoûtés » de Witold Gombrowicz.
 
Je ne connaissais absolument pas cet auteur mais après quelques recherches sur le net, je me suis rendue compte que cet écrivain polonais (1904-1969) était reconnu comme l’un des plus grands auteurs du XXe siècle. C’est étrange mais « Les envoûtés » ne me semblait pas être une œuvre impérissable d’un grand auteur.

En fouinant un peu plus, je me rends compte que  « Les envoûtés » avait été publié à l’époque où le jeune Gombrowicz voulait écrire un mauvais roman avant tout alimentaire et bien populaire. Pari réussi puisque « Les envoûtés » sera publié en feuilleton dans deux quotidiens polonais durant l’été 1939 en échange de très bons honoraires. Je vous brosse en grandes lignes les péripéties de ce roman qui faillit ne jamais voir le jour dans la mesure où l’attaque allemande contre la Pologne conduira à l’interruption de la publication des deux quotidiens polonais. Il aura fallu attendre l’année 1986 avant de mettre la main sur les trois derniers chapitres. Si cela ne tient pas du miracle… rhu rhu...
 
« Les envoûtés »  est un roman gothique et d’épouvante. Nous y retrouvons tous lieux communs du genre : un château lugubre surgit du brouillard et de la forêt, des dédales et des souterrains pour y parvenir, des phénomènes de possession, la présence d’un esprit malin, …
 
Mais il y a aussi d’autres éléments moins habituels comme l' analyse psychologique qui conduit Witold Gombrowicz à s’interroger sur la notion d’identité. L’analyse sociologique n’est pas en reste : nous sommes en présence d’une société constituée de classes cloisonnées qui ont bien du mal à se côtoyer tels que la grande et moyenne noblesse déclinante, les demi-mondains arrogants et les milieux populaires, société où l’ambition sociale joue un rôle de première importance quels que soient les moyens utilisés.
 
L'auteur a tout de même bien du mal à aller jusqu’au bout du genre fantastique, le dénouement faisant appel à une rationalité de bon aloi.
 
« Les envoûtés »  n'est donc pas une oeuvre majeure  de l'auteur (quelque longueurs, l’ensemble un peu décousu, quelques invraisemblances) mais il m’a donnée envie d’en savoir plus sur Witold Gombrowicz, à suivre donc !
 
A noter que ce n’est que quelques jours avant sa mort, en juillet 1969, que Gombrowicz revendiqua l’œuvre dans sa biographie : « Je suis néanmoins porté à croire que cette idée de "mauvais roman" fut l'apogée de ma carrière littéraire - jamais, ni avant ni après, je n'ai conçu d'idée plus créatrice. »  


dimanche 11 mai 2008

Reflets dans un oeil d'or de Carson McCullers

Reflets dans un oeil d'or (1941) est le second roman de Carson McCullers, écrit à l’âge de vingt-neuf ans, après son premier roman Le Coeur est un chasseur solitaire (1940).
Nous sommes dans le Sud, à un poste militaire américain. Nous savons qu’un meurtre a été commis il y a quelques années : le Capitaine Penderton a donné la mort au jeune soldat Williams, qu’il avait trouvé une nuit au chevet du lit de sa femme endormie, la trop belle et sensuelle Léonore Penderton.
 
Carson McCullers revient sur les lieux du crime et nous présente tous les acteurs de ce drame en gestation.
Léonore Penderton, délaissée sexuellement par son mari, est la maîtresse du Commandant Langdon. L’épouse du Commandant Langdon, Alison Langdon, est une jeune femme en dépression depuis le décès de leur petite fille.  Au bord de la folie, elle demeure une énigme pour son époux qui s’en éloigne chaque jour davantage. Alison Langdon trouve refuge auprès de l’attention bienveillante prodiguée par Anacleto, un jeune philippin asexué recueilli par Alison, devenu depuis domestique de la maison, qui tient d’ailleurs plus de l’homme de compagnie qu’autre chose.
 
Si Alison est folle de douleur en découvrant l’infidélité de son époux, il n’en est pas de même du Capitaine Penderton, homme complexé, étriqué, impuissant et rigide qui n’assume pas ses tendances homosexuelles et qui fantasme avant toute chose sur les amants de son épouse.
 
Ajoutons à ces joyeux lurons Oiseau de Feu, l’étalon fougueux de Léonore, symbole de la sexualité et de la virilité dans toute sa splendeur.
 
Voilà le décor planté, une sorte de huit clos étouffant propice à la tragédie et au drame passionnel. Incommunicabilité, solitude, isolement, refoulement, sexualité non assumée (le Capitaine Penderton) ou exacerbée (Léonore Penderton), pulsions dévastatrices et mortifères, non-dits, nous sommes bien dans un roman de Carson McCullers.
 
Mais contrairement à son premier roman Le Coeur est un chasseur solitaire, les protagonistes de cette histoire ne sont pas du tout attachants, que du contraire !
Personne ne semble trouver grâce aux yeux de l’auteure, qui nous les présente tous avec leurs petites manies détestables, leur lâcheté, leur perversité, leur petitesse. Même la troublante, lascive et très sensuelle Léonore Penderton en prend pour son grade ; elle est également décrite comme une femme castratrice et peu intelligente si pas franchement idiote par Carson McCullers (l’auteure aurait-elle quelques comptes à régler avec sa propre féminité ? Comme si toute sexualité épanouie ne pouvait qu’être le fruit d’une animalité assumée).
 
Ce roman est très freudien par l’omniprésence des pulsions sexuelles contrariées, infécondes,  sans oublier la cohorte des mécanismes défensifs des uns et des autres, les multiples relations triangulaires, le refoulement des pulsions et le retour du refoulé ravageur et délétère.Jusqu’au nom du jeune philippin recueilli par Alison !
Pour les non férus de la psychanalyse, sachez que son prénom « Anacleto » renvoie au terme « Anaclitisme » (vient du grec « s’appuyer sur »), qui caractérise les relations d’une personne fragilisée qui n’a pas dépassé la phase de séparation (cas d’Alison qui n’a jamais fait le deuil de sa petite fille décédée) et qui éprouvera toujours le besoin de s’appuyer sur l’autre pour dépasser cette angoisse. Jamais prénom n’aura été si bien porté par un personnage dans un roman ;-)
 
Le roman Reflets dans un oeil d'or a été porté à l'écran par John Huston et interprété par Elisabeth Taylor et Marlon Brando. J’avoue n’avoir jamais pu regarder le film jusqu’au bout, trouvant les acteurs irritants au possible. Trop d’hystérie dans ce film adapté par John Huston, qui aurait pu se contenter d’adapter fidèlement le roman mais qui, au contraire, en rajoute encore un peu plus. Je me souviens notamment de cette scène où  Léonore Penderton (jouée par Elisabeth Taylor)  fouette son époux  le capitaine Penderton (joué par Marlon Brando) pour le châtier (le castrer) d’avoir malmené son bel étalon Oiseau de Feu. J’ai trouvé cette scène ridicule dans son excessivité et son côté trop démonstratif mais bon, c’est mon avis et je le partage, sans pour autant vouloir froisser ceux qui ont aimé le film ;-)
J’ai préféré nettement le roman au film, plus subtil dans le propos et qui dépasse de loin le roman passionnel classique en se posant comme un véritable kaléidoscope des impulsions et comportements humains : il décrit avant tout les meurtrissures de l’âme.
 
Début du roman :
 
 « Un poste militaire en temps de paix est morne. Il s’y passe des choses, mais qui reviennent, toujours semblable. Le plan même de l’ouvrage en accroît la monotonie : l’énorme caserne de béton, les rangées proprettes de maison d’officiers construites toutes sur le même modèle, le gymnase, la chapelle, le terrain de golf et la piscine – ce n’est que lignes rigides. Mais peut-être la tristesse du poste réside-t-elle surtout dans sa solitude et dans l’excès de loisir et de sécurité, car du jour où on s’est engagé dans l’armée, on est destiné à emboîter le pas de celui qui va devant vous. Aussi bien, il arrive parfois des choses dans un poste militaire, qui ont peu de chance de se reproduire. Il y a un fort dans le Sud, où il y a quelques années un meurtre fut commis. Les acteurs de ce drame étaient deux officiers, un soldat, deux femmes, un philippin et un cheval. »

jeudi 8 mai 2008

Le peintre James Tissot

Jacques-Joseph Tissot, dit James Tissot, est un peintre et graveur français (Nantes, 1836 – Chenecey-Buillon, 1902).

Son sujet de prédilection ?
La haute société anglaise (il a d’ailleurs anglicisé son prénom après s’être installé en Angleterre).
Quel plaisir de contempler ces magnifiques grandes dames de l’époque victorienne dans leurs belles robes à plis et à rubans. Loin d’être des modèles sans âmes, ces femmes expriment toute une palette riche en émotions : curiosité, frustration, ennuie, lassitude. Il a bien saisi la situation de la femme victorienne – bien que jolie, choyée et ornementale par ses atours, elle était avant tout emprisonnée dans un code moral et social rigide de son époque. James Tissot utilise souvent les couleurs des saisons.








mardi 6 mai 2008

La ferme africaine de Karen Blixen

Biographie de l'auteur

Descendante d'une famille patricienne du Danemark, la baronne Karen von Blixen-Finecke est née en 1885 près de Copenhague. Elle part en 1914 pour le Kenya afin d'y diriger avec son mari une plantation de café. Après une série d'échecs, elle rentre en Europe en 1931 et se retire dans la demeure familiale de Rungstedlund, où elle se consacre à l'écriture jusqu'à sa mort en 1962. Des titres comme Le dîner de Babette et Contes d'hiver la rendent célèbre, mais ce sont ses années en Afrique qui lui inspirent son chef-d'œuvre.

Le film « Out of Africa » de Sydney Pollack est l'adaptation cinématographique de « La ferme africaine ».  Il s'agit du recueil de plusieurs nouvelles puisant dans les souvenirs de K. Blixen, qui vécut au Kenya de 1914 à 1931.

Je fus assez surprise au début de ma lecture, car je n'ai pas trouvé d'emblée de correspondance entre le film et le livre.  Le film met avant tout l'accent sur le romanesque et la relation qui lie la baronne, délaissée par son mari dans une ferme de culture de café au Kenya, à son amant.

Quant au livre de K. Blixen, il parle avant tout de son amour pour l'Afrique. Et elle en parle divinement bien… Moi qui suis plutôt une amoureuse de la brume, des forêts ténébreuses, de la lande et des clair-obscur du ciel se reflétant sur les lochs, elle a su me murmurer à l'oreille avec poésie et délicatesse son Afrique à elle.  Le vocabulaire usité est lié à son époque et sa culture, aussi utilise-t-elle parfois des termes qui nous paraissent inconvenants aujourd'hui. Mais que de respect et d'amour derrière ses mots ! Elle a su toucher du doigt l'essence et la magie africaine et nous le transmettre avec beaucoup de talent.

Au cours de mes safaris j'ai vu un troupeau de buffles de cent vingt-deux bêtes surgir du brouillard matinal sur un horizon cuivré comme si ces bêtes massives et grises, aux cornes horizontales et compliquées, étaient sorties du néant dans le but désintéressé d'enchanter mes yeux. J'ai vu toute une troupe d'éléphants en marche dans la forêt vierge, une forêt si épaisse, qu'il ne filtrait que des éclaboussures de lumière. »

La découverte de l'âme noire fut pour moi un évènement, quelque chose comme la découverte de l'Amérique pour Christophe Colomb, tout l'horizon de ma vie s'en est trouvé élargi. 


samedi 3 mai 2008

American Darling de Russell Banks

Hannah Musgrave, proche de la soixantaine et propriétaire d'une ferme au Keene Valley en  Amérique, s'est mise à rêver de sa maison de Monrovia au Libéria. Cela fera dix ans qu'elle a fuit le pays en proie à la sauvagerie de la guerre civile.
 
« Après bien des années où j'ai cru que je ne rêvais plus jamais de rien, j'ai rêvé de l'Afrique. C'est arrivé une nuit de la fin du mois d'août, ici, dans ma ferme de Keene Valley, pratiquement le lieu le plus éloigné de l'Afrique où j'ai pu m'installer. J'ai été incapable de me souvenir de ce que racontait ce rêve, mais je sais qu'il se déroulait en Afrique, au Libéria, dans ma maison de Monrovia. Les chimpanzés avaient dû y jouer un rôle, parce que des visages ronds et bruns semblables à des masques flottaient encore dans mon esprit quand je me suis réveillée bien à l'abri dans mon lit, dans cette vieille maison au milieu des monts Adirondacks. Et j'étais submergée par une évidence : j'allais bientôt y retourner. »

Y retourner pourquoi ? Pour expier sa culpabilité d'avoir fuit le Libéria tombé sous le joug de la folie des hommes avides de pouvoir, abandonné sa maison, laissé la dépouille de son mari, largué ses enfants, cédé à l'appétit vorace des soldats les chimpanzés qu'elle avait pris en affection bien qu'ils servaient de cobayes pour le compte de sociétés pharmaceutiques américaines ? Retourner sur les scènes du crime et rechercher ses fils – pour autant qu'ils soient encore en vie – aux doux surnoms de Pire-que-la-mort, Mouche et Démonologie?
 
« QUAND EST-CE QU'IL EST TEMPS de fuir son pays ? "Quand on tue vos chiens", voilà ce qu'on dit. Il n'y a pas eu d'avertissement – il y en a rarement -, pas même le bruit d'une voiture ou d'une camionnette qui s'arrête devant le grand portail cadenassé. »

Sur le chemin de ce retour en Afrique, Hannah Musgrave ne peut s'empêcher de revenir sur son passé : comment une jeune fille issue d'un milieu bourgeois, engagée dans les mouvements contestataires de l'Amérique des années 60, activiste recherchée par le FBI et la CIA après avoir rejoint un groupuscule radical d'extrême gauche utilisant la violence et les attentats à l'explosif, a-t-elle pu se transformer en femme au foyer docile et dépendante de son époux libérien et mère de trois enfants en Afrique? Qu'a-t-elle fait de ses révoltes et de ses colères contre les injustices en s'enfermant dans sa demeure à l'abri de la pauvreté des autochtones ?

Retour au point de départ. Hannah s'installe sous une fausse identité au Libéria après avoir échappé aux autorités américaine à l'aide d'un camarade de combat, seule et isolée de tous.

Il nous faut remonter au début du XIXe siècle pour comprendre les particularités du Libéria. Les Etats-Unis veulent installer un comptoir à leur service en Afrique de l'ouest.
Le prétexte trouvé est de favoriser, au début des années 1820, le retour des victimes de la traite négrière (les plus remuants et les plus gênants) sur le sol africain. Cette colonie d'esclaves libérés s'organisèrent et constituèrent la république indépendante du Libéria. Et c'est ainsi qu'a été créée en un temps record la première colonie américaine. Car très rapidement, les anciens esclaves – appelés les amérikos - écartent du pouvoir les autochtones noirs de la région. L'économie repose essentiellement sur le travail forcé imposé par les amérikos aux populations indigènes, en accordant préférentiellement les concessions aux sociétés américaines, facilitant ainsi le pillage des ressources locales au profit des entreprises occidentales.

Dès son arrivée au Libéria, Hannah rencontre Woodrow, ministre délégué à la Santé Publique de la république du Libéria. Hannah est une femme blanche isolée des siens et paumée dans un pays qu'elle ne connaît pas.
 
« Je suis tombée dans ses bras, me remettant à pleurer sans pouvoir me maîtriser. J'avais honte et je me sentais bête – une idiote d'américaine aux jambes tremblantes qui tombe dans les bras d'un Africain grand et fort. »

Woodrow est un homme ambitieux qui sait que marier une femme blanche pourrait lui apporter quelques crédits auprès de ses supérieurs. Le mariage ne tardera pas.
 
« Que voyais-je donc en lui, alors, à part un bienfaiteur et un protecteur ? »

En juin 1978, Hannah met au monde son premier enfant. Elle n'est pas de ces femmes qui trouvent dans la maternité un rôle naturel et épanouissant. Au lieu et place de se sentir plus femme, comme on lui avait prédit après son accouchement, elle se sent au contraire davantage étrangère à elle-même. Suivront les jumeaux l'année suivante.
 
« De la baleine qui porte un marsouin dans son ventre, je suis passée à la peau de serpent vidée – une enveloppe. Jusqu'à ce que peu à peu, une fois le bébé et, un an plus tard, les jumeaux enfin sortis de moi, je me remplisse de nouveau et, gonflée alors de sang et d'un lait qui se déverse, goutte, ruisselle et parfois même gicle de mon corps, je me rendre compte que j'étais devenue un réservoir nutritif percé, un navire de ravitaillement. Dépersonnalisé. Chosifié. Mon corps transformé en vaisseau privé de tout lien avec mon moi antérieur. »

Hannah se dit froide, insensible, incapable d'exprimer ses sentiments à ses enfants qu'elle perçoit comme étrangers à elle-même, comme s'ils n'étaient pas vraiment réels et en éprouve beaucoup de remords.
 
« Cependant, j'étais détachée de mes bébés, détachée de façon inhabituelle. Je le sais et je le savais déjà à l'époque parce que, quand il s'est agi de mes chimpanzés, je n'ai pas ressenti le même détachement et j'ai donc pu constater la différence. Je pouvais contempler les yeux ronds et marron des chimpanzés, y compris les grands yeux souvent féroces des mâles adultes, et j'avais l'impression que mon regard plongeait jusqu'à leur âme, atteignait le mystère de leur être essentiel. Mais jamais, pas une seule fois, je n'ai été capable de pénétrer si loin dans les yeux bleus de mes fils. »

De femme activiste et rebelle, la voilà transformée en femme au foyer totalement dépendante de son mari libérien. De femme blanche gauchisante, idéaliste, éprise de justice, elle devient cette dame blanche bourgeoise qui demeurera à jamais exclue de ce pays d'Afrique. Voilà un coup dur pour cette femme qui a toujours voulu combattre les préjugés basés sur la couleur de peau et qui se trouve à son tour impuissante à combattre ceux basés sur sa propre couleur.
 
« J'aurais tellement voulu être invisible, pourtant ! Ma peau blanche s'affichait, faisait carrément du bruit. Elle proclamait ma caste et mon statut aux oreilles de tous. Et pour cela, l'on me haïssait et l'on m'enviait. Pendant longtemps, au marché, j'ai été accueillie par des regards hostiles et l'on m'a traitée avec froideur. Puis, quand les boutiquiers et les marchands ambulants ont su que j'étais la femme du ministre délégué Sundiata, que j'étais manifestement enceinte de ses œuvres et que j'allais rester au Libéria, la froideur a alterné avec la servilité. Les marchands laissaient les gens ordinaires attendre dans la queue pour me servir en premier. J'aurais pu supporter l'un des deux : le rejet ou la servilité, la haine ou l'envie. Peut-être l'un des deux m'aurait-il même arrangée parfois. Mais les subir ensemble me faisait l'effet d'un orgelet : une douleur impossible à éviter si l'on veut y voir quelque chose. »
En 1980, la guerre civile éclate. Hannah veut faire des choix en fonction de ses principes et de ce qu'elle pense devoir à son mari et ses enfants, sans oublier ses chers chimpanzés, les plus démunis entre tous avec lesquels elle aura noué peut-être les liens les plus sincères. Mais a-t-elle encore le choix ? Si oui, lesquels et quelles en seront les conséquences ?

A l'heure du retour, cette femme pétrie de culpabilité et de remords de n'avoir pu sauver le monde ne se pose plus qu'une seule question : quelle sera la sentence prononcée pour ses crimes et ses péchés ?

American Darlign est un magnifique portrait de femme qui veut se poser en tant qu'actrice dans une vie où finalement tellement d'événements historiques, culturels, politiques et sociaux vous broient et vous entraînent tel un fétu de paille prit dans la tornade.

Beaucoup de thèmes seront abordés dans ce roman : la question de l'identité (qui suis-je ? qu'est-ce qui fait que je suis moi ? mes choix ? mes parents ? ma famille ? mon pays ? mon époque ? ma culture ? quel est mon espace de liberté dans la constitution de mon identité ?), la question raciale, l'engagement politique, les différences culturelles, la maternité, l'impérialisme américain, la manipulation, la difficulté de respecter ses propres engagements.

Un roman percutant qui peut se résumer en une simple phrase : quelle est réellement notre marge de manœuvre et quel poids pouvons-nous avoir sur le cour de l'histoire ?

Je laisse une dernière fois la parole à Hannah :
 
« Dans la nouvelle histoire de l'Amérique, la mienne n'était que celle d'une petite Américaine gâtée, et l'avait été dès le début. »

Un grand roman et un vrai coup de cœur pour cet auteur que j’ai eu le plaisir et la chance de rencontrer à la foire du livre de Bruxelles 2008.  


Le cœur est un chasseur solitaire de Carson McCullers

Le cœur est un chasseur solitaire est le premier roman de Carson McCullers, écrit entre ses 19 et 22 ans.
 
Nous sommes dans une petite ville du Sud des États-Unis, dans les années trente. Nous accompagnons cinq habitants de la ville : Mike, une toute jeune adolescente pauvre adorant écouter Mozart à la radio en se cachant dans la cour obscure des voisins ;  Jake Blount le rouge, révolutionnaire socialiste et ivrogne venu d’on ne sait où ; Copeland, un médecin noir qui a tout sacrifié à son idéal, à savoir trouver les moyens d’éclairer la communauté noire  ; Biff Brannon,  le propriétaire  d'un restaurant minable,  homme généreux qui se prend d’affection pour tous les laissés pour compte ; Singer, un sourd-muet autour duquel gravitent tous les personnages.
 
N’attendez pas de ce roman une histoire construite de manière « traditionnelle » ! Vous n’y trouverez aucune intrigue ou que sais-je encore : nous sommes essentiellement dans le ressenti, la tragédie, l’errance des sentiments et les non-dits.
 
Car si ce roman dénonce la pauvreté et les inégalités sociales et raciales du Sud des États-Unis des années trente, il est avant tout un roman sur la solitude, la désespérance, la frustration, la difficulté de communiquer et le besoin d’amour. Les personnages ne font que se croiser sans cesse sans jamais vraiment se rencontrer. Et ce n’est sans doute pas par hasard si chacun d’eux croit avoir rencontré l’âme sœur en Singer, l’homme sourd-muet qui ne parle pas et qui lit sur les lèvres, l’homme qui les regarde avec courtoisie sans jamais les contredire. Qui mieux que lui pouvait leur offrir ce semblant de miroir bienveillant de leur être ?
 
Un beau roman sur la difficulté de vivre, sans concession et âpre.

Le peintre William Degouve de Nuncques

William Degouve de Nuncques (1867- 1935) est un peintre belge d'origine française. Il est autodidacte, tout en subissant l'influence des peintres symbolistes comme Jan Toorop, avec lequel il partage un atelier à Machalen en 1883, et Henri de Groux.

J’aime particulièrement ses œuvres nocturnes teintées d’onirisme et d’éléments surnaturels, à l’huile ou au pastel, dans lesquelles la présence humaine brille par son absence. Ses œuvres s'inspirent de poètes comme  Maurice Maeterlinck.
 
A la fin de la guerre, il se rapprocha plus des Impressionnistes  mais est toujours considéré avant tout comme un grand peintre du symbolisme. 









vendredi 2 mai 2008

Le Rapport Stein de José Carlos Llop

Extrait

Guillermo Stein est arrivé au collège au beau milieu de l’année scolaire, à bicyclette.  Aucun d’entre nous n’allait au collège à bicyclette. La bicyclette de Guillermo Stein était une bicyclette italienne, noire, très grande.  On ne le voyait presque pas, le nouveau, Stein, sur sa bicyclette, n’eût été cet imperméable rouge qu’il portait sur les épaules, une pèlerine en plastique nouée autour du cou, sur laquelle la pluie dégoulinait jusqu’au sol. Parce que cette année, ce fut l’année de la pluie : il n’a pas cessé de pleuvoir de la rentrée à la sortie des classes. C’est pourquoi aucun d’entre nous n’allait au collège à bicyclette.

Mon avis

Le Rapport Stein est le  troisième roman de José Carlos Llop traduit en France mais son premier roman paru en Espagne en 1995. Son style littéraire est souvent comparé à celui de Modiano.  José Carlos Llop a effectivement une très belle plume poétique qui dégage une atmosphère nostalgique dès plus subtiles mais de trop nombreux événements et sentiments à peine effleurés laissent un goût de trop peu. Beaucoup de pistes ébauchées et laissées en suspension, j’avais l’impression que trop de choses m’échappaient ou me restaient inconnues pour réellement me sentir impliquer dans ce roman. Séduite mais pas totalement convaincue. 


Quatrième de couverture

Un passé lourd de menaces qui assombrit le présent et bouche l'avenir donne aux romans de Llop un ton inimitable. Le monde extérieur y est aussi opaque que les consciences et l'ombre de la guerre civile disqualifie d'avance l'innocence, fût-elle enfantine. Nous sommes en Espagne, à la fin des années 1960, dans une ville portuaire de province. Le héros, un adolescent trop sensible, se sent prisonnier d'un monde où les adultes paraissent condamnés à la culpabilité, à l'extravagance et au déclassement. Chez ses grands-parents, où il vit, l'atmosphère est aussi étouffante qu'est délétère celle du collège de jésuites qu'il fréquente. Jusqu'au jour où apparaît Stein, un nouvel élève dont la liberté d'allure et la désinvolture font souffler sur la classe un merveilleux vent de modernité et d'esprit d'aventure.


jeudi 1 mai 2008

Le livre des illusions de Paul Auster

Quatrième de couverture
 
Après la mort de sa femme et de ses enfants, David Zimmer était anéanti. Il échappe au désespoir en s'attelant à l'écriture d'un livre consacré à Hector Mann, virtuose du cinéma muet porté disparu depuis 1929. Un soir, une jeune femme arrive chez lui et annonce que Hector Mann lui-même le réclame de toute urgence, qu'il est sur son lit de mort. David se laisse entraîner dans un très long voyage... En racontant l'histoire de l'extraordinaire et mystérieux Hector Mann, Paul Auster nous emmène bien au-delà de la magie du cinéma muet, jusqu'au cœur de l'univers envoûtant où la création artistique semble faire écho aux sentiments amoureux dans ce qu'ils ont de plus éphémère et de plus fragile, où la douleur de la perte et le besoin de filiation se répondent pour remettre en question l'idée même de mémoire.


Mon avis
 
Avant d’aller plus loin, quelques mots sur le romancier.  Paul Auster, que je suis depuis plus de quinze ans maintenant, fut longtemps mon auteur préféré. J’ai lu avec délice et gourmandise « Moon Palace », « Mr Vertigo », « Le voyage d’Anna Blume », « La musique du hasard », « Smoke » suivi de « Brooklyn Boogie ».Par contre, j’étais moins emballée par « La trilogie new-yorkaise » et « Léviathan ». J’ai même à la maison l’essai de Gérard de Cortanze « La solitude du labyrinthe » consacré à Paul Auster. C’est vous dire si j’étais fan.
 
J’étais car je ne le suis plus. Pas convaincue après ma lecture de « La nuit de l’Oracle » et l’abandon « Dans le scriptorium », j’ai mis quelques mois pour préparer mes retrouvailles avec l’auteur en choisissant un roman qui avait plutôt bonne critique : « Le livre des illusions ».  Et bien peine perdue. Je ne retrouve plus cette petite musique austérienne qui me plaisait tant, faite de quête d’identité, de parcours initiatique, d’errances, dans laquelle je me laissais embarquée par les flots, je vagabondais, j’effleurais tant de sentiments diffus.
 
Nous retrouvons bien les thèmes chers à l’auteur dans « Le livre des illusions », à savoir l'identité, la solitude de l’écrivain, la subsistance, l'argent, la reconstruction de soi après un deuil ou une séparation, la culpabilité, le poids du hasard dans nos destinées, la création (liste non exhaustive) mais le charme n’opère plus en ce qui me concerne. Pourtant c’était bien parti ! Mais je me suis laissée engluée en cours de route par les longueurs, par la pesanteur du récit, les trop innombrables redites, les descriptions à n’en plus finir… nos retrouvailles ne furent donc pas à la hauteur de mes espérances.
 
Est-ce dû au fait que j’ai « trop lu » de cet auteur et que je me suis lassée de son style ? Comme si avoir lu ce qui est toujours pour moi la quintessence de son art avec « Moon Palace » et « Mr vertigo » ne pouvait que me laisser une impression fadasse à la lecture de ses moins bons romans en comparaison ? A-t-il perdu sa magie austérienne dans ces derniers ouvrages ? Ai-je changé à ce point pour ne plus y être sensible ? Un peu de tout cela à la fois ? Je ne sais pas répondre à cette question mais le fait est là, je ne vibre plus à la lecture de ses derniers romans.
 
Pour terminer et parce que j’ai beaucoup aimé Paul Auster et que je n’ai pas envie de rester sur une impression négative le concernant, je vous livre un petit extrait de son interview cité dans l’essai « La solitude du labyrinthe » de Gérard de Cortanze. A propos de la solitude :
 
« C'est une question qui me tient à cœur. Je crois, malgré tout, que chaque personne est seule, tout le temps. On vit seul. Les autres nous entourent mais on vit seul. Chacun est comme enfermé dans sa tête et pourtant nous ne sommes ce que nous sommes que grâce aux autres. Les autres nous "habitent". Par "autres", il faut entendre la culture, la famille, les amis, etc. Parfois, on peut percer le mystère de l'autre, le pénétrer, mais c'est tellement rare.
[…]
La solitude n'est pas quelque chose de négatif, c'est un fait. C'est la vérité de notre vie : on est seul. »