vendredi 16 septembre 2011

Charly 9 de Jean Teulé

Partant d'un a priori plutôt positif dans la mesure où j’avais bien aimé son précédent roman Le Montespan, la déception à la lecture de Charly 9 ne fut que plus cuisante : tout est survolé, autant les personnages que les événements historiques. Jean Teulé se contente de nous relater les derniers mois de la vie de Charles IX en apposant une loupe grossissante sur les faits les plus marquants de son règne : guerre de religion, massacre de la Saint Barthélémy, culpabilité et folie du roi, chasse à courre au palais royal, siège de La Rochelle, complots divers, maladie et mort du roi.

Tous ces faits brossés à gros traits les uns après les autres ne nous apportent pas grand-chose au final. Exit la truculence des propos, remplacé par la vulgarité et la platitude : on frise rapidement l’overdose de jurons bien de l’époque. Ne parlons même pas de la consistance (ou plutôt son absence) des personnages, qui frise le zéro absolu.

J’ai tout de même appris deux trois choses dont la toxicité mortelle du muguet ingéré, l’imposition par le roi du premier janvier comme point de départ de l’an neuf ou la naissance du poisson d’avril pour compenser ce changement de date (l'année nouvelle débutait auparavant le 1er avril).

Un goût de trop peu et un manque de souffle indéniable, je me suis vite ennuyée pendant cette lecture où le regard posé reste toujours extérieur et superficiel. Et pourtant ce sont pas les sujets intéressants qui manquaient mais leur traitement n’est vraiment pas à la hauteur des sujets évoqués.


vendredi 9 septembre 2011

Des vies d'oiseaux de Véronique Ovaldé

Mais qui saura d’où je viens ?
 
Une douce mélancolie en toile de fond saupoudrée de quelques touches d’humour teintées de tendres ironies, l’auteur nous emmène une nouvelle fois dans un pays imaginaire de l’Amérique latine, vaste territoire offrant tous les contrastes (géographiques, climatiques, sociaux) propices au déploiement de l’imagination de l'auteur.
 
Ce roman commence là où se terminent en général les contes de fées : un beau prince charmant sort sa princesse d’une ville pouilleuse au milieu du désert pour l’emmener dans son château de la Coline Dollar. Vingt ans ont passé, le beau prince charmant s’est transformé en roi toujours aussi clinquant que superficiel et creux, le palais de la reine vacille tandis que la princesse, leur fille Paloma de 18 ans, s’est fait la malle avec un mauvais garçon.
 
Vida s’est demandé, « Mais d’où vient-il ? D’où vient ce drôle de garçon ? ». Alors que ce n’était pas du tout la bonne question, la bonne question était, « Mais où va-t-il emmener ma fille ?
 
C’est que la Reine Vida a payé le prix fort pour s’extraire de sa condition sociale : femme docile, atone (au point qu’elle aimerait se glisser dans le jardin et disparaître entre les pierres et les agaves dans ses voiles verts), elle s’est contentée de vivre à l’ombre de son mari qui ne s’est jamais intéressé à autre chose qu’aux apparences. La blessure occasionnée par la fuite de Paloma va fissurer à tout jamais cette cage dorée. L’arrivée du lieutenant Taïbo, venu constater que des intrus s’étaient installés sans rien voler dans la somptueuse villa de Villanueva en l’absence du couple, ajoutera sa pierre à ce bel édifice branlant...
 
L’importance des origines et de la transmission, les liens familiaux et conjugaux, la rupture nécessaire pour se débarrasser de ses derniers oripeaux, l’envol indispensable pour déployer ses ailes, l’émancipation des femmes tout simplement.
 
Il n’y a donc jamais d’autre solution que de partir.

Véronique Ovaldé aime ses personnages et nous les aimons à travers elle. Notamment Taïbo, ce flic placide à l’empathie encombrante qui n’aime pas poser des questions qui fâchent, souffrant par ailleurs d’un chagrin d’amour qui dure depuis 10 ans. Un homme tranquille mais néanmoins résolu qui sait regarder ce qui l’entoure.
 
Quel beau roman de la rentrée littéraire 2011, peut-être le meilleur à ce jour de Véronique Ovaldé, qui passe à la vitesse supérieure. Nous ne sommes plus dans la fable comme dans son précédent roman : les personnages nous sont plus proches, plus réels, plus palpables, il n’y a plus ce miroir sans tain qui pouvait frustrer certains lecteurs à la lecture de son précédent roman, Ce que je sais de Vera Candida

Mention spéciale pour l’écriture qui contient beaucoup d’incises intercalées entre parenthèses, l’art de la digression qui donne toujours sens, qui précise ce qui a été dit précédemment en apportant une nuance bienvenue, un éclaircissement ou au contraire une interrogation.
 
Une très belle réussite et un très bon moment de lecture. 

jeudi 8 septembre 2011

La ballade du café triste de Carson McCullers

Quatrième de couverture

Grande, efflanquée mais redoutablement musclée, Amelia Evans inspire le respect de ses concitoyens : on apprécie autant l'alcool qu'elle distille clandestinement que ses talents de guérisseuse. Le mystère plane cependant autour d’elle. Pourquoi a-t-elle chassé au bout de quelques jours l’homme qu’elle avait épousé ? Et quel rôle tient exactement à ses côtés ce cousin bossu venu de nulle part ?

La ballade du café triste, première et principale nouvelle (par le nombre de pages mais aussi par son excellence) de ce recueil, qui en compte sept au total, donne un bon aperçu de l’œuvre de Carson McCullers : besoin d’amour, non-réciprocité des sentiments, incommunicabilité, déchirures, mensonges et trahisons, perte et solitude. Une petite musique mélancolique empreint de tristesse mais aussi de poésie et de délicatesse : tout est dans le détail, l’émotion contenue, la fragilité des sentiments, le murmure étouffé.

Les désenchantés de Carson McCullers nous laissent un arrière-goût de désolation, à l’image de son Sud profond natal : « […] triste, solitaire, un endroit loin de tout, en marge du monde ».

A noter l’excellente préface de Jacques Tournier, qui en quelques pages arrivent à nous transmettre son admiration pour Carson McCullers (dont il est traducteur et biographe) tout en nous livrant en quelques mots les clés essentielles pour comprendre son œuvre, souvent d’inspiration autobiographique.

La ballade du café triste » : (…) le cœur des petits enfants est un organe très délicat. Un début cruel dans la vie peut lui donner d’étranges formes. Le cœur d’un enfant blessé peut diminuer tellement qu’il finit par être dur et grêlé comme un noyau de pêche. Mais il peut aussi enfler et s’alourdir, et devenir comme un poids intérieur impossible à supporter, car la moindre chose l’irrite et l’enflamme.

Nouvelles composants ce présent recueil, par ordre de présentation : La ballade du café triste - Wunderkind - Le Jockey - Mme Zilensky et le roi de Finlande - Celui qui passe - Un problème familial - Une pierre, un arbre, un nuage.


dimanche 4 septembre 2011

Le musée du silence de Yôko Ogawa

Un jeune muséographe débarque dans un village éloigné à la demande d’une vieille femme acariâtre qui aimerait lui confier le soin de recenser et de mettre en scène une collection d’objets volés insolites : chaque objet représente un villageois décédé censé le définir au mieux, ultime vestige d’une intimité anonyme dont il ne resterait rien sans cette soustraction quelques heures après la mort de leur propriétaire, à l’insu de leur famille.

Un roman lent au charme étrange et envoûtant, une atmosphère inquiétante et oppressante d’un curieux village qui semble être coupé du monde et dont on ne revient jamais, des processions originales comme la fête des pleurs supposé repousser le plus longtemps possible les effets d’un hiver triste et froid, des prédicateurs du silence qui recueillent les confessions des villageois, une bombe qui éclate et des meurtres en série qui contrastent avec la tranquillité apparente de l’endroit.

Le devoir de mémoire et la volonté de garder une empreinte du temps qui passe, l’importance de la transmission et de la continuité, la solitude et le silence qui nous entourent, la manipulation et l'incommunicabilité des êtres, les obsessions qui conduisent au fétichisme morbide.

Un roman idéal pour découvrir l’univers singulier et méphitique de Yôko Ogawa.

Le musée du silence de Yôko Ogawa, Éditions Actes Sud, Collection Babel,  30 mars 2005, 315 pages

vendredi 2 septembre 2011

Un été sans les hommes de Siri Hustvedt

Quatrième de couverture

Incapable de supporter plus longtemps la liaison que son mari, Boris, neuroscientifique de renom, entretient avec une femme plus jeune qu'elle, Mia, poétesse de son état, décide de quitter New York pour se réfugier auprès de sa mère qui a, depuis la mort de son mari, pris ses quartiers dans une maison de retraite du Minnesota. En même temps que la jubilatoire résilience dont fait preuve le petit groupe de pétillantes veuves octogénaires qui entoure sa mère, Mia va découvrir la confusion des sentiments et les rivalités à l'oeuvre chez les sept adolescentes qu'elle a accepté d'initier à la poésie le temps d'un été, tout en nouant une amitié sincère avec Lola, jeune mère délaissée par un mari colérique et instable... Parcours en forme de "lecture de soi" d'une femme à un tournant de son existence et confrontée aux âges successifs de la vie à travers quelques personnages féminins inoubliables, ce roman aussi solaire que plaisamment subversif dresse le portrait attachant d'une humanité fragile mais se réinventant sans cesse.

Un roman que j'ai bien aimé malgré ses faiblesses : beaucoup d'éléments sont ébauchés mais pas vraiment aboutis, il manque de liant pour tenir l'ensemble. On sent vraiment que ce roman suit le travail effectué pour l'essai intitulé La femme qui tremble : là où l'intellectualisation était légitime dans l'essai, il y prend bien prend trop de place dans le roman. Pourquoi autant intellectualiser lorsqu'elle aborde la féminité ? Trop proche, trop intime ? Besoin de prendre du recul par l'intellect ? Si j'ai aimé les esquisses du roman, il m'a laissé tout de même un goût d'inachevé par son manque de spontanéité : tout me semblait trop réfléchi, trop pensé, trop retenu. Une bonne ébauche donc mais j'attends encore LE roman féministe de Siri Hustvedt, qui peut aller beaucoup plus loin si elle se lâchait un petit peu plus : écrire avec plus de tripes et moins d'esprit et de contrôle. En tout cas, je l'attends avec impatience. Reste la belle écriture et la sensibilité de l'auteure, ce qui n'est pas rien tout de même.

« Les gens très âgés se languissent et meurent. Cela, nous le savons, mais les gens très âgés le savent bien mieux que nous. Ils vivent dans un monde de perte continuelle et cela, ainsi que l'avait dit ma mère, c'est cruel. »

« [...] quand j'étais folle, étais-je ou n'étais-je pas moi-même ? Quand une personne en devient-elle une autre ? »

« Seuls les gens âgés ont accès à la brièveté de la vie. »

« Répétition. Répétition, pas identité. Rien n'est répété exactement, même les mots, parce que quelque chose a changé dans celui qui parle et dans celui qui écoute, parce qu'une fois les mots dits et puis redits encore, la répétition elle-même les altère. »

« Les veufs se remarient parce que ça leur facilite la vie. Les veuves non, le plus souvent, parce que leur vie en serait plus difficile. »