vendredi 31 janvier 2014

Bilan du mois de janvier 2014









* * * *
Captive de Margaret Atwood
La plage de Chesil de Ian McEwan
L'Histoire des 3 Adolf de Osamu Tezuka, tome 1 (Manga)


***
Bohemian Flats de Mary Relindes Ellis 
Les feuilles mortes de Thomas H. Cook
Le Domaine du Temps de Joao Tordo
Walking Dead, Tome 16 : Deuil et espoir (BD)
Les monstres aux pieds d'argile d'Alexandre Kha (BD)


**
Walking Dead, Tome 15 : Deuil et espoir (BD)









* * * *
12 Years a Slave de Steve McQueen - 2014 
Philomena de Stephen Frears - 2014
La Vénus à la fourrure de Roman Polanski - 2013
Atmen de Karl Markovics - 2012
Les Fraises des bois de Dominique Choisy - 2012 ❤
Without Memory de Hirokazu Kore-eda (documentaire) -  1996
Maborosi de Hirokazu Kore-eda - 1995
Laura d'Otto Preminger - 1944 


* * *
The Best Offer de Giuseppe Tornatore - 2014
La vie rêvée de Walter Mitty (The Secret Life of Walter Mitty) de Ben Stiller - 2014
Captain Phillips de Paul Greengrass
Lore de Cate Shortland - 2013
Camille Claudel, 1915 de Bruno Dumont - 2013
Ma vie avec Liberace (Behind the Candelabra) de Steven Soderbergh - 2013


* * (*)
All about Albert de Nicole Holofcener  - 2014
Song for Marion de Paul Andrew Williams - 2013

En cours de lecture du roman Le chardonneret de Donna Tartt : le peintre Franz Hals

Et les tableaux de Franz Hals sont incontournables. Tu connais Hals, non ? Le Joyeux Buveur ? Et Les régents de l’hospice de vieillards ?
[…]
« C’est la b.a.ba de l’histoire de l’art, souligna ma mère. Tiens, prends à gauche. »
[…]
« Bon, Hals. Il est si mièvre parfois avec tous ces picoleurs et ces jeunes filles, mais quand il tient quelque chose, il le tient. Rien de tarabiscoté ni précis, il travaille sans laisser sécher, paf, paf, tout est si rapide. Les visages et les mains… un rendu d’une telle finesse, l’œil est immédiatement attiré, pourtant, regarde les vêtements – tellement amples – on croirait presque une esquisse. Vois comme la facture est ouverte et moderne ! » Nous passâmes quelque temps devant un portrait de Hals représentant un jeune homme avec un crâne (« Ne t’énerve pas, Theo, mais il ne te fait penser à personne ? À quelqu’un – et la voilà qui tire sur mes cheveux, derrière – qui aurait bien besoin d’aller chez le coiffeur ? ») ainsi que devant deux grands portraits de lui représentant des officiers à un banquet, qu’elle me désigna comme étant très très célèbres et ayant eu une énorme influence sur Rembrandt. (« Van Gogh adorait Hals, lui aussi. Il écrit quelque part à son propos : Franz Hals maîtrise pas moins de vingt-neuf nuances de noir ! Ou était-ce vingt-sept ? »)


Extrait du roman Le chardonneret de Donna Tartt, qui nous fait voyager dans le monde de l'art dans les premiers chapitres. L'auteur commente les peintures à l'huile sur toile de Franz Hals. Je les présente ci-dessous, pour terminer avec d'autres peintures de l'artiste que je trouve particulièrement intéressante.


Le Joyeux Buveur
1628-1630
Rijksmuseum, Amsterdam

Portrait de groupe des régents de l'hospice des vieillards
1664
Musée Frans Hals, Haarlem
 
Jeune Homme tenant un crâne (vanité)
1626-1628
National Gallery, Londres

Banquet des officiers du corps des archers de Saint-Adrien
1627
Frans Hals Museum
Portrait d'une femme d'une trentaine d'années
portant une chaîne autour de la taille
1610-1615
Chatsworth House


Portrait de famille dans un paysage
1620-1628
Toledo Museum of Art
La Bohémienne
1628-1630
Musée du Louvre

Portrait de mariage d'Isaac Massa et Beatrix Van der Laen
1622
Rijksmuseum Amsterdam



Extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture »

Frans Hals (Anvers V. 1580/1585 – Haarlem 1666). On pourrait attendre davantage de données biographiques précises sur un artiste de la célébrité de Frans Hals. Bien des écrivains tentèrent de romancer sa vie, et les anecdotes foisonnent. Frans Hals fut exclusivement portraitiste, et toute sa longue carrière se déroule à Haarlem. Aujourd'hui encore, le musée de cette ville abrite ses œuvres maîtresses.

Frans Hals est le peintre de la bourgeoisie hollandaise du xviie s. au même titre que Van der Helst, Ravesteijn et beaucoup de ses contemporains. Dans ses vastes compositions patriotiques (les Dolen, les Régents), comme dans ses portraits individuels ou ses portraits de caractère, il ne vise pas au-delà du poids charnel et de la ressemblance du modèle. Son véritable génie ne se révèle que dans sa science nouvelle de la liberté en peinture, par sa palette si personnelle, sa conception audacieuse des valeurs, des teintes, de la lumière, ramenées au jeu des touches.

Les tableaux de Hals ne sont pas sommairement brossés, la nouveauté de son style n'est pas faite d'inachevé ; l'exécution est très recherchée et l'audace du peintre tient dans les touches rapides, capables de rendre à la fois lumière, ton local, animation et matière. Celle-ci, sans épaisseur, est tour à tour légère, libre, empâtée ou glissante. Hals ne fut pas toujours habile à composer : sa volonté d'animation du tableau conduit parfois au désordre, comme dans le Banquet des officiers du corps des archers de Saint-Adrien (Haarlem, musée Frans Hals) ; aussi, dès 1630-1635, Hals recherche-t-il une simplification de ses compositions, tandis que les contours de ses formes se font moins accidentés. Les fonds s'assombrissent et la palette trouve alors son plus fort chromatisme. La Réunion des officiers du corps des archers de Saint-Adrien de 1633 (id.) a perdu son mouvement. Seules les flexions des têtes et des bustes animent la composition horizontale, longue et très statique.

La suite


Quelques billets, portant l'intitulé "En cours de lecture du roman Le chardonneret de Donna Tartt",  ont accompagné la lecture de ce roman. Ils sont composés d'extraits et de tableaux qui les ont inspirés. Nous y rencontrons les peintres suivants (cliquez sur le lien pour accéder au billet correspondant) :

Camille Claudel, 1915 de Bruno Dumont



25 ans après Bruno Nuyten, c’est au tour de Bruno Dumont de revenir vers Camille Claudel, à un moment très particulier de son existence, celui de son internement en 1915 à l’asile de Montdevergues, près d’Avignon. A l’origine de ce projet, il y a Juliette Binoche, qui avait manifesté son envie de tourner sous la direction du réalisateur. Très vite, le sujet s’est imposé : les âges de Camille et de l’actrice correspondant, c’est aux alentours du début de la cinquantaine que nous suivrons les traces de l’artiste.

Camille est une femme dépressive qui souffre de solitude alors qu’elle est surveillée jour et nuit à l’asile où elle doit s’accommoder de la présence constante d’aliénés. Seule en n’étant paradoxalement jamais isolée : une solitude de tous les instants ponctuée de cris, de rires absurdes, de pleurs, de bruits de percussion répétitifs. Camille est une femme enfermée contre son gré dans un asile de fous, à la demande de sa famille. Elle ne comprend pas les raisons de son internement et ne désespère pas de pouvoir être libérée un jour. Elle attend avec impatience la venue de son frère, Paul Claudel, qui viendra lui rendre visite après cinq années d’absence. Paul Claudel, bien que tout illuminé par sa foi, n'éprouve aucune compassion pour sa sœur. Et malgré l’insistance du médecin qui intercède  en faveur de Camille en demandant sa libération, il ne sera jamais entendu par la famille, qui refusera toujours de répondre favorablement à cette demande.

Pour coller au plus près de la vie de Camille Claudel, Bruno Dumont tournera dans des vrais décors avec de vrais handicapés mentaux, de façon à approcher le plus près possible l'essence même de la maladie mentale. Le réalisateur aurait pu aborder l’internement abusif, l’abus de confiance, la place de la femme dans la société de cette époque. Mais il s’attarde avant tout sur le visage de Juliette Binoche, qui pleure, qui prie, qui écrit des lettres, qui monologue parfois, sourit rarement mais se désespère souvent. Dire que ce film est âpre est un euphémisme, tant l’attente, l'affliction et la solitude de l’enfermement en sont les thématiques principales. La radicalité de ton et le propos austère seront compensés par la beauté des lieux et des paysages sans oublier cette volonté d’atteindre au plus près la vérité de l’aliénation mentale et de l'enfermement arbitraire d'une femme devenue gênante pour sa famille.




Réalisateur : Bruno Dumont
Acteurs : Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent, Emmanuel Kauffman, Marion Keller
Origine : France
Genres : Biopic, Drame
Public : Tout public
Année de production : 2013
Date de sortie : 22/01/2014
Durée : 1h35

jeudi 30 janvier 2014

En cours de lecture du roman Le chardonneret de Donna Tartt : le peintre Rembrandt


Leçon d'anatomie du professeur Tulp de de Rembrandt
1632
Mauritshuis, La Haye, Pays-Bas

« Et maintenant, Rembrandt, a dit ma mère. Le consensus autour de ce tableau est qu’il traite de la raison et des Lumières, de l’aube de l’investigation scientifique, tout cela, mais à mes yeux ce qui donne la chair de poule, c’est de voir comme ils sont polis et formels, grouillant autour de la table de dissection comme s’il s’agissait d’un buffet à un cocktail. Cependant, tu vois ces deux types perplexes là-bas au fond ? Ce n'est pas le corps qu'ils regardent - c'est nous. Toi et moi. Comme s'ils nous voyaient debout devant eux – tout droit débarqués du futur. Éberlués. “Qu’est-ce que vous faites ici ?” C’est très naturaliste. En revanche (du doigt elle traça en l’air les contours du cadavre) le corps n’est pas peint de manière naturaliste du tout, si tu observes bien. Il s’en dégage une incandescence bizarre, tu la vois ? On dirait presque l’autopsie d’un alien. Regarde comme il illumine les visages des hommes penchés sur lui. Comme s’il générait sa propre lumière ? Rembrandt lui donne cette qualité radioactive parce qu’il veut attirer notre œil vers ça – que cela nous saute aux yeux. Et ici (elle pointa la main écorchée) tu vois comme il attire l’attention dessus en la peignant si grande, complètement disproportionnée par rapport au reste du corps ? Il l’a même retournée, et du coup le pouce est du mauvais côté, tu le vois ? Eh bien, il n’a pas fait cela par hasard. La peau sur la main est enlevée – on le remarque tout de suite, il y a quelque chose qui ne colle pas – mais en retournant le pouce il rend l’image encore plus étrange ; de manière subliminale, et même si nous n’arrivons pas à cerner pourquoi, nous enregistrons que quelque chose est de travers, faussé. C’est très astucieux.»

Extrait du roman Le chardonneret de Donna Tartt, qui nous fait voyager dans le monde de l'art. L'auteur commente la peinture à l'huile sur toile de Rembrandt, Leçon d'anatomie du docteur Tulp.

Pour en savoir plus sur La leçon d'anatomie du docteur Tulp de Rembrandt, c'est ici.
La vie de Rembrandt : c'est ici.

Pastiche et autre détournement :

Album Le divin de la série Astérix de René Goscinny et Albert Uderzo

D'autres billets, portant l'intitulé "En cours de lecture du roman Le chardonneret de Donna Tartt",  ont accompagné la lecture de ce roman. Ils sont composés d'extraits et de tableaux qui les ont inspirés. Nous y rencontrons les peintres suivants (cliquez sur le lien pour accéder au billet correspondant) :



mercredi 29 janvier 2014

Bohemian flats de Mary Relindes Ellis

Le deuxième roman de Mary Relindes Ellis prend son point d’ancrage dans les « Bohemian flats », ces petites baraques en bois construites sur la rive ouest du Mississipi, au pied de Minneapolis. Cette zone est la terre d’accueil et le point de ralliement des migrants venus essentiellement de l’Europe de l’Est (slovaques, suédois, allemands et tchèques), d’où son surnom de "Little Bohémia". Située non loin de la ville et des usines de St. Anthony, ils viennent y chercher du travail tout en partageant leurs coutumes, leurs croyances, leurs histoires. La solidarité, la convivialité, l’entraide et l'amitié y sont de mise, pour que chacun puisse emprunter, le moment venu, le chemin escarpé menant au grand rêve américain.

« Cooper Street est sur la partie la plus élevée des Flats, seule Mill Street se trouve encore plus haut. En bas, il y a Wood Street, où les loyers sont moins chers car les maisons sont construites directement sur la rive. Sa partie inférieure est inondée chaque printemps, quand le fleuve est en crue, si bien qu’on l’appelle la « petite Venise ». Tous les habitants de Wood Street possèdent un bateau et, pendant au moins le mois et demi que dure la crue, ils passent d’une maison à l’autre dans des barques qu’ils dirigent à la perche. Si une maison est entièrement inondée, les habitants du niveau supérieur des Flats hébergent provisoirement la famille concernée. »


Nous y suivrons plus particulièrement une famille allemande originaire de Bavière, les Kaufmann, composée de trois frères, dont Otto l’aîné, un homme rustre, malveillant et fainéant. Malgré tous ses défauts, c’est lui qui va hériter du domaine familial, en vertu des lois de l’époque. Refusant de rejoindre les ordres religieux ou de travailler à la ferme pour le compte d’Otto, Raimund, le plus jeune de la fratrie, décide de fuir cette Allemagne obscurantiste pour rejoindre le pays de toutes les libertés, l’Amérique. Il s’installe dans les Bohemian flats, noue des liens, trouve un travail et demande à son frère, Albert Kaufmann, resté à la ferme en Allemagne aux côtés d’Otto avec femme et enfants, de le rejoindre en Amérique.

Un roman sur le déracinement, l’immigration, le droit à la différence, la transmission familiale et le poids du passé, qui va ressurgir de manière brutale et inattendue. Sur le racisme également :

« Les Anglo-Saxons ont toujours été comme ça depuis que j’habite ici, répond l’homme-ours. Pour eux, ceux qui viennent de pays situés à l’est de Paris sont des Polacks, des Boches, des Bohêmiens ou des sales Russes, assez bons pour travailler dans les manufactures et les usines mais pas assez pour s’asseoir à leur table ou être respectés comme n’importe quel Anglo-Saxon, homme ou femme. »

Un roman sur ces américains de la première génération, ceux issus de parents immigrés confrontés aux discriminations, qui vont prêter serment sous la bannière américaine en s’enrôlant volontairement aux forces armées du pays. Ce sera notamment le cas du fils d’Albert, parti combattre avec d’autres américains d’origines diverses. Et qui sera vite rattrapé par ces racines allemandes lorsque la première guerre mondiale éclatera.

« Ici au moins, il est parmi d’autres soldats américains d’origine allemande, aux noms allemands.[…]
Ce qu’il ne peut pas écrire, c’est cette question : les Américains le considéreront-ils toujours comme allemand une fois qu’il sera rentré et qu’il aura tombé l’uniforme ? » 

« Bohemian flats » manque malheureusement d’un certain souffle, l’écriture n’est pas suffisamment travaillée, rendant parfois la lecture monotone. Certains portraits auraient également mérité un peu plus de profondeurs psychologiques. Mais Mary Relindes Ellis s’est visiblement bien documentée sur le sujet et arrive à donner vie aux habitants des « Bohemian flats », rendant un vibrant hommage à ces familles courageuses qui ont quitté leur pays d’origine pour construire ailleurs une vie meilleure.



Merci à Babelio et aux Editions Belfond pour m'avoir permis de découvrir ce roman en avant-première. Il paraitra en France le 30 janvier 2014.

Du même auteur, j’avais apprécié Winsconsin.


Photo du jour : le lever du soleil sur Bruxelles, à 08h10 exactement


Cette photo a été prise à la gare du Nord de Bruxelles, ce matin même, derrière la fenêtre de mon bureau.

mardi 28 janvier 2014

En cours de lecture du roman Le chardonneret de Donna Tartt : le peintre Adriaen Coorte

- Combien de temps cela lui a pris pour peindre ça ?
 [...]
« Eh bien, les Hollandais ont inventé le microscope, m’expliqua-t-elle. C’étaient des joailliers, des polisseurs de lentilles. Il fallait que tout soit aussi détaillé que possible parce que chaque fois que tu vois des mouches ou des insectes dans une nature morte – un pétale fané, du noir sur la pomme – le peintre te transmet un message secret. Il te révèle que les choses vivantes ne durent pas, que tout est temporaire. La mort au cœur de la vie. D’où leur nom, des natures mortes. Peut-être que tu ne remarques pas la petite tache de pourriture à première vue, à cause de toute la beauté et de toutes les fleurs.  Mais, si tu regardes de près, elle est là.»
Je me penchais pour lire l'affichette imprimée en lettres discrètes sur le mur, et qui m'informait que le peintre - Adriaen Coorte, dates de naissance et de mort incertaines - était demeuré inconnu de son vivant, et que son œuvre n'avait été reconnue que dans les années 1950.  « Eh, maman, tu as vu ça ? »

Extrait du roman Le chardonneret de Donna Tartt, qui nous fait voyager dans le monde de l'art. L'auteur cite notamment le peintre Adriaen Coorte, un petit maître des natures mortes.

Quelques peintures :


Natures mortes d'Adriaen Coorte, 1696

Trois nèfles et un papillon d'Adriaen Coorte, 1705

Coquillages d'Adriaen Coorte, 1697

Natures mortes d'Adriaen Coorte, 1695

Natures mortes d'Adriaen Coorte, 1696

Natures mortes d'Adriaen Coorte, 1685

Natures mortes d'Adriaen Coorte,

Fraises d'Adriaen Coorte, 1705

Natures mortes d'Adriaen Coorte,

Asperges d'Adriaen Coorte,


Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ». 

Peintre néerlandais (actif à Middelburg de 1683 à 1707 et dont on ignore les dates de naissance et de mort).
On ne connaît de lui que des natures mortes. Sans doute a-t-il subi l'influence du Dordrechtois Isaac Van Duynen, actif à La Haye. C'est un petit maître très séduisant, presque naïf dans sa perfection limitée, qui peint avec prédilection et d'une manière toute de finesse une petite grappe de raisin ou de groseilles, deux ou trois Pêches (musée de Bernay), des Coquillages (Louvre), une simple Botte d'asperges, comme dans son chef-d'œuvre du Rijksmuseum, posés sur l'extrémité d'un entablement de pierre et se détachant presque en trompe-l'œil sur un fond sombre et vide d'une prenante abstraction. Atteignant ainsi une rare poésie de l'objet dans une atmosphère de parfaite modestie, Coorte renoue avec la vieille tradition des Bosschaert et des Van der Ast, ou même d'un Jan Van de Velde, et représente le type par excellence des petits maîtres fructueusement remis en valeur par notre époque. Une Vanitas étonnante (1688), qu'il réalisa, se trouve à Zierikzee, au Burgerweeshuis. 



D'autres billets, portant l'intitulé "En cours de lecture du roman Le chardonneret de Donna Tartt",  ont accompagné la lecture de ce roman. Ils sont composés d'extraits et de tableaux qui les ont inspirés. Nous y rencontrons les peintres suivants (cliquez sur le lien pour accéder au billet correspondant) :

12 Years a Slave de ‎Steve McQueen




Synopsis

Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l'État de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d'un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie...

Troisième long métrage de ‎Steve McQueen, le maître incontesté du corps en souffrance, de l'enfermement et de la chair meurtrie.

Disons-le d'emblée, ce film est presque parfait : un témoignage bouleversant basé sur l’autobiographie de Solomon Northup, un morceau d'histoire pas encore vraiment digéré de l’Amérique esclavagiste, une tension de tous les instants, des rôles d'une grande consistance, y compris dans les seconds rôles (Paul Dano, Lupita Nyong'o, Alfre Woodard dans Maîtresse Shaw, dont on peut déplorer la petitesse du rôle), une interprétation magistrale des comédiens (Chewetel Ejiofor et Michael Fassbender en tête), des plans qui frôlent le classicisme sans pour autant perdre de leur intensité.

Un seul petit bémol cependant : le propos n’est-il pas desservi quelque peu par l’entremise d’un personnage aussi torturé que malade psychologiquement comme l’était visiblement le propriétaire de la plantation de coton Edwin Epps (joué excellemment par Michael Fassbender) ? Je reconnais qu’il est un des personnages les plus intéressants puisque tout en contraste et en fureur, pris en tenaille entre des pulsions qui s’opposent. Mais j’aurais aimé suivre plus longtemps le propriétaire Ford (joué par Benedict Cumberbatch, que nous voyons de plus en plus au cinéma pour notre plus grand plaisir), un homme sain et visiblement intègre. Comme peut-on accepter de vivre avec l’esclavage lorsqu’on est un homme équilibré et censé ? Quels peuvent être ses doutes, ses questionnements, ses compromissions ? Comment se débrouille-t-il pour vivre avec sa conscience dans un système aussi ignoble ? Qu’un homme tourmenté comme Edwin Epps s’en délecte, nous pouvons aisément le comprendre. Mais les autres ?

12 Years a Slave est un film fort, éprouvant, intense et nécessaire.




Extrait d'une interview du réalisateur

Qu'est-ce qui vous a le plus choqué, le plus surpris, lorsque vous vous êtes décidé à raconter et mettre en scène cette histoire ?

On ne parle jamais de l'horreur vécue au quotidien par les esclaves. Pourquoi ? Parce qu'il y a la honte.  Qui a envie de se confronter, encore aujourd'hui, à de telles horreurs ? Qui a envie de porter cet héritage-là ?  On peut le faire, certes, mais cela entraîne alors aussi un questionnement sur les esclavages modernes... et là aussi, qui est prêt à se confronter à cela ?


Source : Le Mad du journal Le Soir du mercredi 22 janvier.

Note : 5/5

Date de sortie en Belgique : 22/01/2014 

lundi 27 janvier 2014

Sur la plage de Chesil de Ian McEwan

« Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible. Mais ce n’est jamais facile. » 
 
Nous sommes en 1962, dans l'Angleterre d'avant la révolution sexuelle. Le soir de leur mariage, Edward Mayhew et Florence Ponting se retrouvent enfin seuls dans la vieille auberge du Dorset où ils sont venus passer leur lune de miel. Précédant ce moment ô combien important, ce ne furent que des rêveries, des fantasmes, des illusions de jeunesse, avec l'ardent désir de commencer enfin leur véritable histoire. Mais c’était sans compter le poids du passé, des inhibitions engendrées par l’éducation reçue, de l’époque où pour coucher avec une femme, il fallait l’épouser et où la pilule n’était encore qu’une rumeur colportée par les journaux, une légende de plus venue d’Amérique. Comment s’apprivoiser un peu lorsque l’extinction des feux a lieu à vingt-trois heures précises dans les foyers pour étudiantes de bonne famille, dans lequels aucun visiteur masculin n’était admis.
«Toutes ces années durant, elle avait vécu totalement isolée, à la fois en elle-même et d’elle-même, sans jamais vouloir ni oser regarder en arrière. Dans cette salle dallée au plafond alourdi par des poutres apparentes, les problèmes entre elle et Edward étaient déjà présents dès les premières secondes, dès le premier regard. »

Comment avouer sa peur, sa honte à la perspective de décevoir et d’être percé à jour, sa répugnance de l’acte imaginé, son dégoût pour la pénétration assimilée à la souffrance de chairs tranchées par une lame ?
« Qu’est-ce qui les arrêtait donc ? Leur personnalité et leur passé, leur ignorance et leur peur, leur timidité, leur pruderie, leur manque d’aisance, d’expérience ou de naturel, vestiges des interdits religieux, leur anglicité, leur classe sociale, et même le poids de l’Histoire. Trois fois rien. »

Le manque de confiance en soi et en l’autre, l’incommunicabilité, la honte, la culpabilité, la colère. Et les regrets ensuite :
« Voilà comment on peut radicalement changer le cours d’une vie : en ne faisant rien. »

Un texte court mais ciselé, intense et précis dans les émotions ressenties de part et d’autre, parsemé de nombreux flashback, tout en subtilité sur un sujet aussi intime que délicat.

dimanche 26 janvier 2014

Maborosi de Hirokazu Kore-eda


Yumiko est hantée par un rêve récurrent, celui de n’avoir pas pu retenir sa grand-mère désireuse de mourir dans la région qui l’a vu naître, étant trop jeune à l’époque pour lui faire entendre raison ou l’obliger contre son gré de revenir à la maison familiale. Une grand-mère disparue à jamais, sans laisser de traces, comme évanouie dans la nature.

Comme une étrange répétition, Yumiko sera confrontée à une autre perte tout aussi mystérieuse que douloureuse lorsque son jeune époux disparaîtra, leur fils n’étant âgé que de trois mois. Écrasé par un train, probablement un suicide. Pourquoi ?

Quelques années plus tard, elle accepte un mariage arrangé et rejoint son futur époux qui vit seul avec son vieux père et sa petite fille, dans un village côtier. Mais Yumiko n’en oublie pas pour autant ses fantômes, ses morts, qui continuent de la hanter, de la culpabiliser, de lui poser question.

Maborosi est un film sur le deuil, la perte et la solitude de ceux qui restent, ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils ont été abandonnés, ceux qui n’ont pas pu retenir les personnes aimées. Mais si l’amour était aussi laisser l’autre s’en aller sans explication, accepter l'inacceptable sans pour autant oublier ?

Ce premier long métrage du réalisateur est une petite merveille de sensibilité et de poésie. Les images sont absolument magnifiques, le cadrage, les jeux d’ombre et de lumière, les intérieurs sombres tout en contraste avec la lumière du jour traversant les fenêtres. Le son du ressac de la mer, du vent, de la pluie, d’un train qui passe. On entend les secondes qui s’écoulent dans un sentiment d’abandon et de solitude. Un film hanté par la mort tout en étant habité par les sentiments que la perte engendre.

Un très beau film, intense et fragile à fois.







Ce film a été vu dans le cadre de la rétrospective du réalisateur  japonais Hirokazu Kore-eda.

Note : 5/5

vendredi 24 janvier 2014

Lore de Cate Shortland (film)


Synopsis

En 1945, à la fin de la guerre, Lore une jeune adolescente, fille d’un haut dignitaire nazi, traverse l’Allemagne avec ses frères et sœurs. Livrés à eux-mêmes, au milieu du chaos, leur chemin croise celui de Thomas, un jeune rescapé juif. Pour survivre, Lore n’a d’autre choix que de faire confiance à celui qu’on lui a toujours désigné comme son ennemi...

En situant son film à une époque très particulière, celui du suicide d’Hitler et de la débâcle du nazisme en Allemagne, Cate Shortland aurait pu aborder des thématiques peu exploitées au cinéma (la fin de la croyance à une idéologie ou la culpabilité transmise par héritage ) en mettant sa caméra au service des enfants d'un haut dignitaire nazi, abandonnés à eux-mêmes dans un pays dévasté dans lequel des photos de camps d’extermination commencent à circuler par l’entremise des alliés. Mais étrangement le propos du film dévie quelque peu de cette trajectoire en prenant volontiers des allures de conte macabre dans lequel des jeunes enfants, livrés à eux-mêmes, essayent de rejoindre leur grand-mère en traversant la forêt. Aucune compassion, aucun aide sans contrepartie, aucune empathie à attendre des personnes qu'ils croisent sur leur chemin : les enfants traversent un monde froid, austère, violent et terriblement dangereux. Seul Thomas, qui se dit être un juif rescapé, semble vouloir leur apporter son aide...

Une belle photographie et un esthétisme assumé pour un voyage initiatique, avec en point de mire la perte de l’innocence. Lore est un film assez déconcertant, tout en langueur et en longueur mais d’une grande beauté formelle, comme si la nature et les paysages magnifiques pouvaient racheter la noirceur de l’âme humaine


Note : 3/5

jeudi 23 janvier 2014

All about Albert de Nicole Holofcener (film)


Synopsis

Mère divorcée, Eva se passionne pour son métier de masseuse. Très attachée à sa fille, elle redoute le jour – désormais imminent – où celle-ci va quitter la maison pour aller à l’université. A l’occasion d’une soirée, elle rencontre Albert, un homme doux, drôle et attachant qui partage les mêmes appréhensions qu’elle. Tandis qu’ils s’éprennent l’un de l’autre, Eva devient l’amie et confidente de Marianne, une nouvelle cliente, ravissante poète qui semblerait parfaite si seulement elle n’avait pas un énorme défaut : dénigrer sans cesse son ex-mari. Soudain Eva en vient à douter de sa propre relation avec Albert qu’elle fréquente depuis peu.

Comédie douce-amère sur les difficultés de renouer avec l'amour à un âge où les enfants sont en partance, ce film brasse, mine de rien, pas mal de sujets autour de la peur de l'échec et du manque de confiance en soi. Sous le ressort comique de situation, une certaine mélancolie teintée de désillusion ne fait jamais défaut. Si la réalisatrice se repose sur le jeu des acteurs principaux (mention spéciale pour le regretté James Gandolfini, qui donne un peu de relief à cette histoire par sa carrure imposante et son énorme potentiel de sympathie), le film manque tout de même cruellement d'envergure tant il m'a semblé fort linéaire et répétitif. Quant aux seconds rôles, ils sont malheureusement sous-exploités.  Nicole Holofcener a réalisé quelques épisodes de séries télévisées comme Sex and the City ou encore Gilmore Girls et cela se sent tant le film, divertissant et non dénué d'intérêt, semble mieux se prêter au petit écran qu'aux salles de cinéma.





Note : 3/5

Date de sortie en Belgique : 22/01/2014
Date de sortie en France : 26/03/2014

mardi 21 janvier 2014

La Vénus à la fourrure de Roman Polanski (film)



Synopsis

Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession...

Il n’y a pas à dire mais Roman Polanski, en adaptant La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch (qui donna son nom au masochisme), a su faire sien ce texte tant nous y retrouvons ce qui fait l’essence même de toute son œuvre : huis clos, relation maître/esclave ou comédienne/metteur en scène, manipulation, machiavélisme, séduction, fantasme et fascination funeste. Et on s’amuse des mises en abyme du réalisateur en  piochant allégrement dans sa filmographie pour y retrouver quelques références (la coupe de Mathieu Amalric fait furieusement penser à celle de Polanski dans Le Bal des vampires, les relations sado-masochistes rappellent Lunes de fiel, le travestissement ramène Le locataire en mémoire sans oublier le petit côté satanique évoquant La Neuvième Porte). Saluons enfin la performance des acteurs, Mathieu Amalric en double stupéfiant de Polanski et Emmanuelle Seigner, toujours aussi provocante que diabolique. 



Réalisateur : Roman Polanski
Acteurs : Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric
Origine : France
Genre : Drame
Année de production : 2013
Date de sortie en Belgique : 13/11/2013
Durée : 1h36

Note : 4/5