mercredi 16 novembre 2016

Jean Auguste Dominique Ingres, quatrième partie : les dernières années

Après son retour triomphal à Paris, où Ingres reçoit réparation des critiques passées, le peintre s’occupe de plusieurs commandes, dont celle du duc de Luynes pour la décoration d’une galerie au château de Dampierre. Cette immense peinture murale s’intitule L’âge d’or. La révolution de 1848, suivie en 1849 par le décès de son épouse Madeleine, qui l'affecte beaucoup, condamneront cette œuvre : c’est à ce moment-là qu’il décide d’abandonner définitivement le chantier.  L’âge d’or restera définitivement inachevé. 


Études pour l’Âge d’or : Astrée
Montauban, Musée Ingres
© Roumagnac Photographe
Études pour l’Âge d’or
Montauban, Musée Ingres
© Roumagnac Photographe

En 1951, Ingres est nommé directeur de l’école des Beaux-Arts. C’est le début du second empire, au cours duquel Louis-Napoléon Bonaparte est sacré empereur sous le nom de Napoléon III. Poussé par son entourage, Ingres épouse en secondes noces Delphine Ramel, en 1852. Il se remet petit à petit à la peinture et achève de nombreux portraits entrepris depuis des années. Sans cesse sollicité, il devient le portraitiste le plus recherché de France.

La Vicomtesse d’Haussonville, 1845
New York, The Frick Collection
La baronne James de Rothschild, 1848
Paris, Collection particulière
La princesse de Broglie, 1951-1853
New York,  The Metropolitan Museum of Art

On notera  la sensualité et la couleur éclatante des étoffes, la richesse et le raffinement des vêtements, le reflet des parures et autres accessoires pour rendre compte de la personnalité (et du rang social) du modèle. On remarque également à quel point Ingres peint toujours le même type de femmes : issues de la plus haute société de Paris, il aime représenter la beauté calme de ces dames en position assise ou adossée, plus rarement debout. Des visages graves, songeurs, à peine éclairés par un faible sourire.

Les dernières années sont particulièrement fécondes. Il reprend des compositions plus anciennes (La Source, Œdipe et le Sphinx, L’âge d’or), prépare de nouvelles compositions dont Le Bain turc et Jeanne d’Arc

Jeanne d’Arc au sacre du roi Charles VII
1851-1854, Paris, Musée National du Louvre

L’artiste se représente sous les traits d’un des compagnons d’armes de la Pucelle d’Orléans, debout à gauche. C’est sa seconde épouse qui pose pour le personnage de Jeanne d’Arc. Contrairement aux autres peintres de son époque, il ne choisit pas les moments dramatiques de son histoire. Et si le tableau reflète la puissance de la monarchie, Ingres ne montre ni le sacrement ni le roi, mais uniquement Jeanne d’Arc dotée d’une auréole, soulignant qu’elle a droit à la canonisation (l’Église le lui accordera en 1920). Jeanne semble plongée dans une vision qui l’emmène loin du monde réel. Par ce tableau, Ingres fait l’union de la religion et de la politique.

En 1855, Ingres présente une rétrospective de son œuvre, réunissant soixante-neuf tableaux, à l’exposition universelle. Il est nommé sénateur par Napoléon III. A la fin de sa vie, il reprend le thème de l’âge d’or, cet éden dans lequel « les mortels vivaient comme les dieux, libres d’inquiétudes, de travaux et de souffrances ; la cruelle vieillesse ne les affligeait point ». Au cours de ces années, Ingres travaille à l’une de ses œuvres les plus célèbres, le tableau intitulé Le Bain turc, dont il réalise deux versions.

Le Bain turc par Ingres
1863, Paris, Musée National du Louvre

Si les personnages isolés ou en groupe ne forment pas un tout cohérent, l’éternelle jeunesse et le repos calme dans un endroit clos et sécurisé priment sur tout le reste. Comme si l’idée du paradis, présent dans cette peinture ainsi que L’âge d’or, et dans lequel l’instant se fait éternité ou du moins le cours du temps semble suspendu, il y avait aussi quelque chose de plus solitaire et d'énigmatique. Rappelons que le peintre aimait la figure d’Œdipe et le Sphinx, qui lie également les thèmes du paradis, de l’énigme et de la mort. 

Œdipe et le Sphinx par Ingres
1864, Baltimore, Walters Art Gallery

Ingres voulait révolutionner l’art en puisant sa source d'inspiration dans l’art antique et l’art de la renaissance, tout en recherchant la beauté parfaite de la ligne dessinée. Il terminera sa carrière comme elle avait commencé : en copiant les maîtres anciens qu’il admirait tant. Ingres meurt en 1867 à l’âge de quatre-vingt-six ans, et sera inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Quelques jours avant sa mort, il réalisait un dernier dessin, qui était une copie du Christ au tombeau de l’italien Giotto.

Le Christ au tombeau (d’après Giotto) 1867, Montauban, Musée Ingres


Sources :

* Dictionnaire de l'art et des artistes, Fernand Hazan éditeur, 1982
* Jean-Auguste Dominique Ingres : 1780-1867, Éditions Taschen, 2006
* L’aventure de l’art au XIX siècle, Collection Aventure de l’Art aux Éditions Chêne, 2008
* Le site Wikipédia
* Le site du Musée du Louvre


A découvrir également sur ce blog :

* Jean Auguste Dominique Ingres, première partie : les années d'apprentissage en France 
* Jean Auguste Dominique Ingres, deuxième partie : pensionnaire à la Villa Médicis 
* Jean Auguste Dominique Ingres, troisième partie : triomphe tardif à Paris, suivi d'un dernier retour à Rome 


6 commentaires:

  1. CHAPEAU BAS POUR LA TOTALITE DE CE TRAVAIL QUI RETRACE AU MIEUX LES DIFFERENTES ETAPES DE CETTE LONGUE VIE D'UN ARTISTE AU DESSIN SUBLIME. Je comprends mieux pourquoi des l'école et mon petit Larousse en noir et blanc j'ai aimé ce très grand peintre; il était tellement complet dans son art, il avait ce génie de nous les faire revivre! Un gros MERCI.

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    1. Un tout grand merci à toi pour ta présence fidèle et tes encouragements Alex, ça fait plaisir ! :)

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  2. Merci Sentinelle pour ce dernier épisode. Toujours étonnant ce Bain Turc si sensuel, avec La Baigneuse Valpinçon qui apparait on ne sait pas trop pourquoi (mais cela fait partie du mystère du tableau) au premier plan.
    Strum

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    1. C'est effectivement un tableau assez mystérieux, ces femmes ensemble sans l'être vraiment (on dirait presque un collage) et la Baigneuse Valpinçon qui ressort nettement, de par ses couleurs plus chaudes. Un tableau qui fut dévoilé au grand public bien des années plus tard, et qui inspirera de nombreux peintres contemporains et cubistes, dont Picasso pour Les demoiselles d'Avignon. C'est également grâce à ce tableau que je me rends comte qu'Ingres fut également une belle source d'inspiration pour Paul Delvaux. C'est vraiment une découverte étonnante pour moi tant la filiation me saute maintenant aux yeux : des femmes hiératiques, représentées à plusieurs mais finalement chacune seule dans leur monde intérieur, avec un côté onirique, comme hors du temps.

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  3. J'adore ses portraits de princesses, baronnes, comtesses :-)

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    1. De beaux portraits, effectivement, on n'a aucun mal à comprendre les raisons qui ont fait qu'il était un portraitiste très demandé. Mais il fallait faire partie de la haute comme on dit... ;)

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