dimanche 15 octobre 2017

PRIX CL 2017

Mon premier bilan littéraire de l'année (lire à ce propos mon billet épinglé en ce moment) concerne ma participation au Prix des Lecteurs/Lectrices de Critiques Libres. Inauguré en 2008, le Prix des Lecteurs/Lectrices de Critiques Libres ASBL a pour mission de faire découvrir à ses membres et à tous, en général, des oeuvres littéraires méritant d'être mieux connues. Les finalistes sont issus d'une sélection parmi tous les ouvrages parus trois ans plus tôt et n'ayant pas obtenus de prix majeurs. Les lauréats de cette récompense symbolique sont choisis par vote populaire recueilli sur le site lui-même. Et si nous n'étions pas nombreux à participer, je suis contente d'avoir rempli mon objectif, à savoir lire quatre ouvrages de quatre catégories différentes (sur un total de sept) : la Catégorie Bande Dessinée, la Catégorie Découvrir - Roman traduit, la Catégorie Policiers/Romans Noirs/Thriller et la Catégorie Romans fantastiques & SF.  

Le récapitulatif, en quelques mots :


Catégorie Bande Dessinée


Mon Classement

1) Ce n'est pas toi que j'attendais (Delcourt, 2014) de Fabien Toulmé  ****
2) Le monde d'Aïcha (Futuropolis, 2014) de Ugo Bertotti et Agnès Montanari ****
3) Rouge Karma (Sarbacane, 2014) de Eddy Simon et Pierre-Henry Gomont ***
4) Les gardiens du Louvre (Futuropolis, 2014) de Jirô Taniguchi ***

Le gagnant est : Ce n'est pas toi que j'attendais de Fabien Toulmé

Ce récit d'un jeune père (Fabien Toulmé lui-même) revient sur la naissance de son deuxième enfant, un enfant "pas comme les autres", qu'il n'attendait pas vraiment. Il passe de la tristesse à la colère, de l'angoisse à la culpabilité, du rejet à l'acception et à l'amour de cet enfant différent. Ce portrait sincère d'un père est émouvant, d'une grand justesse et parfois même fort drôle.  Mais son plus grand exploit est de ne jamais verser dans le pathos ni l'apitoiement. Un exercice d'équilibriste parfaitement réussi. J'y reviendrai plus en détails prochainement.


Remarque en passant : les quatre candidats de cette catégorie étaient tous intéressants, tout en étant très différents les uns des autres. Tous méritent d'êtres lus en tout cas. Je vous renvoie à mon billet sur Les gardiens du Louvre, chroniqué à l'époque. Cliquez également sur les couvertures pour accéder à leur présentation respective chez l'Éditeur. 



Catégorie Découvrir - Roman traduit


Mon Classement

1) Nos disparus (Points, 2015) de Tim Gautreaux ****
2) A la grâce des hommes (Pocket, 2016) de Hannah Kent ****
3) Notre quelque part (Zulma, 2016) de Nii Ayikwei Parkes **
4) Le tabac Tresniek (Folio, 2016) de Robert Seethaler **


Le gagnant est : A la grâce des hommes de Hannah Kent

Inspiré de la véritable histoire d'Agnes Magnúsdóttir, la dernière femme condamnée à mort en Islande, ce roman mérite amplement la première place du classement général. Et si je ne lui ai pas accordé la première place dans mon classement, c'est simplement du fait que j'avais déjà lu quelques histoires vaguement similaires dans le passé, deux romans par ailleurs excellents que je vous conseille également : Captive de Margaret Atwood et L'Affaire de Road Hill House de Kate Summerscale.  Je vous renvoie à mon billet concernant Nos disparus de Tim Gautreaux (que j'avais beaucoup aimé) et celui concernant Le tabac Tresniek de Robert Seethaler (nettement moins convaincue).  Cliquez également sur les couvertures pour accéder à leur présentation respective chez l'Éditeur. 



Catégorie Policiers/Romans Noirs/Thriller


Mon Classement

1) Les larmes de Pancrace (Fleuve Noir, 2014) de Mallock ****
2) Le dernier message de Sandrine Madison  (Points, 2015) de Thomas H. Cook ***
3) L’homme de la montagne (10 X 18, 2015) de Joyce Maynard ***
4) Le village (10 X 18, 2015) de Dan Smith **(*)


Le gagnant est : Les larmes de Pancrace de Mallock

Coup de cœur pour ce roman écrit par un auteur français que je ne connaissais absolument pas avant cette lecture. Véritable tourne page, on passe du domaine viticole Corneille de Renom, où il se passe de drôles de meurtres, à plusieurs siècles dans le passé, à l'époque des Templiers plus exactement. Une malédiction ancestrale, une vengeance de femmes, des crimes odieux, quel lien entre le passé et le présent ? J'ai aimé naviguer entre plusieurs époques, et le commissaire Amédée Mallock n'est pas sans me rappeler, enfin de loin mais quand même, le commissaire Adamsberg de Fred Vargas.  Notamment pour ses intuitions fulgurantes, nous sommes donc bien éloignés de Sherlock Holmes, croyez-moi. Depuis cette lecture, j'ai lu d'autres romans de Mallock : Les visages de Dieu et Le principe de parcimonie. Mais mon préféré reste à ce jour Les larmes de Pancrace.

Remarque : tous les romans de cette catégorie furent agréables à lire.  Pas de surprise concernant  Thomas H. Cook, que je connais bien (lire mes billets Les leçons du mal et Les feuilles mortes du même auteur, je me souviens aussi d'avoir lu Au lieu-dit Noir-Étang, que j'avais bien aimé également).  Quant au roman de Joyce Maynard, nous sommes plus dans le roman psychologique que le roman policier, et si je l'ai bien aimé, j'ai trouvé qu'il n'avait pas vraiment sa place dans cette catégorie.



Catégorie Romans fantastiques & SF


Mon Classement

1) Les groseilles de novembre (Le Tripode, 2014) de Andrus Kivirähk ****
2) Bird Box (Le Livre de Poche, 2015) de Josh Malerman ****
3) Le passage du diable (L'école des Loisirs, 2014) de Anne Fine **(*)
4) Celle qui a tous les dons  (L'Atalante, 2014) de Mike Carey **


Le gagnant estLes groseilles de novembre de Andrus Kivirähk


Alors là, je suis heureuse !  Si j'avais beaucoup aimé cette lecture dès sa parution, et qu'il s'est tout naturellement placé en tête de mon classement, je n'étais pas assurée du tout qu'il en serait de même pour les autres participants. Car, il faut le dire, ce roman est vraiment très original dans son genre, et donc pas forcément passe-partout, du genre à ne pas faire l'unanimité. Mais il faut croire que ses qualités ont fait le reste. Je suis tellement contente que j'ai re-publié mon billet , que vous trouverez juste ci-dessous. Pour les plus pressés, c'est ici que j'en parle. 

Ceci dit, Bird Box de Josh Malerman est aussi excellent, et s'il ne fait peut-être pas dans l'originalité,  il est très très efficace. J'en parle plus longuement ici

Et si vous aimez les secrets de famille, les maisons de poupées et les envoûtements qui les accompagnent, je vous recommande Le passage du diable de Anne Fine, qui n'est pas mal excepté la fin précipitée. Mais attention, il s'agit de littérature jeunesse, ni plus ni moins.

Un peu déçue par Celle qui a tous les dons de Mike Carey, qui avait pourtant un beau potentiel de départ, mais qui s'enlise au fur et à mesure. J'ai vu le film qui en a été tiré récemment, Celle qui a tous les dons (The Last Girl, 2017) de Colm McCarthy, et qui présente exactement les mêmes faiblesses. Ceci dit, pour les fans de zombies, il a quand même le mérite de proposer "autre chose".

Voilà qui clôture les résultats du Prix CL 2017, du moins en ce qui concerne les catégories que j'ai choisies. Bientôt auront lieu les présélections pour le Prix CL2018 !


Les Groseilles de novembre d'Andrus Kivirähk

L’Homme qui savait la langue des serpents (Prix de l'Imaginaire 2014 du Roman Etranger), première traduction française de l’auteur estonien Andrus Kivirähk, fut une découverte littéraire majeure de l’année 2013 en ce qui me concerne. Ce roman, qui tenait autant de l’épopée, du mythe que du texte fondateur et testamentaire d’un peuple à une époque très lointaine, tout à la fois ironique, surréaliste, sombre et tragique, m’avait totalement conquise. C’est donc avec curiosité doublée d’une certaine impatience que j’attendais la traduction de ce second roman.

D’emblée, on constate que Les Groseilles de novembre se démarque fortement de L’Homme qui savait la langue des serpents, dans le ton comme dans la forme. Se situant dans un petit village estonien aux allures moyenâgeuses, ce roman est en fait une chronique villageoise étalée sur le mois de novembre, chaque chapitre du livre reprenant chronologiquement les péripéties du jour. Le mois de novembre étant un mois particulièrement pénible sur le plan climatique (il fait froid, humide, pluvieux, neigeux), il symbolise au mieux l’univers de ce village perdu dans les terres estoniennes.

Au travers d’une narration à la structure beaucoup plus éclatée que son prédécesseur, se côtoie une multitude de personnages aussi surprenants les uns que les autres : des démons maraudent dans les bois, des défunts font un bon repas et prennent un bain de vapeur dans une étuve le jour des âmes, le diable (surnommé le Vieux-Païen) fait des affaires, la sorcière prépare des poisons, des tourbilloneurs se déchainent, le pasteur fait la messe, les barons du manoir se font spolier, le granger soigne, un intendant tombe amoureux de la fille du baron allemand et l’idiot du village fait l’idiot.

Mais le plus intriguant de tous est bien le « kratt », une drôle de créature au service de son maître, assemblé de bric et de broc par l’homme, et dont la fonction principale est de voler et de chaparder pour son propriétaire. Seule condition pour l’homme : pactiser avec le diable pour donner une âme au kratt, en versant quelques gouttes de son sang. Mais le diable est parfois bien stupide ou le paysan bien malin, lorsque quelques gouttes de groseilles font aussi bien l’affaire.

L’auteur Andrus Kivirähk donne vie à tous ces personnages fantastiques et imaginaires, en puisant son inspiration dans le folklore et la tradition orale. Il rend également hommage aux croyances, aux idéaux, à l’espièglerie et la débrouillardise d’un peuple de paysans pauvres estoniens provenant d’une des dernières régions païennes d’Europe, puisqu’ils ne furent évangélisés qu’au début du 13e siècle par des chevaliers allemands. Le paysan avait donc une approche assez « utilitaire » du christianisme, puisqu’il croyait autant en Dieu qu’au diable, aux esprits et autres démons, et n’hésitait pas à faire des affaires avec le diable (assez facile à berner) quand son intérêt était en jeu. Son plus grand plaisir étant de duper et de voler les biens des piètres seigneurs du manoir…

Il n’est pas étonnant dans ces conditions que Les Groseilles de novembre soit considéré comme son meilleur roman à ce jour en Estonie. Cette farce, drôle et caustique, n’a pas pour autant la même force que L’Homme qui savait la langue des serpents, certes plus sombre mais bien plus émouvant. Il n’en demeure pas moins intéressant et agréable à lire, en nous faisant voyager dans un folklore estonien païen, en compagnie de paysans chapardeurs des plus sympathiques. Et j’attends donc déjà avec impatience la traduction d’un troisième roman, qui paraîtra l’année prochaine, toujours chez Le Tripode. Et tout aussi différent des deux précédents romans, parait-il. Amis lecteurs, vous voilà prévenus !

L'avis de Traversay

Les Groseilles de novembre d'Andrus Kivirähk, traduit de l’estonien par Antoine Chalvin, Illustration de la couverture par Denis Dubois,  Éditions Le Tripode, 9 octobre 2014, 266 pages


vendredi 13 octobre 2017

Lecture commune en janvier : Les Pérégrins d'Olga Tokarczuk

Edyta et moi-même commençons une lecture commune à la mi-janvier 2018.  Je m'y prends tôt pour l'annoncer, oui je sais, mais si vous avez envie d'y participer à votre tour, vous avez le temps de vous organiser. A ce propos, ma PAL et ma LAL sont régulièrement mises à jour, alors si une autre lecture commune vous tente, n'hésitez pas à me le faire savoir.

Quel est le principe d'une Lecture Commune ? En quelques mots, les participants commencent un roman au même moment mais à leur rythme, tout en communiquant de l'avancement de leur lecture via des commentaires sur ce blog tout au long du mois qui suit. A la mi-février, chaque participant s'engage à écrire une chronique sur son blog, tout en précisant qu'il s'agit d'une lecture commune, sans oublier de joindre à la fin de son billet un lien pour chaque chronique des participants. 

Notre choix de lecture s'est porté sur le roman Les Pérégrins d'Olga Tokarczuk, qui s'est fait remarqué à sa sortie, en  2010.



Présentation de l'oeuvre chez Les Éditions Noir sur Blanc 

 « Alors, remue-toi, balance-toi, cours, file ! Si t’oublies ça, si tu t’arrêtes, il va t’attraper avec ses grosses pattes velues et faire de toi une marionnette. Il t’empestera de son haleine qui sent la fumée, les gaz d’échappement et les décharges de la ville. Il va transformer ton âme multicolore en une petite âme toute raplapla, découpée dans du papier journal. » 

La clocharde du métro de Moscou qui parle ici appartient aux Bieguny (les marcheurs ou pérégrins), une secte de l’ancienne Russie, pour qui le fait de rester au même endroit rendait l’homme plus vulnérable aux attaques du Mal, tandis qu’un déplacement incessant le mettait sur la voie du Salut. En une myriade de textes courts, Les Pérégrins, sans doute le meilleur livre d’Olga Tokarczuk, compose un panorama coloré du nomadisme moderne. Routards, mères de famille en rupture de ban, conducteur de ferry qui met enfin le cap sur le grand large : qu’ils soient fuyards ou conquérants, les personnages sont aux prises avec leur liberté, mais aussi avec le temps. Et ce sont les traces de notre lutte avec le temps que relève l’auteur aux quatre coins du monde : depuis les figures de cire des musées d’anatomie jusqu’aux méandres de l’Internet, en passant par les cartes et plans. À travers les lieux et les non-lieux de ses voyages, Olga Tokarczuk a rassemblé des histoires, des images et des situations qui nous éclairent sur un monde à la fois connu et absolument mystérieux, mouvant réseau de flux et de correspondances… Sans jamais nous laisser oublier que « le but des pérégrinations est d’aller à la rencontre d’un autre pérégrin ».

Lire un extrait

Quelques mots sur l'auteur.  Romancière polonaise contemporaine la plus traduite dans le monde, née en 1962, Olga Tokarczuk  a étudié la psychologie à l’Université de Varsovie. Elle a reçu le prix Niké (Goncourt polonais) pour Les Pérégrins : à la fois prix du jury et prix des lecteurs.

Six de ses livres ont déjà été publiés en France :

  1. Dieu, le temps, les hommes et les anges (Robert Laffont, 1999) ;
  2. Maison de jour, maison de nuit (Robert Laffont, 2001) ;
  3. Récits ultimes (Noir sur Blanc, 2007) ;
  4. Les Pérégrins (Noir sur Blanc, 2010) ;
  5. Sur les ossements des morts (Noir sur Blanc, 2012 - Libretto, 2014) ;
  6. Les enfants verts (La Contre Allée, 2016).




Bibliographie



Cliquez sur la couverture pour accéder à la présentation et/ou les critiques du roman. J'ai lu dernièrement Sur les ossements des morts et je vous en avais parlé ici.  Edyta l'a lu également, et elle en parle . Depuis, j'ai lu également Les enfants verts. Pas de compte-rendu, raison pour laquelle je le relirai probablement (il est très court).

Si cela vous intéresse de participer à cette lecture commune, n'hésitez pas à me le faire savoir ici-même. Dans quelques jours, je mettrai ce billet dans la barre de navigation de ce blog, de façon à y accéder facilement.


mardi 10 octobre 2017

L'attrapeur de libellules de Boris Akounine

Nous sommes en 1905. En pleine guerre contre le Japon, la flotte russe vient d'essuyer une cinglante défaite à Tsushima. Alors que le Transsibérien est la cible d'un attentat, c'est tout le ravitaillement en armes des troupes du tsar en Extrême-Orient qui est compromis. L'affaire est confiée à Eraste Pétrovitch Fandorine, qui sans le savoir, va enquêter sur un personnage qui est en lien avec son propre passé. 

Et nous voilà plongés quelques décennies plus tôt au pays du soleil levant, en 1878 plus exactement. L'ère Meiji bat son plein, mettant fin à la politique isolationniste du Japon des siècles précédents (lire à ce sujet l'excellent roman Les mille automnes de Jacob de Zoet par David Mitchell, j'en parle ici) et marquant le début de la politique de modernisation du pays, ce qui attire bien évidemment la convoitise des occidentaux. 

Boris Akounine met toute sa connaissance de l'histoire japonaise au service de ce récit foisonnant bourré de péripéties et d'aventures, d'intrigues et de machinations politiques, dans lequel la vengeance, la manipulation, la trahison mais aussi l'amour et le sens de l'honneur impulsent un tempo soutenu tout au long de ce (très gros) roman. Et si l'ère Meiji signe aussi la fin des samouraïs, cela ne les empêche aucunement de se retrouver, d'une manière ou d'une autre, dans cette société encore extrêmement codifiée, même si la part belle est donnée aux shinobis (plus communément appelés les ninjas ou les furtifs, censés ne plus exister depuis plusieurs siècles, mais c'est mal les connaître) et à leur science (le ninjutsu). Que cela ne tienne, les yakuzas ne sont pas en reste et les femmes fatales non plus, c'est le moment ou jamais de vous initier au Ninsou ou au Joujutsu (l'art de l'amour ou la technique de l'attrape-nigaud, c'est selon).

Désires-tu vraiment
Que de tes yeux un beau jour
Tombent les écailles ?


Vous l'aurez compris, ce roman d'aventures ne se prend pas non plus trop au sérieux, et son ambition première est surtout de vous divertir, non sans humour. C'est instructif, trépidant, passionnant, amusant, de quoi passer un agréable moment de lecture. Mission totalement réussie. 


Quelques mots sur l'auteur.  Grigori Chalvovitch Tchkhartichvili, alias Boris Akounine, est un écrivain russe né en Géorgie. Auteur de nombreuses traductions de l'anglais et du japonais, spécialiste de l'histoire japonaise, il est surtout célèbre pour ses romans policiers historiques de la série « Eraste Pétrovitch Fandorine », composée d'une petite quinzaine de tomes, que l'on peut lire indépendamment les uns des autres (même si c'est toujours mieux de les lire dans l'ordre, ce que je ne fais pas, bien évidemment). Traduit en dix-huit langues, il est - parait-il - le plus grand auteur de best-sellers en langue russe, excusez du peu. Il faut dire, il n'a pas son pareil pour mettre en scène les grands épisodes de l'histoire russe de cette époque, ce qui doit flatter son lectorat, dont je fais partie.  Fin connaisseur du Japon, il met en scène assez rapidement Massa, le fidèle serviteur que Fandorine a ramené du Japon. Il vous faudra d'ailleurs attendre plusieurs tomes pour connaître les circonstances de leur rencontre et il se trouve que c'est justement dans L'attrapeur de libellules que tout vous sera dévoilé (c'est ce qu'on appelle la cerise sur le gâteau). Déjà cinq tomes au compteur (celui-ci est particulièrement réussi), et je ne m'en lasse toujours pas. Vivement le prochain ! Et ce sera La maîtresse de la mort...


Bibliographie sélective



L'attrapeur de libellules de Boris Akounine, Editions 10 X 18, Collection Poche Grands Détectives, 17 octobre 2013, 888 pages 


lundi 9 octobre 2017

Jean Rochefort vient de nous quitter

Pas de mots, ou si peu. Juste une chanson, pour changer.


















Yann Tiersen & Neil Hannon - Les Jours Tristes. Extrait du film Holy Motors de Leos Carax.




vendredi 6 octobre 2017

A propos du cinéaste Yasujirō Ozu

Si elle ne se marie pas, tu as des soucis ; si elle se marie, tu as de la peine.

Extrait du film Printemps tardif





Je vous parle des plus beaux films du monde. Je vous parle de ce que je considère comme le paradis perdu du cinéma. A ceux qui le connaissent déjà, aux autres, fortunés, qui vont encore le découvrir, je vous parle du cinéaste Yasujiro Ozu. Si notre siècle donnait encore sa place au sacré, s’il devait s’élever un sanctuaire du cinéma, j’y mettrais pour ma part l’œuvre du metteur en scène japonais Yasujiro Ozu…  Les films d’Ozu parlent du long déclin de la famille japonaise, et par-là même, du déclin d’une identité nationale. Ils le font, sans dénoncer ni mépriser le progrès et l’apparition de la culture occidentale ou américaine, mais plutôt en déplorant avec une nostalgie distanciée la perte qui a eu lieu simultanément. Aussi japonais soient-ils, ces films peuvent prétendre à une compréhension universelle. Vous pouvez y reconnaître toutes les familles de tous les pays du monde ainsi que vos propres parents, vos frères et sœurs et vous-même. Pour moi le cinéma ne fut jamais auparavant et plus jamais depuis si proche de sa propre essence, de sa beauté ultime et de sa détermination même : de donner une image utile et vraie du 20ème siècle. 

Wim Wenders

jeudi 5 octobre 2017

Anne Wiazemsky vient de nous quitter

En hommage à la romancière, comédienne et réalisatrice française Anne Wiazemsky.


Extrait

C'était le printemps et pour la première fois depuis deux ans, depuis la mort de mon père, je l'attendais avec impatience. Dans mon cahier de textes, j'avais recopié ces lignes extraites d'un roman de mon grand-père, François Mauriac : "Le bonheur, c'est être cerné de mille désirs, d'entendre autour de soi craquer les branches." Si la première partie de cette définition m'était encore inconnue, je commençais à entrevoir la seconde : j'écoutais, j'entendais "autour de moi craquer les branches". C'était diffus, nouveau, troublant. Cela surgissait sans raison, n'importe où.


Mon avis

Anne Wiazemsky, petite-fille de François Mauriac, revient au printemps de l’année 1965.  Elle a dix-huit ans et une entrevue a été organisée par son amie Florence avec le cinéaste Robert Bresson, un des réalisateurs après-guerre les plus importants du cinéma français. Un premier rôle à la clé, celui de Marie pour le film « Au hasard Balthazar ».
 
Anne Wiazemsky aura attendu 40 ans avant de romancer cette période de sa vie, avec l’envie d’écrire sur Robert Bresson après sa mort en 1999. Explorant la fascination réciproque entre une jeune actrice et son réalisateur beaucoup plus âgé qu'elle et qui n’hésite pas à jouer au Pygmalion en recourant à une certaine emprise psychologique faite de séduction et de domination, évoquant les dessous d’un tournage dans les années 60, ce roman est avant tout le parcours initiatique d’une jeune fille qui s’ouvre au monde en faisant ses premières pas en dehors du cadre familial.
 
Ecriture fluide, sensible et très agréable,  j’ai lu ce roman d’une seule traite avec bonheur.


Quatrième de couverture

À mesure que le bac se rapprochait de La Rochelle, j'oubliais maman et la semaine auprès d'elle : c'était déjà du passé, cela ne comptait plus. Une nouvelle existence m'attendait, dont j'ignorais tout, mais qui allait modifier profondément le cours de ma vie, je le savais, je le voulais. Autour de moi, des vacanciers insouciants parlaient plages, météo, sorties en mer. En les regardant, en écoutant leurs propos, j'avais maintenant l'impression d'appartenir à un autre monde. Dans mon sac, il y avait une carte de Robert Bresson datée du 10 juillet : "Je vous attends. Je suis sûr que tout ira merveilleusement bien. À jeudi ".


Anne Wiazemsky et Robert Bresson

Son avant-dernier roman, Un an après, a été récemment adapté au cinéma sous le titre Le Redoutable, réalisé par Michel Hazanavicius. C'est avec le film Au hasard Balthazar de Robert Bresson qu'Anne Wiazemsky se fait remarquer par  celui qui deviendra son mari, Jean-Luc Godard.

Anne Wiazemsky , Au hasard Balthazar