samedi 24 juin 2017

Le peintre russe Valentin Serov

Le peintre russe Valentin Aleksandrovitch Serov est né en 1865 à Saint-Pétersbourg et décède en 1911 à Moscou. Formé par Ilia Répine et Pavel Tchistiakov, il est considéré comme le meilleur portraitiste russe de sa génération et devient le portraitiste officiel de la cour et de l'aristocratie. Il sera membre de l’Amicale des expositions artistiques itinérantes (Peredvijniki), de la Sécession viennoise et de la Sécession de Munich. L'un de ses portraits les plus célèbres est celui de Mademoiselle Mamontov, La jeune fille aux pêches (1887), fille du mécène moscovite. 

Citation :

L’historien de l’art Sarabianov affirme dans sa monographie consacrée à Valentin Serov : « l’évolution de la peinture russe des années 1880 jusqu’aux années 1910 n’est nulle autre que celle qui va de la Jeune fille aux pêches au Portrait d’Ida Rubinstein. » L’œuvre du peintre s’inscrit d'emblée dans une période complexe de transition, pendant laquelle il n’est indifférent à aucune des recherches de ses contemporains, sans pour autant, à aucun moment, sacrifier à l’héritage classique. Mais n’aborder son travail qu’au regard de celui ses pairs serait une erreur. Toujours en décalage avec ce qui l’entoure ou avec ce que l’on croit devoir attendre de lui, la peinture de Serov est d'abord extrêmement personnelle.



Portrait de la jeune fille aux pêches, 1887

Portrait de Zénaïde Youssoupoff, vers 1900


Portrait de Yevdokia Loseva,1903

Portrait de Henriette Leopoldovna Girschmann, 1907
  
Portrait de Maria Akimova, 1908

Portrait d'Ida Rubinstein, 1910

Portrait d'Izabella Grunberg, 1910


Autoportrait

mercredi 14 juin 2017

Citation du jour, Mémoires de Hongrie de Sándor Márai



L'écrivain qui, dans la misère et la désolation - lot commun de tous, en temps de paix comme en temps de guerre -, proteste de sa  « sincérité » oublie l'une des lois essentielles de son métier, lequel ne sait rien de la sincérité. En littérature, comme dans la vie, seul le silence est « sincère ».  Dès lors qu’on s’adresse au public, qu’on soit écrivain ou comédien, on cesse d’être franc – on pose.

 Mémoires de Hongrie de Sándor Márai






Du même auteur, sur ce blog :

* Les braises de Sándor Márai
* L'héritage d’Esther de Sándor Márai


mardi 13 juin 2017

L'homme est-il immortel ? de Robert Ettinger

Première édition de « L’homme est-il immortel ? », écrit en 1964 par Robert Ettinger, professeur universitaire de physique et de mathématique américain, principal fondateur du mouvement cryogénique. Comme son titre l’indique, sa thèse porte sur la congélation des corps en vue d'atteindre… l'immortalité, et bien oui, rien que ça me direz-vous.


Petit résumé trouvé sur le wiki :

Ce livre contient quatorze expériences de pensée sur le thème de l’identité. Sa préoccupation est de cerner quelles sont les transformations d’un individu qui nous paraissent acceptables (cryogénisation comprise) pour considérer qu’il est toujours lui-même.

Ah qu'il est bon de se plonger dans cette époque où la science était encore synonyme de bonheur futur, d'amélioration des conditions de vie, de mort, où tout était encore possible…

Ce savant donc, très optimiste (quand je vous disais que nous étions dans les années 60), a la certitude que nous pratiquerons avec succès la congélation et la réanimation du corps humain moins de cinq années écoulées après la parution de son livre (fin des années 60 donc).

Très sûr de son fait, l'auteur envisage d'emblée les problèmes qui se poseront à ce moment-là. Où stockerons-nous les cadavres en sursis ? Le refus de congeler sera-t-il considéré comme un meurtre ? Un cadavre pourra-t-il voter ? Et quand les congelés ressusciteront, où trouveront-ils un espace vital ?

Autant de questions – finalement pertinentes et extrêmement instructives - autant d’expériences de pensée.

Quelques extraits pour illustrer tout cela :

Page 170 :
« Grâce à des procédés super-chirurgicaux (qui ne sont peut-être pas éloignés dans l'avenir) nous extrayons les cerveaux de deux hommes, et nous les échangeons. Cette opération peut sembler triviale à certains. La plupart d'entre nous, en y réfléchissant, conviendront que c'est le cerveau qui importe le plus, et non les bras, les jambes ni même le visage.

[…] La réunion du cerveau de Paul et du corps de Pierre sera probablement considérée comme Paul. Mais deux facteurs au moins rendent cette expérience moins simple.

D'abord, si l'expérience était effectivement faite et non pas un simple sujet de discussion, le choc émotionnel des deux sujets serait prodigieux. Leurs femmes seraient profondément frappées, tout autant que les sujets. De plus, Paul-dans-le-corps-de-Pierre changerait rapidement, puisque la personnalité dépend grandement du milieu, et que le corps est une partie importante du milieu dans lequel évolue le cerveau.

Et puis si nous voulions bien considérer que les bras, les jambes, la figure et les intestins ne sont pas des attributs essentiels de la personnalité – que dire des testicules ?

Si Paul-dans-le-corps-de-Pierre couche avec une femme, il ne peut engendrer que l'enfant de Pierre, puisqu'il porte en lui les spermatozoïdes de Pierre !

Les problèmes psychiatriques et juridiques que l'on imagine seraient vraiment fantastiques. »

Page 132 :

« Dans l'ère nouvelle, l'horreur du crime ne dépendra plus seulement du mobile ou des circonstances, mais aussi du degré des altérations infligées au corps.
Mon grand-père avait l'habitude de distinguer deux sortes de paresseux, les "flemmards" et les "infects flemmards". La société distinguera peut-être maintenant entre le simple criminel et l'infect assassin. Si la victime est arrosée d'essence et carbonisée, ou passée à la moulinette ou jetée dans le vide-ordures en petits morceaux, ou dans un marécage et laissée aux alligators, ce sera un crime infect et des plus odieux. Mais s'il s'agit seulement d'une balle dans le cœur, et que la victime est rapidement découverte et congelée, alors ce sera une forme d'assassinat tout à fait civilisée. »

Décidément, ce bon docteur Ettinger ne manque pas d'imagination !
 
Pour être tout à fait honnête, après tous les problèmes soulevés par ce brave savant, on en vient à se demander si le fait de pouvoir congeler les corps afin de les réanimer en temps voulu n'apporterait pas plus d'inconvénients que d'avantages.


Pour la petite histoire, la France a légiféré concernant la cryogénisation : l'utilisation de la technique qui consiste à congeler le corps du défunt – communément appeler cryogénisation – est en effet interdite par la règlementation funéraire puisque le cercueil contenant le corps du défunt doit être inhumé on incinéré dans les 6 jours qui suivent le décès (articles R. 2213-33 et R. 2213-35 du Code général des collectivités territoriales).

Voir l'affaire Martinot en France.

"L'âge d'or" dont parle continuellement le docteur Ettinger n'est visiblement pas pour demain… mais son âge d'or fait aussi terriblement froid dans le dos (sans mauvais jeu de mots, enfin si, un peu tout de même).

Qu'est devenu le corps de Robert Ettinger, surnommé le "père de la cryogénisation",  décédé en 2011 à l'âge de 92 ans aux États-Unis ? Une petite explication s'impose, et c'est ici que cela se trouve. Quoi qu'il en soit, trois instituts offrent des services de cryogénisation dans le monde : Alcor Life Extension Foundation et Cryonics Institute (dont le fondateur est Robert Ettinger) aux États-Unis, et KrioRus en Russie.

Le Prix Nobel de Littérature, José Saramago, s'était aussi amusé avec la mort dans son roman Les intermittences de la mort et, ma foi, c'était plutôt une bonne lecture.

mercredi 7 juin 2017

Séquence nostalgie : Billy Idol - Sweet Sixteen



I'll do anything
For my sweet sixteen,
And I'll do anything
For little run away child

 ...ou l'histoire d'un amour de jeunesse pour une jeune fille de seize ans.


mardi 6 juin 2017

L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford

The Man Who Shot Liberty Valance de John Ford
Avec John Wayne, James Stewart, Lee Marvin, Vera Miles, Lee Van Cleef
1962, États-Unis


Synopsis

Après des années d'absence, le sénateur Ransom Stoddard (James Stewart) retourne à Shinbone avec sa femme Hallie (Vera Miles) pour assister à l'enterrement de son vieil ami, Tom Doniphon (John Wayne). Les journalistes s'interrogent : pourquoi le sénateur a-t-il tenu à faire ce voyage à tout prix ? Qui était donc ce Tom Doniphon ? Retour sur l'histoire de Ransom Stoddard. Jeune juriste, il avait quitté l'Est pour le Far West. Sa diligence ayant été attaquée par des bandits, Ransom Stoddard s'était indigné et le chef de la bande, Liberty Valance (Lee Marvin), l'avait alors sauvagement frappé. Une haine inexpiable devait lier les deux hommes, mais Stoddard avait beaucoup à apprendre sur les moeurs de l'Ouest... 


 Mon avis

Je ne connais pas bien  le cinéma de John Ford (à l'exception de Marie Stuart, L'homme tranquille, Les cavaliers et Frontière chinoise, seuls films vus jusqu'à présent de sa - très longue - filmographie, avec celui-ci). Encore moins ses thématiques habituelles, ni la personnalité - visiblement assez complexe - du réalisateur. Et je n’ai pas envie, du moins à ce stade, de faire des recherches plus approfondies sur ce réalisateur, préférant dans un premier temps découvrir avec "un regard innocent" (hmhm) les autres films de John Ford. Pas trop envie non plus de décortiquer « L’Homme qui tua Liberty Valance », d’abord parce qu’il y aurait beaucoup trop à en dire (le film est vraiment très riche), ensuite parce que Strum en a déjà très bien parlé. Je vous invite donc bien volontiers à lire son compte-rendu, que vous retrouverez ici, et qui complétera mon propre commentaire, volontairement plus succinct.    

Je me contenterai donc de vous livrer quelques réflexions qui me viennent spontanément à l’esprit, quelque chose écrit sur le vif.  J’avais sans doute quelques a priori sur le cinéma de John Ford, dans la mesure où j’ai véritablement été surprise par la richesse des thématiques abordées, par la nostalgie et la mélancolie qui en ressortaient, ainsi que par le sens de la nuance et de l’ambigüité du propos.  J’ai vu ce film comme un film sur la perte de l’innocence.  Sur le fondement d’une nation qui ne pourra pas faire abstraction de la violence, et ce malgré toutes les meilleures intentions du monde.   Des fondations reposant notamment sur le mensonge, via la création de ses propres mythes. L'homme qui tua Liberty Valance, c'est aussi l'histoire d’une femme prise entre deux hommes, un homme qui se conjuguera bientôt au passé (la virilité et la force tranquille de John Wayne) et un homme qui nous projette déjà dans le futur (le sympathique et vertueux James Stewart).  Enfin,  L'homme qui tua Liberty Valance, c'est l'histoire émouvante des perdants, que je qualifierai de magnifiques (Tom Doniphon/John Wayne, Pompey/Woody Strode), ceux qui n’auront jamais le visage de cette Amérique ambitieuse et triomphante.  Mais si Tom Doniphon et Pompey ne sont pas « des gagnants », ils ont pour eux la noblesse du cœur, la dignité, la fidélité et le sens du sacrifice, sachant se mettre en retrait lorsque les circonstances le demandent. John Ford nous dit aussi que choisir, c'est mourir un peu. Il reste les souvenirs et la mélancolie de ceux qui n'ont pas oublié, avec ce petit quelque chose qui nous rappelle…  

Ce film nous laisse finalement sur une note de tristesse et de compassion.  Tout en éprouvant le plus grand respect envers ceux qui ont su conserver une certaine grandeur d'âme.



dimanche 4 juin 2017

Le samovar

" Le samovar est un nom qui vient de deux mots russes : samo, soi-même, et varit, bouillir. Ce n’est donc pas un ustensile à faire du thé, mais à obtenir et à conserver de l’eau bouillante. Ces urnes de cuivre, pansues et rutilantes, étaient traversées par une cheminée verticale portant à sa base une petite grille destinée à recevoir des braises. L’eau, versée par la haut du récipient, entourait la cheminée et s’échauffait à son contact. 

Une théière, pleine de thé concentré, tiédissait sur la couronne du samovar. Il suffisait d’ouvrir le robinet de l’appareil pour avoir de l’eau bouillante à toute heure du jour et de la nuit. 


Pouchkine, par exemple, buvait son thé dans un verre sans pied, sa femme – comme le voulait la coutume – dans une tasse. Bien entendu, les verres sans pied étaient enchâssés dans un support à anse, pour qu’on pût les prendre sans se brûler les doigts. Toutes les classes de la société de Saint-Pétersbourg obéissaient à cet usage, et dans les grandes maisons les supports étaient de véritables pièces d’orfèvrerie, le plus souvent en argent. "

Dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg par Vladimir Fédorovski, Extrait



Le thé (1914) par Konstantin Makovski

Près du samovar (1956) par Vladimir Stojarov

Samovar (1926) par Kuzma Petrov Vodkin

Samovar (1913) par Kazimir Malevich

mercredi 31 mai 2017

Bilan du mois de mai 2017

Mes préférés / Films

Après la tempête (After the Storm, 2017) de Hirokazu Kore-Eda
20th Century Women (2017) de Mike Mills
La Terre éphémère (Simindis kundzuli, 2014) de George Ovashvili
L'Île de Giovanni (Giovanni no Shima, 2013) de Mizuho Nishikubo
Mother (2009) de Bong Joon-Ho



Mes lectures

Les corps inutiles de Delphine Bertholon  ❤
L'Exercice de la médecine de Laurent Seksik ****
Une fille, qui danse de Julian Barnes ***
Un avant-poste du progrès  de Joseph Conrad (nouvelle) ****

Collection Apprendre à philosopher : Rousseau, Épicure, Pascal, Foucault, Machiavel ****



Visites, Monuments, Musées


La Sicile 

* ❤ L'Etna, Adrano, Bronte, Randazzo, Catane et Taormina (théâtre antique)

*  Syracuse (le Parc archéologique de Néapolis, le Musée Archéologique Régional Paolo Orsi), ❤ Ortigia, ❤ Noto et Modica

* Agrigente : ❤ la vallée des temples, le musée archéologique et ❤ la Scala dei Turchi (l'escalier des turcs)

* Marsala, Trapani, Erice,  la réserve naturelle des marais salants de Trapani et Paceco

* ❤ Segesta : son temple et son théâtre antiques

* Palerme : ❤ la Chapelle Palatine, ❤ le Teatro Massimo Vittorio Emanuele et la cathédrale de Palerme 


❤ Rétrospective Mode Muntu à la Cité Miroir de Liège  (anciens bains et thermes de la Sauvenière)

mercredi 24 mai 2017

Marie et les naufragés de Sébastien Betbeder

Marie et les naufragés de Sébastien Betbeder 
Avec Vimala Pons, Pierre Rochefort, Eric Cantona, Damien Chapelle, André Wilms, Emmanuelle Riva, Wim Willaert
France, 2016


Synopsis

"Marie est dangereuse", a prévenu Antoine. Ce qui n'a pas empêché Siméon de tout lâcher, ou plus exactement pas grand-chose, pour la suivre en secret. Oscar, son co-locataire somnambule et musicien, et Antoine, le romancier en mal d'inspiration, lui ont vite emboîté le pas. Les voilà au bout de la Terre, c'est-à-dire sur une île. Il est possible que ces quatre-là soient liés par quelque chose qui les dépasse. Peut-être simplement le goût de l’aventure. Ou l'envie de mettre du romanesque dans leur vie...


Mon avis

J'apprécie volontiers les "petits" films au ton décalé, mélancolique et loufoque à la fois, et ce n'est pas cette comédie romantique sans prétention qui le démentira. L'atout charme du film est d'ailleurs nettement du côté des personnages et des acteurs qui les interprètent, allant de la délicieuse Vimala Pons au mélancolique (mais presque drôle malgré lui) Eric Cantona, en passant par les apparitions furtives (mais qui ne passent pas inaperçues) d'Emmanuelle Riva ou de Wim Willaert. Des personnages aussi attachants qu'un peu allumés et comme à la marge. De quoi exactement ? Je n'en sais rien, mais ils naviguent plus volontiers à la  périphérie de la société qu'en son centre, loin des sentiers balisés mais aux confins des espaces singuliers.  Il y a bien quelques petits passages à vide mais rien de bien dramatique non plus, tant on a du plaisir à se laisser porter par les flots, quelle que soit la vitesse du vent.

Une comédie légère, amusante et bien sympathique, qui se savoure comme une gourmandise un soir de pluie. Et parfois, on n'a vraiment pas envie d'autre chose. Sébastien Betbeder signe ici son quatrième long métrage, qui fait suite à son précédent film,  "2 automnes 3 hivers",  que j'avais bien aimé également.



C'est le commentaire de Laurent qui m'avait donné envie de voir ce film : " Sébastien Betbeder confirme avec ce long métrage son identité et sa touche personnelle, en grande partie parce qu'il se penche avec une belle tendresse sur des personnages un peu fracassés. Les filmant au plus près, au point qu'on se sente parfois juste à côté d'eux, il leur donne vie de jolie manière dans un drôle de petit film doux-amer, malgré quelques moments de pédalage à vide. "

samedi 20 mai 2017

La photographe russe Anka Zhuravleva : l'orange est une couleur chaude

@Anka Zhuravleva

@Anka Zhuravleva

@Anka Zhuravleva

@Anka Zhuravleva

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@Anka Zhuravleva

@Anka Zhuravleva

@Anka Zhuravleva

@Anka Zhuravleva

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samedi 6 mai 2017

Voici venu le temps d'une petite pause printanière

Taormina http://www.taormina.it/

Taormina, Catania, Syracuse, Noto, Agrigento, Marsala, Trapani, Palerme... rien que les noms me font rêver. Ce blog est en mode pause pour une durée indéterminée ;-)


Et c'est Barbara Stanwyck qui aura l'honneur de vous envoyer un dernier baiser avant mon retour !

vendredi 5 mai 2017

La Grande Muraille de Frank Capra

The Bitter tea of General Yen de Frank Capra
Avec Barbara Stanwyck, Walter Connolly, Nils Asther
États-Unis, 1933

Synopsis

C'est pour épouser le docteur Robert Strike que Megan Davis, missionnaire, arrive à Shanghai en pleine guerre civile. Alors qu'elle tente, avec son futur mari, d'évacuer des enfants de la zone la plus dangereuse, elle s'évanouit dans la foule des réfugiés sous les yeux du general Yen. Elle est alors condamnée à rester dans la résidence d'été de ce dernier tant que le pays sera troublé par la guerre. Peu a peu Megan tombe amoureuse du général.


Mon avis

Quelle surprise, mes amis ! Je m’attendais à voir un film « mineur » de Frank Capra (il faut bien reconnaître que ce titre ne nous vient pas immédiatement à l’esprit lorsqu’on évoque sa filmographie), et je me retrouve en final avec une petite merveille. Le réalisateur américain d’origine italienne, né en 1897 à Palerme avant d'émigrer avec sa famille en 1903 aux États-Unis, connaîtra la célébrité et le succès public grâce aux comédies américaines dans lesquelles le moralisme et les bons sentiments se conjuguaient avec un certain bonheur.  Mais il ne s'est pas cantonné à ce genre,  réalisant le plus souvent des mélodrames dans les années trente, avec la plupart du temps Barbara Stanwyck comme interprète principale.

Bien éloigné de la comédie, La Grande Muraille est donc un drame romantique assez surprenant pour l’époque, puisqu’il met en scène une missionnaire bon teint et bien naïve (Barbara Stanwyck) tombant dans les griffes d’un seigneur de guerre chinois (Nils Asther), qui l’enlève et la séquestre dans un pays en pleine révolution. L’originalité réside moins dans cette rencontre improbable que dans l’évolution du personnage féminin au contact de cet homme, qui suscite en elle un mélange de fascination et de répulsion. Un homme charismatique et assez captivant lorsqu'il se révèlera au fur et à mesure du déroulement de l'histoire, à l'issue forcément, fatalement, nécessairement, inévitablement (je fais un peu dans le style durassien, non ?) tragique.

Je dois bien avouer que je suis en général la première à râler lorsque je vois « un acteur blanc » grimé pour jouer un chinois, mais le jeu tout en intériorité et en sobriété de l’acteur suédois d’origine danoise Nils Asther a balayé complètement mes réticences. Cet acteur est une petite révélation en ce qui me concerne et je suis d’autant plus chagrinée d'apprendre que ce fut là son seul grand rôle au cinéma. Quel dommage et quelle erreur surtout.  Messieurs les réalisateurs et producteurs, vous êtes passés à côté d'un acteur prometteur.

Le film, interdit de nombreuses années par la censure dans plusieurs pays à cause de cet amour « interracial », n’a malheureusement pas rencontré son public à sa sortie aux États-Unis.  Il n’en demeure pas moins un des films préférés de son réalisateur Frank Capra.  La photographie du film, qu'on doit à Joseph Walker, le soin apporté aux décors et aux costumes participent aussi à la réussite du film.




Ce qu'en dit L'oeil sur l'écran, je cite un extrait : "Loin de reproduire les stéréotypes raciaux de l’époque, le film n’épargne guère les missionnaires, montre les différences de culture et surtout aborde de front la question des amours interraciaux, sujet tabou. Tout cela est fait de façon subtile, sans profusion de dialogues. Le point fort, et presque son pivot central, est cette étonnante (et célèbre) scène du rêve où le tabou est transgressé. "

Trouvé sur Wikipedia : "Le film est une des plus belles réussites personnelles du Capra de cette période, grâce également à son chef opérateur Joseph Walker, il va réaliser un film élégant, sombre et mystique avec une atmosphère à la Sternberg (...) "

jeudi 4 mai 2017

Cœurs brûlés de Josef von Sternberg

Morocco de Josef von Sternberg
Avec Marlene Dietrich, Gary Cooper, Albert Conti
États-Unis, 1930


Il avait de grands yeux très clairs
Où parfois passaient des éclairs
Comme au ciel passent des orages
Il était plein de tatouages
Que j'ai jamais très bien compris
Son cou portait: "Pas vu, pas pris."
Sur son cœur on lisait: "Personne"
Sur son bras droit un mot: "Raisonne"
Mon légionnaire
Paroles de Raymond Asso 
Musique de Marguerite Monnot 


Synopsis

Sur un paquebot, en vue des côtes marocaines, une jeune femme refuse l'offre que lui fait un homme distingué, monsieur La Bessière, mécène fortuné, dilettante et peintre à ses heures perdues, de l'aider à s'installer dans le pays. A Mogador, elle est engagée pour chanter, sous le nom d'Amy Jolly, dans un cabaret où se mêlent notables influents et soldats de la Légion étrangère. Elle remarque un beau légionnaire, Tom Brown, et glisse dans sa main la clef de sa chambre. Tom est séduit mais réticent. De son côté, La Bessière est amoureux et entreprenant. Lequel des deux emportera le coeur de la belle artiste de cabaret ?...

Source du résumé

Mon avis 

Morgue, ironie, arrogance, attraction irrépressible, enchantement et désenchantement, Morocco est par excellence le film des amours impossibles.  Vous savez, lorsque la gamme des amours se joue sur un air sombre à tonalité fatale, lorsqu’on ne choisit pas mais qu’on est pris dans ses filets et qu’il ne reste plus qu’à se laisser emporter par les flots dans un abandon total, ou plutôt à se perdre dans les grandes étendues sablonneuses. La liberté d'aimer a un prix, celui des battements de cœur des passions déraisonnables et contrariées (ça ne veut rien dire mais ce film m'inspire des envolées lyriques).  La fin du film est magnifique. Et Marlene Dietrich est impériale, comme toujours.



L'histoire de Pygmalion et de Galatée commence avec L'Ange bleu (Der Blaue Engel, 1929), lorsque Josef von Sternberg porte son choix sur Marlene Dietrich, une quasi-débutante pour incarner la sensuelle Lola-Lola.  Le réalisateur et l'actrice tourneront ensemble sept films, dont  Cœurs brûlés (Morocco) en 1930, Agent X 27 (Dishonored) en 1931,  Shanghaï Express en 1932, Blonde Vénus en 1932,  L'Impératrice rouge (The Scarlet Empress) en 1934,  La Femme et le Pantin (The Devil is a Woman) en 1935.
  
En faisant référence à la fin du cycle Marlene, Josef von Sternberg déclara : "J'ai cessé de faire du cinéma en 1935". Bel hommage à sa muse.


Eeguab nous en parle, je le cite : « Marlene ne serait rien sans Josef von Sternberg mais les films de Sternberg sans Marlene sont en général à peu près sans intérêt. »

Marlene Dietrich