Articles

Affichage des articles associés au libellé Coup de coeur

La favorite de Matthias Lehmann

Image
Extrait : ENFANT , le grenier de ma grand-mère me terrorisait.  LES cartons remplis de livres aux couvertures surannées, les tas de vieux draps qui ressemblaient à des fantômes dans l’obscurité et l’odeur de poussière qui prenait à la gorge, tout ça me mortifiait.  LE PIRE étant sans doute les poupées de porcelaine, avec leurs visages ébréchés, regroupées dans un coin tel un mausolée en mémoire de leur ancienne propriétaire, Éléonore, la fille défunte.  GRAND-MÈRE m’obligeait à passer la nuit dans le grenier si je faisais une grosse bêtise.  ELLE voulait m’éduquer à la dure. Mon avis Il y a quelque chose de cru, vif, nerveux et extrêmement frontal dans cette bande dessinée, et pas seulement au niveau du contenu, mais également dans les traits de dessin (à l'encre), tout en tension, dans les expressions très prononcées du visage des personnages et dans la mise en page, changeante et très fluide à la fois. La grande réussite de ...

L’ordre du jour d'Eric Vuillard

Image
Extrait Nous sommes un lundi, la ville remue derrière son écran de brouillard. Les gens se rendent au travail comme les autres jours, ils prennent le tram, l’autobus, se faufilent vers l’impériale, puis rêvassent dans le  grand froid. Mais le 20 février de cette année-là ne fut pas une date comme les autres. Pourtant, la plupart passèrent leur matinée à bûcher, plongés dans ce grand mensonge décent du travail, avec ces petits gestes où se concentre une vérité muette, convenable, et où toute l’épopée de notre existence se résume en une pantomime diligente. La journée s’écoula ainsi, paisible, normale. Et pendant que chacun faisait la navette entre la maison et l’usine, entre le marché et la petite cour où l’on pend le linge, puis, le soir, entre le bureau et le troquet, et enfin rentrait chez soi, bien loin du travail décent, bien loin de la vie familière, au bord de la Spree, des messieurs sortaient de voiture devant un palais. On leur ouvrit obséquieusement la portière, ils d...

Kafka de David Zane Mairowitz & Robert Crumb

Image
Avant d’être réduit à un adjectif (kafkaïen désigne un système bureaucratique absurde et sans visage, générant angoisse et amertume), Franz Kafka, né en 1883, était un habitant juif du ghetto de Prague. Ce plus vieux ghetto d’Europe, véritable "petite mère" avec ses " griffes", lui devint vite étouffant bien qu’il choisisse néanmoins d’y vivre jusqu’à la fin de sa vie, à l’exception des derniers mois de son existence. Prague faisait encore partie à cette époque de l’empire des Habsbourg de Bohême, empire dans lequel coexistaient de nombreuses langues et tendances sociopolitiques. Un tel environnement n’était guère propice à la constitution d’une identité claire et précise. Kafka en fera également les frais : juif tchèque parlant la langue officielle de l’empire, à savoir l’allemand - langue qui avait l’avantage d’être proche du yiddish - Kafka, qui en réalité n’était ni tchèque ni allemand, se trouva confronté à la montée du nationalism...

La servante écarlate de Margaret Atwood

Image
Extrait Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquées par des cajoleries, ni de part ni d’autre ; l’amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants. Mon avis La servante écarlate est un roman féministe d’anticipation. La pollution, les explosions d’usines atomiques, les radiations et une souche mutante de syphilis ont eu raison de la fertilité humaine. Peu de femmes tombent encore enceintes, et celles qui le sont ont une chance sur quatre d'accoucher d’un enfant normalement constitué. Ces conditions de déna...

Nos années sauvages de Karen Joy Fowler

Image
Extrait Dans la plupart des familles, il y a un préféré.  Les parents le nient, et peut-être n'en sont-ils réellement pas conscients, mais pour les enfants, c'est flagrant.  L'injustice perturbe beaucoup les enfants.  C'est dur d'être toujours le second. C'est dur également d'être le préféré.  Mérité ou non, le favoritisme est un fardeau. J'étais la préférée de notre mère.  Lowell était le préféré de notre père.  J'aimais notre père autant que notre mère, mais c'est Lowell que je préférais.  Fern préférait notre mère.  Lowell aimait Fern plus qu'il ne m'aimait. Lorsque j'énumère ces faits, ils paraissent relativement bénins.  Chacun a sa part, après tout.  Plus qu'il n'en faut pour tout le monde.  Mon avis Rosemary était une petite fille si bavarde que ses parents lui disaient de commencer au milieu lorsqu’elle racontait une histoire. Mais cela ne l’empêchera pas de s’enfermer volontiers dans le silen...

Oblomov de Ivan Gontcharov

Image
Extrait La robe de chambre avait, aux yeux d'Oblomov, des vertus inestimables : elle est douce, flottante, on n'y sent plus son corps ; telle une esclave docile, elle se prête à tous les mouvements... Chez lui, Oblomov ne portait jamais ni cravate ni gilet, car il aimait la liberté et l'espace.  Ses pantoufles étaient longues, moelleuses et larges ; lorsqu'il sortait de son lit, ses pieds, sans même qu'il les regardât, s'y glissaient tout seuls... La position allongée n'était pas pour Oblomov un besoin, comme elle l'est pour un malade ou quelqu'un qui a sommeil.  Ce n'était pas non plus une volupté, comme elle peut l'être pour un paresseux : c'était l'état normal.   Mon avis   L’auteur Ivan Gontcharov, né en 1812, mettra dix années à rédiger son chef d’œuvre intitulé Oblomov, publié en 1859. Ce roman connaîtra un tel succès que son personnage principal donnera naissance au néologisme russe oblomovchina, une étran...

Boris sans Béatrice de Denis Côté

Image
Boris sans Béatrice de Denis Côté Avec James Hyndman, Simone-Elise Girard, Denis Lavant Canada, Québec - 2016 Boris est un homme beau, riche et intelligent. Il est aussi un homme vaniteux, orgueilleux et fier. Boris aime sa femme Béatrice, ministre au gouvernement du Canada mais clouée au lit victime d’une mystérieuse dépression. Pour fuir son quotidien, il entretient une relation avec sa collègue Helga, tout en se rapprochant de la jeune domestique de la maison, Klara, qui prend soin de sa femme. Boris vit couper des siens. Si sa femme est devenue mutique, il n’a pas non plus de bonnes relations avec sa mère, qui vit dans une pension de luxe pour personnes âgées, ni avec sa fille, qui possède également un fort tempérament. Convoqué par une étrange lettre à un rendez-vous nocturne, l’apparition soudaine d’un inconnu va obliger Boris à se confronter à ses certitudes… La genèse du film vient d’une interrogation du réalisateur : suis-je une bonne personne ? Réponse dans ce fi...

Les Grandes Ondes (à l'ouest) de Lionel Baier

Image
Les Grandes Ondes (à l'ouest) de Lionel Baier Suisse, Français, Portugais - 2013 Disponible en DVD et VOD Nous sommes au début de l’année 1974. A la suite de pressions politiques, le directeur de la Radio Suisse Romande (Jean-Stéphane Bron) se voit contraint de passer à l'antenne des programmes consensuels. Pour répondre à cette demande, il envoie trois personnes au Portugal pour enregistrer un reportage consacré à l'aide apportée par la Suisse pour le développement économique du pays : la journaliste Julie (Valérie Donzelli), une féministe qui n’a pas froid aux yeux et qui n’hésite pas à payer de sa personne pour évoluer professionnellement, le reporter radio Cauvin (Michel Vuillermoz), un homme qui la ramène facilement mais qui souffre de pertes de mémoire, et enfin Bob (Patrick Lapp), un technicien proche de la retraite qui les accompagne à bord de son fidèle combi VW. Mais sur place, rien ne se passe comme prévu…  Ah il faut voir de quelle manière nos trois ...

Classic Movies : Martin Gabel, Otto Preminger et Leo McCarey

Image
The Lost Moment par Martin Gabel États-Unis - 1947 Sortie DVD 15/04/2015 Un éditeur américain est prêt à tout pour récupérer les lettres d'amour du défunt poète Jeffrey Ashton, léguées à sa muse. Une ancienne amante aujourd’hui âgée de 105 ans qui vit recluse dans un vieux palais vénitien en compagnie de sa nièce Tina, au comportement très étrange.  Cette adaptation de la nouvelle « Les Papiers d'Aspern » de Henry James par l’acteur Martin Gabel, qui signe ici son unique film en tant que réalisateur, ravira les amateurs de films d'atmosphère gothique se déroulant dans d’anciennes demeures autrefois majestueuses mais aujourd’hui délabrées et plongées dans la pénombre. A l’image de cette vieille femme ( Agnes Moorehead , méconnaissable sous son maquillage) et de sa nièce, une jeune femme fantasque et rêveuse souffrant d’un dédoublement de personnalité, conférant à l’ensemble une tonalité flirtant parfois avec le genre fantastique. A défaut d’être passionnant de b...

L'étreinte du serpent de Ciro Guerra

Image
Le troisième film en douze ans du réalisateur colombien Ciro Guerra relate la rencontre faite de méfiance et de suspicion d’un grand chaman amazonien, isolé dans les profondeurs de la jungle et dernier survivant de son peuple, avec deux hommes blancs. La première rencontre met en scène un ethnologue allemand en 1909 et la deuxième un botaniste américain en 1940. Tous les deux sont, pour des raisons diverses, à la recherche de la yakruna, une plante sacrée très puissante possédant la vertu d’apprendre à rêver.  Karamakate le chaman, devenu  en vieillissant un chullachaqui, c'est-à-dire un humain dépourvu de souvenirs et d’émotions, entreprend en compagnie du botaniste américain un voyage jusqu'au cœur de la forêt Amazonienne. Un voyage au cours duquel le passé, le présent et le futur se confondent, et qui permettra à Karamakate de retrouver peu à peu ses souvenirs perdus... Très éloigné de tout exotisme occidental, ce film nous confronte à la violence des homm...

Marguerite de Xavier Giannoli

Image
Synopsis : Le Paris des années 20. Marguerite Dumont est une femme fortunée passionnée de musique et d’opéra. Depuis des années, elle chante régulièrement devant son cercle d’habitués. Mais Marguerite chante tragiquement faux et personne ne lui a jamais dit la vérité. Son mari et ses proches l’ont toujours entretenue dans ses illusions. Tout se complique le jour où elle se met en tête de se produire devant un vrai public, à l’Opéra. Une histoire librement inspirée de la soprano américaine Florence Foster Jenkins, devenue célèbre grâce à son chant "très peu académique" dans les années 1920-1940. Le moins que l’on puisse dire est que j’ai pris mon temps avant de voir ce film, tout simplement parce que j’avais quelques craintes à son sujet. Et bien j’ai eu grand tort de ne pas faire confiance au réalisateur Xavier Giannoli, qui a le grand mérite d’avoir évité tous les chausse-trappes possibles et imaginables que son sujet pouvait laisser entrevoir. Ne cédant jamai...

À l'est d'Éden de John Steinbeck

Image
Extraits « Des livres entraient dans la maison, quelques-uns secrètement.  Samuel savait chevaucher un livre et garder un équilibre au milieu des idées, comme un homme qui descend un torrent tumultueux en canoë.  Mais Tom creusait entre les idées, faisait son tunnel comme une taupe et ressortait à la surface, le visage et les mains tachés de lecture. » « Je sais qu’on utilise parfois le mensonge pour ne pas blesser, mais je ne crois pas que son effet soit bienfaisant. La douleur fulgurante de la vérité se dissipe, alors que la douleur lancinante du mensonge demeure. C’est un mal rongeant. » « Nous sommes un peuple violent, Cal. Trouves-tu étrange que je me compte parmi vous ? Oui, nous descendons des inquiets, des fous, des criminels, des batailleurs et des fanfarons, mais nous avons aussi le sang des braves, des indépendants et des généreux. Le sang de ceux qui ont refusé de mourir dans le vieux monde sur une terre fatiguée. » « La richesse semble venir...

Les premiers, les derniers de Bouli Lanners

Image
Synopsis  Dans une plaine infinie balayée par le vent, Cochise et Gilou, deux inséparables chasseurs de prime, sont à la recherche d’un téléphone volé au contenu sensible. Leur chemin va croiser celui d’Esther et Willy, un couple en cavale. Et si c’était la fin du monde ? Dans cette petite ville perdue où tout le monde échoue, retrouveront-ils ce que la nature humaine a de meilleur ? Ce sont peut-être les derniers hommes, mais ils ne sont pas très différents des premiers.  Bouli Lanners et Albert Dupontel, outre le fait qu’ils soient tous les deux acteurs et réalisateurs, ont la particularité de porter en eux ce que j’appellerai une certaine angoisse existentielle. Une anxiété commune qu’ils partagent assurément, même si elle s’exprime de manière très différente dans leur filmographie respective : plus tendre, plus poétique, plus pudique, plus émouvant chez l’un, plus vif, plus grand guignol, plus retors, plus sarcastique chez l’autre. Quoi qu’il en soit, je le...

Voyage en Italie de Roberto Rossellini

Image
Un couple britannique en crise, Alexander et Katherine Joyce, se rendent ensemble en Italie pour régler une affaire de succession. Leur relation se dégrade rapidement dès leur arrivée à Naples, et c’est seule que Katherine Joyce visitera la ville et ses environs. Leur séparation définitive semble inéluctable, jusqu’au jour où ils entament une ultime visite dans la ville de Pompéi… En explorant l’échec conjugal et l’errance d’un couple sous le soleil des sites archéologiques et autres ruines du Sud de l’Italie, Roberto Rossellini signe un film psychologique intense qui valorise volontiers les cadres et les personnages réels. Il est étonnant de voir à quel point les souffrances, les tensions et les interrogations intimes du couple trouvent une résonance particulière dans les décors grandeur nature de la région de Naples et de ses environs, dans lesquels la mort, la décomposition et la solitude sont omniprésentes. Un film-phare du cinéma moderne qui influencera toute une ...

Le Château de l’araignée d’Akira Kurosawa

Image
Akira Kurosawa, l’un des plus grands maître du cinéma nippon, est également considéré (parfois avec un certain mépris) comme le plus occidental des réalisateurs japonais. Et ce n'est pas cette adaptation de Macbeth de William Shakespeare dans le Japon médiévale du XVIème siècle qui le contredira. Une période propice à ce genre d’intrigue dans la mesure où ce fut une époque très instable dans l’histoire du pays, qui conduisît à l’ascension des samouraïs et à la naissance d'une société guerrière. Dans un pays en proie aux guerres de successions entre seigneurs, les deux officiers Washizu (Toshirô Mifune) et Miki (Minoru Chiaki) sont sur le chemin de retour d’une bataille victorieuse. Venu rejoindre leur Seigneur qui veut les féliciter pour leur bravoure, ils finissent par se perdre dans le brouillard de la forêt. Ils y rencontrent un fantôme qui leur prédit un grand avenir : outre les honneurs, le spectre prophétise leur ascension sociale prochaine. Mais si Washizu de...

La fièvre dans le sang d'Elia Kazan

Image
Synopsis Kansas. 1928. Le fils d’un pétrolier, Bud Stamper, est passionnément amoureux de Deanie Loomis, une jeune fille d’une famille assez pauvre. Sa mère recommande à celle-ci de rester pure et lui parle du devoir conjugal comme d’une épreuve douloureuse qui fait partie de la destinée malheureuse des femmes. Dans le même temps, Ace Stamper, un fonceur obstiné n’écoutant jamais aucun conseil, oblige son fils qui veut devenir éleveur à faire ses quatre années d’études à l’Université de Yale avant d’épouser Deanie. Un beau film mélancolique sur une passion amoureuse incandescente que le Kansas puritain de la fin des années vingt interdit d’assouvir, puisqu’il ne peut être question d’épanouissement sexuel en dehors des liens du mariage. Il y a donc d’un côté les femmes « pures », qui resteront vierges jusqu’au jour tant attendu et qui accompliront ensuite consciencieusement leur devoir de procréation, et de l’autre les femmes « faciles », « déshonorées », avec lesquell...

Le Tout Nouveau Testament de Jaco Van Dormael

Image
Synopsis "Dieu existe. Il habite à Bruxelles. Il est odieux avec sa femme et sa fille. On a beaucoup parlé de son fils mais très peu de sa fille. Sa fille c'est moi. Je m'appelle Ea et j'ai dix ans. Pour me venger j'ai balancé par sms les dates de décès de tout le monde..."    Et si Dieu (Benoît Poelvoorde) était un type mal embouché, imbuvable et totalement infâme avec sa femme (Yolande Moreau) et à sa fille de dix ans (Pili Groyne) ? Influencé par son frère aîné J.C., de grande renommée mais absent depuis pas mal de temps, sa sœur cadette Ea prend la décision de s’échapper du domicile familial, fuyant une fois pour toute ce salaud de père. Objectif clairement avoué : écrire un tout nouveau testament. Reste à trouver six nouveaux apôtres pour atteindre le chiffre 18, comme le nombre de l'équipe de sport préféré de sa mère, le baseball ! Présenté cette année à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, où il fut chaleureusement accueilli,...