vendredi 24 août 2012

Adrienn Pál d'Agnes Kocsis


A force de travailler au service des soins palliatifs d'un hôpital, Piroska, infirmière obèse qui se goinfre de gâteaux à la crème, est à l’image de ses patients : un corps en souffrance, complètement amorphe, vide, déjà sans vie, comme pétrifiée dans sa chair. Si Piroska pose des gestes calmes, techniques et répétitifs dans le cadre des soins quotidiens des malades en fin de vie, elle le fait avec froideur et indifférence, semblable à une mécanique bien huilée mais qui tourne à vide. Piroska est en exil, comme étrangère au monde qui l’entoure et à elle-même, totalement déconnectée de ses émotions et sentiments. Elle n’est plus qu’une coquille vide qui doit continuellement se remplir pour avoir la sensation d’exister malgré tout. Une rencontre avec une patiente en phase terminale va pourtant remuer un souvenir enfoui, celui d’une amie d’enfance perdue de vue depuis longtemps. Commence un voyage en quête des souvenirs du passé dans lequel les réminiscences volatiles et contradictoires des uns et des autres offrent un kaléidoscope aux reflets infinis. Quelles traces éphémères et fugaces laisserons-nous de notre passage sur terre ? Telle est peut-être la trame lancinante de tout le film.

Un film très intéressant, qui aborde des sujets forts comme la fin de vie, l’identité, le passé reconstruit. Un monde froid, très mécanique, dans lequel les bruitages se font la part belle : sonneries, escaliers roulants, métro, percolateurs, défibrillateurs, fermetures automatiques des portes, écrans. Quelques superbes plans dans les couloirs de l’hôpital, sur les pas pesants de Piroska, au cimetière, dans les bois. Des trains miniatures et une maquette au rez-de-chaussée plus vivants que le corps momifié étendu sur le lit à l’étage. Et une scène de rupture qui restera gravée dans ma mémoire. Quelques scènes qui pourraient presque être comiques si elles n’étaient pas teintées de noirceurs. Un film étonnant qui va certainement encore me poursuivre quelque temps. 



Titre : Adrienn Pál
Réalisation : Ágnes Kocsis
Pays d'origine :  Hongrie, Pays-Bas,  Autriche, France
Durée : 136 minutes
Dates de sortie en France : 25 juillet 2012

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