samedi 30 novembre 2013

Bilan du mois de novembre







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Il était une fois en France - Tome 1 à 6  de Fabien Nury (scénario) et Sylvain Vallée (dessin) [BD]
Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh [BD]
Walking Dead - Tome 11-12-13-14 de Robert Kirkman et Charlie Adlard [BD]


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Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre
Les hommes en général me plaisent beaucoup de Véronique Ovaldé
La maison des chagrins de Víctor Del Árbol


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Faillir être flingué de Céline Minard


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Esprit d'hiver de Laura Kasischke









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Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne - 2013
Gravity d'Alfonso Cuarón - 2013



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Le médecin de famille (Wakolda) de Lucia Puenzo - 2013



vendredi 29 novembre 2013

Il était une fois en France - Tome 1 à 6 (BD)


Cette série composée de 6 tomes et parue depuis en coffret raconte l’histoire de Joseph Joanovici, juif roumain qui connu les pogroms dans son enfance. Ce qui ne l’empêchera pas de faire fortune en France grâce à son sens des affaires.

Le premier tome de la série est un peu difficile à suivre tant de nombreux flash-back émaillent le récit mais une fois les éléments bien en place et les interlocuteurs bien cernés, on se délecte à suivre les méandres obscurs de cet homme ambigu qui sut jouer toutes les cartes même (surtout) les plus truquées pour ne jamais perdre de vue que l’important, c’était de se mettre avant tout à l’abri du besoin.  Mais à quel prix ? Car en final, il y a toujours un prix à payer pour ses turpitudes et autres ignominies.  

Ce sont les heures sombres de la collaboration à tous les niveaux  mais aussi de la résistance, de la contrebande, de la corruption de fonctionnaires, des délits et autres assassinats pour la bonne cause, à savoir défendre sa position.

Joseph Joanovici, c’est tour à tour le juif, l’orphelin, l'analphabète mais aussi homme marié, père, immigré, ferrailleur, milliardaire, amant, collabo, magouilleur, résistant, bienfaiteur, criminel, fidèle exclusivement à lui-même.

Une saga historique de grande qualité tant au niveau du scénario que des dessins. A consommer sans modération, tant cela faisait longtemps que je n’avais pas lu une série de cette teneur.  


Il était une fois en France - Tome 1 à 6 du scénariste Fabien Nury et du dessinateur Sylvain Vallée :

  1. L'Empire De Monsieur Joseph (2007)
  2. Le Vol Noir Des Corbeaux (2008)
  3. Honneur Et Police (2009)
  4. Aux Armes, Citoyens ! (2010)
  5. Le Petit Juge De Melun (2011)
  6. La Terre Promise (2012)


mercredi 27 novembre 2013

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

Quatrième de couverture

 Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d'eux. Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants. Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Edouard, artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », est écrasé par son histoire familiale. Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l'exclusion. Refusant de céder à l'amertume ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d'une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence... Et élever le sacrilège et le blasphème au rang des beaux-arts. 

Bien au delà de la vengeance et de la revanche de deux hommes détruits par une guerre vaine et barbare, ce roman est l'histoire caustique et tragique d’un défi à la société, à l'Etat, à la famille, à la morale patriotique, responsables de leur enfer. Dans la France traumatisée de l'après guerre qui compte son million et demi de morts, ces deux survivants du brasier se lancent dans une escroquerie d'envergure nationale d'un cynisme absolu. 


Pierre Lemaitre m’a surprise tant il nous offre un roman sur la Grande Guerre auquel je ne m’attendais pas.

Par le détour d’une arnaque commerciale de deux poilus rescapés des tranchées, c’est toute la débâcle et les difficultés du retour qui sont abordées dans ce roman, au niveau de l’administration française mais aussi au niveau de l’intime tant les désillusions qui les attendent sont nombreuses : une femme aimée qui n’a pas attendu le retour du fiancé, un poste qui n’a pas attendu le retour de l’employé, un pays qui ne sait que faire de ses estropiés et gueules cassées, sans parler de ces corps qui se décomposent, enterrés loin de leurs familles.

Le cynisme aussi de ces grands industriels qui se sont enrichis pendant la guerre et de ceux qui continuent de vouloir faire des affaires sur le dos de l’administration par l’intermédiaire du rapatriement des dépouilles.

Une société de classes dans laquelle la noblesse, la bourgeoisie, les fonctionnaires et les petites gens se croisent et se confrontent et où chacun essaye de tirer son épingle du jeu pour s’enrichir sur le dos de l’autre.

Nous sommes bien loin des nobles sentiments mais bien au pays de l’arnaque, des malversations et de la débrouille si ce n’est de la vengeance : tous ont une revanche à prendre sur leur passé.

Pas de grande prose dans ce roman mais un sujet suffisamment fort pour pouvoir s’en passer allégrement.

Les hommes en général me plaisent beaucoup de Véronique Ovaldé

Extrait

C’est le silence qui m’a réveillée cette nuit-là. Un silence bruissant, un silence de ville avec tous les moteurs de nos intimités, le ronronnement des mécaniques, le bourdonnement des moustiques et le choc des ailes de la mouche contre la vitre. J’entendais la rue et le chuintement des pneus, les sirènes lointaines et les milliers de grésillements des télés d’insomniaques, j’entendais l’eau qui claquait dans la douche et les messages qui s’enregistraient dans le secret des câbles téléphoniques, qui traversaient mon espace alentour, qui me traversaient pour passer leur chemin. J’écoutais la nuit d’été qui palpitait irrégulière. 


Mon avis

Dans ce monde carnassier dans lequel les hommes sont « tout particulièrement dangereux », pourquoi en attendre consolation et protection alors qu’il faut songer avant tout de s’en protéger ? Comment lutter contre cette dépendance ? Comment tenir à distance les fantômes encore trop nombreux qui s’agitent en nous et autour de  nous ? Le vide de l’absence, ce manque du corps de la mère en soi, l’abandon, l’enfance bâclée et une béance qui n’aspire qu’à être comblée, même si mal. L’alchimie du désir, la tentation, l’abus de confiance, la manipulation et le besoin d’en finir si la fuite demeure impossible.

Et toujours ce malentendu dans le couple, le poids des non-dits, des silences, de l’ennui et des mensonges.

Un roman très dense, étouffant, crû parfois mais au combien intense. Des sujets dérangeants comme le suicide, la maltraitance et les abus sur mineure. Une acuité auditive et une sensibilité exacerbée portées sur les petits bruissements de la vie, des insectes, du monde animal, de la végétation. Une présence sourde qui nous accompagne pour peu qu’on lui prête attention.


Quatrième de couverture

Après avoir vu, une nuit, les animaux s'enfuir, Lili va au zoo : sont-ils revenus ? Près des cages, elle entrevoit le fantôme d'un homme aimé mais craint... Tandis que son compagnon, Samuel, rêve de devenir père, elle se laisse consumer par ses chimères, le désir sauvage, les souvenirs enfouis.

Véronique Ovaldé, dans un roman au ton singulier, explore la folie du désir, de l'amour et de la dépendance.


lundi 25 novembre 2013

Les Garçons et Guillaume, à table ! de Guillaume Gallienne (film)

Synopsis 

Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t’embrasse ma chérie" ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus. 

Que faire quand on est un garçon fasciné par sa mère en particulier et les femmes en général ? On prend les mêmes voix, les mêmes intonations, les mêmes gestes, les mêmes expressions. Et on se féminise de plus en plus au point que l’entourage nous confonde en certaines occasions avec notre propre mère. S’en suivront des problèmes d’identité et de multiples séances de psychanalyse pour comprendre qui on est vraiment. 

Guillaume Gallienne revient sur son parcours escarpé du genre humain dans une famille de la grande bourgeoisie française. C’est tendre, sensible, émouvant, drôle et terriblement sincère. 




dimanche 17 novembre 2013

Faillir être flingué de Céline Minard



Quatrième de couverture

Western des origines, véritable épopée fondatrice, tantôt lyrique, dramatique ou burlesque, Faillir être flingué est d'abord une vibrante célébration des frontières mouvantes de l’imaginaire.
Un souffle parcourt l'espace inhospitalier des prairies vierges du Far-West, aux abords d'une ville naissante vers laquelle toutes les pistes convergent. C'est celui d'Eau-qui-court-sur-la plaine, une jeune Indienne dont tout le clan a été décimé, et qui, depuis, déploie ses talents de guérisseuse aussi bien au bénéfice des Blancs que des Indiens.
Elle rencontrera les frères Brad et Jeff traversant les grands espaces avec leur vieille mère mourante dans un chariot brinquebalant tiré par deux boeufs opiniâtres ; Gifford qui manque de mourir de la variole et qu'elle sauve in extremis ; Elie poursuivi par Bird Boisverd dont il a dérobé la monture, Arcadia, la musicienne itinérante, qui s'est fait voler son archet par la bande de Quibble. Et tant d autres personnages, dont les destins singuliers, tels les fils entretissés d'une même pelote multicolore, composent une fresque sauvage où le mythe de l'Ouest américain, revisité avec audace et brio, s'offre comme un espace de partage encore poreux, ouvert à tous les trafics, à tous les transits, à toutes les itinérances.

Un roman bien sympathique à défaut d’autre chose tant il manque une trame centrale au profit d’un vaste  déploiement au gré des personnages, certains plus exploités que d’autres mais tous restant suffisamment en surface pour demeurer à la limite du cliché dont Céline Minard se joue sans aucun doute. Une lecture plaisante sur le moment même (et ce n’est pas rien déjà) mais je crains qu’il ne marquera pas ma mémoire pour autant tant il ne révolutionne aucunement le genre. 


Esprit d'hiver de Laura Kasischke

Quatrième de couverture 

Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d' angoisse inexplicable. Rien n'est plus comme avant. Le blizzard s'est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant... 

Pourtant précédé de bonnes, voir de très bonnes critiques en général (bien qu’il y ait aussi quelques avis plus mitigés), je dois bien avouer que je suis totalement passée à côté de ce roman. Que d’ennui, de lassitudes, de répétitions lassantes. Quelle écriture plate et sans relief. Que tout cela tourne en rond et sur lui-même. Il y a bien quelques sujets des plus intéressants (l’hérédité, les maladies génétiques, la fatalité, le sentiment d’abandon, le déni) mais le traitement qu’en fait Laura Kasischke a été totalement inopérant en ce qui me concerne. Une lecture laborieuse et une déception assez vive malgré un final percutant qui ne sauve malheureusement pas le reste du récit bien trop poussif à mon goût. 

 « Le passé réside en soi. »

samedi 9 novembre 2013

La maison des chagrins de Víctor Del Árbol



Quatrième de couverture

Eduardo tente de survivre dans un appartement sans âme, grâce à l'alcool et aux psychotropes que lui prescrit la psychiatre chargée de sa réinsertion. Il vient de purger une peine de prison pour le meurtre du chauffard qui a tué sa femme et sa fille, voilà quatorze ans. Peintre autrefois coté, il gagne sa vie en exécutant à la chaîne des portraits anonymes que sa galeriste place dans les grandes surfaces. Un jour, celle-ci lui transmet une bien étrange commande : une célèbre violoniste lui demande de réaliser le portrait de l'homme qui a tué son fils. Elle veut pouvoir déchiffrer sous les traits de l'homme les caractéristiques de l'assassin. Unis dans la même douleur, la commanditaire et l'artiste ouvrent bientôt la boîte de Pandore, déchaînant tous les démons qui s'y trouvaient enfouis.

J’avais déjà bien aimé le précédent roman de Víctor Del Árbol, à savoir La tristesse du samouraï. J’attendais donc son deuxième opus avec impatience et je ne fus pas déçue tant que je le trouve plus abouti que ce premier roman, mieux construit, plus solide sur ses fondations.

Et déjà un thème récurrent dans sa toute jeune oeuvre : celui de la vengeance, de l’enfance trahie et des cicatrices indélébiles qui vous poursuivent toute votre vie durant. Cicatrices qui ne sont que des stigmates de la défaite, des luttes et de la violence subie. L’adulte n’est jamais protecteur, le père et l’époux souvent absents, défaillants, manquants.

Un roman d’une grande noirceur, qui prend son temps, aux multiples ramifications qui finissent toujours par se rejoindre, s’embrancher, se confondre. Un roman fortement ramassé, qui tourne sur lui-même, qui boucle la boucle et qui rassemble tous les protagonistes à un moment donné de leur histoire. Il faut s’accrocher, ne pas perdre le fil, renouer tous les liens patiemment au gré des rebondissements et des découvertes. Un roman sombre, touffu, exigeant. Personne n’est jamais ce qu’il semble être et chacun cache en définitive un monstre en soi qui répond par la violence aux cicatrices du passé.