lundi 27 octobre 2008

Contre-jour de Thomas Pynchon

Quatrième de couverture

Avec ce roman planétaire et foisonnant qui débute par l'Exposition universelle de Chicago, en 1893, pour s'achever au lendemain de la Première Guerre mondiale, à Paris, Pynchon réussit son oeuvre la plus ambitieuse et la plus émouvante. S'attachant à dépeindre aussi bien les luttes anarchistes dans l'Ouest américain que la Venise du tournant du siècle, les enjeux ferroviaires d'une Europe sur le point de basculer dans un conflit généralisé, les mystères de l'Orient mythique ou les frasques de la révolution mexicaine, l'auteur déploie une galerie de personnages de roman-feuilleton en perpétuelle expansion - jeunes aéronautes, espions fourbes, savants fous, prestidigitateurs, amateurs de drogues, etc. -, tous embringués dans des mésaventures dignes des Marx Brothers.

Au coeur du livre, la famille Traverse : Webb, mineur et as de la dynamite, exécuté sur ordre du ploutocrate Scarsdale Vibe ; ses enfants, tous hantés par la mort de leur père, certains bien décidés à le venger, d'autres déjà avalés par les contradictions du siècle naissant. Et gravitant autour d'eux, tels des astres égarés, quelques figures hautes en couleur, qui toutes ont un compte à régler avec le pouvoir. Veillant sur ce « petit monde », quelque part dans les airs : les Casse-Cou, bande de joyeux aéronautes qui, avec le lecteur, suivent non sans inquiétude la lente montée des périls.

Cet auteur est considéré comme un des plus grands romanciers américains de son temps, rien de moins. Réputé pour son érudition et sa complexité narrative, encensé par les critiques, je ne pouvais qu’être tentée d’y voir d’un peu plus près, d’autant plus que son dernier roman vient de paraître dans la foulée de la rentrée littéraire : « Contre-jour », un pavé de 1200 pages. Décidément, la démesure semble être une marque de fabrique chez Pynchon.

Et bien mon incursion dans son grand œuvre n’aurait été que de courte durée : j’abandonne après 150 pages à peine. Trop c’est trop ! Trop de personnages, trop de sujets engagés, trop de contrées survolées, ce n’est plus foisonnant, c’est tout simplement brouillon et inutilement bavard. Le magazine littéraire « Lire » dit de lui qu’il a inventé un nouveau genre : la littérature de l’épuisement. Je cite « un pot-pourri d’espionnage et de polar, de roman historique et de road movie, de pastiches et de satires, de folklore populaire, de sociologie, d’embardée érudites, de gaudrioles, d’hommages au rock et à la contre-culture californienne, le tout arrosé par un incontrôlable déluge de références scientifiques très pointues – astronomie, maths, cybernétique, physique. » Quant à moi, pour faire court, je dirai simplement un récit parfois aussi illisible que difficilement digeste. Je ne doute pas que ce roman cache quelques merveilleuses pépites dans tout ce foisonnement littéraire, mais le prix à payer pour les débusquer me semble trop cher payé.

Il m’est également arrivé de lire des passages absolument incompréhensibles. Pas que cela m’irrite outre mesure de reconnaître mes limites à ce niveau – je ne suis ni astronome, ni ingénieur, ni physicien, ni… enfin bref, rien de tout cela (la liste à énumérer serait vraiment trop longue), mais j’avais comme l’impression que l’auteur obscurcissait volontairement certains passages pour démontrer je ne sais quelle érudition. Le pire est que le recours d’un dictionnaire ne m’aurait été d’aucune utilité, car outre l’emploi de notions incompréhensibles, les tournures de phrases alambiquées l’étaient tout autant.

J’ai donc pris la décision d’abandonner ce roman, ne voyant pas trop l’intérêt de poursuivre ce genre de lecture sur 1200 pages. Une question demeure toutefois : où se situe la littérature - telle que je la conçois - dans ce grand joyeux foutoir ?

Alors Pynchon, tout simplement génial ou un imposteur de haut vol ?
Que ceux qui auront la pugnacité d’aller jusqu’au bout de « Contre-jour » n’hésitent pas à se prononcer, je les attends avec impatience, histoire de savoir si cela aurait valu la peine de poursuivre malgré tout ma lecture.

vendredi 24 octobre 2008

La fille sans qualités de Juli Zeh

Le jeu pervers de deux élèves du lycée privé Ernst-Bloch, lycée huppé situé à Bonn en Allemagne, trouve son épilogue dans un bain de sang. L'avocate à laquelle on confie l'affaire est bouleversée, tant elle a du mal à juger cet acte. Elle entreprend alors d'écrire l'histoire des trois protagonistes, leur rencontre, les prémices du jeu, son déroulement jusqu'à l'irruption de la violence.

Les deux élèves en question se nomment Ada (quatorze ans) et Alev (dix-huit ans).
Ada, dotée d’une intelligence supérieure mais dépourvue d’un physique avenant, n’est pas une adolescente comme les autres : froide, s’isolant volontairement des autres, elle se sent totalement indifférente au monde, indifférente à ses sentiments, n’hésitant pas à clamer l’équivalence de toutes choses : « Je peux faire ce que tu attends de moi comme je peux le refuser. Pour moi, les deux possibilités ont une valeur identique. »  Alev, qui débarque au lycée un an après Ada, se fait très vite remarquer : sa séduction, son érudition, son assurance, son tempérament et son cynisme lui confèrent d’emblée une position dominante parmi ses pairs.

Ada, qui trouve en Alev un partenaire à sa hauteur, tombe elle aussi rapidement sous son charme. Alev se rend vite compte de l’effet qu’il produit sur Ada, cette étrange fille sans qualités ni véritable identité. Lui non plus ne croit plus en rien, si ce n’est à la toute puissance de l’instinct du jeu. Et une manière de la mettre à l’épreuve est de se transformer en show master qui établit les règles du jeu des destins, une sorte de maître du jeu pervers et machiavélique qui n’hésitera pas à jeter son dévolu sur leur jeune professeur de sport, Smutek, réfugié polonais ambitieux. Ada et Alev, s’autoproclamant arrière-petits-enfants des nihilistes et de Nietzsche, sans oublier Smutek, telles sont les pièces d’un vaste échiquier où la domination, la manipulation, l’humiliation, le chantage, l’immoralité et la perversité se feront la part belle.

Plusieurs références émaillent « La fille sans qualités ». Celles qui reviennent le plus souvent se réfèrent à Nietzsche ou à « L’homme sans qualités » de Robert Musil. N’étant pas férue de philosophie, je suis sans nul doute passer entre certaines mailles du filet tendu par Juli Zeh, qui nous livre là un roman aussi exigeant qu’interpellant, avec parfois ce sentiment de naviguer entre le film « Elephant » de Gus Van Sant et le roman « Les liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos, mais il est aussi bien plus que cela. L’auteur dissèque les conséquences de la crise des valeurs et des grandes idées, l’absence de l’idéologie et la fin des idéaux de notre société contemporaine sur une certaine jeunesse en mal d’identité qui ne croit plus en rien, si ce n’est à l’instinct et au démon du jeu, « l’ultime forme possible d’existence et par conséquent l'ultime forme possible de bonheur », où la frontière entre le bien et le mal est des plus floues et des plus fragiles. Ce roman, qui n’évite pas toujours certaines lourdeurs et certaines envolées philosophiques, reste néanmoins magistral dans la démonstration. Il n’a donc pas usurpé le titre très convoité d’événement littéraire à sa parution.


mardi 21 octobre 2008

Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano

J'ai enfin lu mon premier roman de Patrick Modiano. J'ai l'impression, à  lire les commentaires au sujet de ses précédents romans, que nous retrouvons tous les thèmes qui lui sont chers : la nostalgie, l'absence, le refus de l'absence, le besoin de comprendre, la beauté des choses perdues, le souvenir... 

Il marque l'empreinte de ses personnages au travers une multitude de noms de rues, procédé qui peut lasser mais qui souligne le besoin d'appuyer chaque souvenir sur des repères tangibles. L'emploi des noms de rues me faisait penser aux cailloux que le petit poucet de Charles Perrault laissait tomber le long de sa route pour retrouver plus aisément son chemin et remonter à la source… 

Dans le café de la jeunesse perdue m'a aussi laissée dubitative : ai-je aimé ? Je ne sais pas, je reste perplexe. J'ai surtout eu l'impression d'avoir levé un coin du voile sur l'univers d'un auteur, tout en gardant un goût de trop peu. 




"J'ai toujours cru que certains endroits sont des aimants et que vous êtes attiré vers eux si vous marchez dans leurs parages. Et cela de manière imperceptible, sans même vous en douter. Il suffit d'une rue en pente, d'un trottoir ensoleillé ou bien d'un trottoir à l'ombre. Ou bien d'une averse. Et cela vous amène là, au point précis où vous deviez échouer. Il me semble que Le Condé, par son emplacement, avait ce pouvoir magnétique et que si l'on faisait un calcul de probabilités le résultat l'aurait confirmé: dans un périmètre assez étendu, il était inévitable de dériver vers lui. J'en sais quelque chose. "

samedi 18 octobre 2008

Trois fermiers s'en vont au bal de Richard Powers

Richard Powers est un auteur à succès reconnu par la critique comme un des écrivains les plus originaux de la génération après guerre. Il a notamment été cité par le magazine Esquire comme l’un des trois plus grands écrivains de la décennie, aux côtés de Martin Amis et Don Lillo. Trois romans ont été traduits à ce jour : « Trois fermiers s’en vont au bal », « Le temps où nous chantions » et « La chambre aux échos », couronné par le National Book Adward, l’une des plus importantes distinctions littéraires américaines.

Trois histoires dans un même roman, un seul point commun : une photo du célèbre photographe August Sander, portraitiste professionnel allemand dont l’ambition était d’établir une sorte de cartographie de l’homme du XXe siècle. Le cliché en question, repris sur la couverture du roman, est celui de trois jeunes fermiers endimanchés s’en allant au bal du 1e mai, immortalisés par Sander en 1914, à la veille de la Première Guerre mondiale.

Le narrateur, de passage à Détroit, profite de ses quelques heures de transit disponibles pour aller visiter le Détroit Institut of Arts, un des plus grands musées des États-Unis. Il y découvre cette photo qui deviendra une véritable obsession : qui sont ces fermiers ? Qu’est-il advenu de ces trois jeunes hommes pris en photo la veille de la Grande Guerre ?

A Boston, Peter Mays, journaliste pour magazine informatique, découvre par un curieux hasard de circonstance une vieille photo jaunie de Henri Ford accompagné d’un jeune homme qui lui ressemble étrangement.

Pendant ce temps, de l’Europe dévastée par la guerre 14-18, nous suivons les pérégrinations de trois jeunes fermiers emportés dans le tourbillon de l’histoire.

Les éléments étant posés, Richard Powers nous invite à une grande saga familiale et historique de l’Europe dévastée par la Grande Guerre à l’Amérique contemporaine, en passant par quelques personnages illustres tels qu’August Sander mais également Henri Ford ou Sarah Bernhardt. Destins qui se croisent, mémoires, réminiscences et résonances du passé, échos dans le présent, les pièces du puzzle commencent à se mettre en place à mi-parcours du récit.

Que penser de ce roman foisonnant ? Je suis assez indécise, il y a du bon et du moins bon, l’auteur m’interpelle par son érudition mais j’ai parfois eu l’impression d’être un peu hors piste, n’étant pas toujours certaine d’emprunter le bon chemin vers lequel l’auteur tentait de me mener. Les cents premières pages sont particulièrement touffues et denses, il faut s’accrocher pour ne pas se perdre en cours de route, mais les choses se tassent progressivement pour prendre un rythme de croisière plus mesuré. Je ne peux pas m’empêcher de considérer ce genre de roman clinquant et un peu tape à l’œil, contenant parfois des digressions un chouia ampoulées qui ont fait qu’il m’est arrivé de survoler quelques passages un peu trop hermétiques et pédants à mon goût. Beaucoup d’érudition et de cérébralité pour peu d’émotions en fin de compte. Néanmoins, je n’oublie pas non plus qu’il s’agit d’un premier roman ambitieux et original au sujet assez casse gueule, raison pour laquelle je ne m’arrêterais pas à ce roman. D’autant plus qu’on se sent plus intelligent après qu’avant ! A suivre donc, mais pas tout de suite, histoire de se donner du temps pour digérer un peu tout ça…

Enfin, j'aimerai terminer par l'épigraphe d'un des chapitres du livre, qui apporte un éclairage parmi d’autres du roman : « Chaque décision est comme un meurtre, et nous marchons sur les cadavres mort-nés de nos moi possibles qui ne seront jamais ». René Dubos. 


vendredi 17 octobre 2008

La nuit des tournesols de Jorge Sanchez-Cabezudo


 
La noche de los girasoles (La nuit des tournesols) est le premier long métrage du réalisateur Jorge Sanchez-Cabezudo, également scénariste du film.

Nous sommes au cœur des Pyrénées espagnoles, en pleine campagne. Une femme sauvagement assassinée est retrouvée dans un champ de tournesols.

Parallèlement à ce fait divers qui fait la une des toutes les radios et télévisions espagnoles, un archéologue débarque dans un petit village de compagne suite à la découverte d’une grotte qui pourrait représenter un attrait touristique pour la région. Son couple est un peu boiteux, et sa compagne, qui n’a pas du tout envie de se retrouver seule pendant ces investigations, décide de le surprendre en le rejoignant sur les lieux. Elle fera malheureusement une mauvaise rencontre et sera sauvagement violée par un représentant de commerce, simple vendeur d’aspirateur, qui prospectait dans les environs.

Deux vieillards dont el loco (le fou), qui sont aussi les derniers habitants du hameau abandonné à proximité du village, ne font que se chamailler.

Au village, un policier trompe la fille de son supérieur.

Les dés sont jetés, les protagonistes mis en place, le rideau se lève sur nos peurs, nos turpitudes et nos lâchetés, l’engrenage des événements prend forme dans un huit clos étouffant et glaçant à la fois. Lorsque le désir de vengeance et la violence sont mauvaises conseillères…

Ce suspense, découpé en plusieurs chapitres, nous confronte aux différents points de vue des protagonistes. J’ai beaucoup apprécié ce film, pour l’excellent jeu des acteurs, la psychologie des personnages, l’histoire, la tension et l’atmosphère étouffante et oppressante qui s’en dégagent, avec une mention spéciale pour la scène de viol qui fait vraiment peur, cet anodin représentant de commerce se transformant en bête sauvage m’a donnée des sueurs froides qui ne m’ont plus quittée jusqu’à la fin du film. J’ai bien aimé aussi sa façon de porter à l’écran la désertification des campagnes en plantant ses caméras dans un petit village rural espagnol, aussi âpre et aride que les événements mis en scène. Une belle réussite pour une première réalisation, je vais d’ailleurs guetter les prochains films de Jorge Sanchez-Cabezudo avec impatience et curiosité !

Extrait d’une interview du réalisateur :

La Nuit des tournesols "n'est pas un film choral". "Au contraire, c'est une collection de personnages qui, tour à tour, racontent leur histoire, à la manière des coureurs d'une course de relais. Leurs choix et réactions apportent au film des retournements de situation aussi inattendus qu'inévitables. J'ai voulu mettre en scène des personnes ordinaires, mais qui doivent faire face à des situations extrêmes. L'une des ambitions principales du film est d'explorer les réactions de ces gens ordinaires amenés à faire face à une situation complexe et dramatique. Comment leur psychologie personnelle, leurs mécanismes émotionnels et les circonstances peuvent-ils expliquer de tels comportements et, par-dessus tout, leur permettre de justifier leurs actions et de vivre avec ?

La Nuit des tournesols a remporté le Prix Sang Neuf au Festival du Film Policier de Cognac en 2007, le Meilleur Film au Festival de Miami 2007. 


mardi 14 octobre 2008

Chaos calme de Sandro Veronesi

Pietro Palladini, quadragénaire séduisant que la vie avait épargné jusqu’ici, apprendra que son épouse Lara se mourrait à l’instant même où il sauvait de la noyade une inconnue. Il s’attend à éprouver une grande souffrance mais contre toute attente, celle-ci tarde à se manifester. Plutôt que de ressentir cette perte, il décide de garer sa voiture à proximité de l'école de sa fille de dix ans et demi et de l'y attendre jusqu'à son retour.  Les jours passent mais sa résolution demeure. Etre là quoi qu’il arrive, voilà une sorte de folie douce à laquelle se tient Pietro, désormais accessible à tout à chacun puisque disponible  et en attente perpétuelle.  Cette disponibilité ne tarde pas à se faire remarquer et voilà que les amis, connaissances et anonymes n’hésitent pas à venir rendre visite à Pietro : sa belle-sœur, ses collègues, les habitants du quartier, son frère, la jolie fille qui promène son chien à heure fixe, le jeune garçon handicapé accompagné par sa maman pour sa visite quotidienne chez le kiné. Face à lui, certains n’hésitent pas à se mettre à nu et à laisser tomber leurs masques en dévoilant leurs pensées les plus intimes.

Un roman foisonnant et surréaliste tout en demeurant accessible, drôle et léger. Appréciable mais sans plus, disons que je n’ai pas été subjuguée, contrairement à certaines critiques qui n'ont pas hésité à l’encenser. Il y a de la trouvaille dans cette promenade sur le sens de la vie au gré des rencontres mais je suis souvent restée  spectatrice de l'histoire, les sourires complices remplaçant trop souvent l'apparition de réelles émotions

« Chaos calme » a reçu le prix Méditerranée étranger 2008 et le prix Strega 2006 en Italie. L’adaptation au cinéma avec Nanni Moretti est déjà dans les salles italiennes.

lundi 13 octobre 2008

La prédiction d’Alice Hoffman

Quatrième de couverture

Une époque sanglante. Un peuple de femmes à cheval. L'homme est l'ennemi, depuis toujours. Pluie, baptisée ainsi pas sa mère, est le fruit du chagrin. Elle s'efforce de grandir, sans amour, d'apprendre à se battre. Car, à son tour, elle deviendra reine. C'est prédit. Mais Pluie est différente de ses " sœurs " de tribu. Avec ses doutes mais aussi son courage et sa sensibilité, elle découvre des émotions nouvelles, s'attache à un homme... Existerait-il d'autres voies que la haine et la guerre ? L'étonnante histoire d'un peuple d'amazones en pleine mutation. Un récit envoûtant, limpide et poétique qui soulève des questions fondamentales.

 J’aime beaucoup Alice Hoffman, une auteure appréciée en Amérique (elle est l'une des romancières les plus lues aux Etats-Unis) mais demeurant peu connue chez nous. Je ne tenais malheureusement pas à l’époque un carnet de mes lectures, mais je peux vous conseiller la lecture des romans suivants : Un secret bien gardé , La lune tortue  et Seul parmi les loups, romans que j’ai vraiment bien appréciés. Pas que ce soit de la haute littérature, mais elle arrive à créer un climat particulier, une ambiance, des personnages intéressants à la psychologie fouillée, bref des lectures détentes de bonnes factures sans pour autant être idiotes car elle est plutôt habile quant il s’agit de révéler les courants les plus sombres de la vie américaine contemporaine.

Il s’agit ici d’un court roman écrit pour la jeunesse, ce qui m’étonne un peu vu l’âpreté du récit, que ce soit au niveau de l’histoire que de l’écriture. Alice Hoffman nous raconte l’histoire des amazones de l’intérieur, par l’entremise de la jeune Pluie, future reine de la communauté. De nombreux sujets difficiles sont ébauchés, que ce soit la violence, le viol à répétitions, le meurtre, la guerre, l’organisation de ce peuple nomade mais aussi l’euthanasie des jeunes garçons nés lors des cérémonies de fécondations dirigées par les amazones avec les hommes prisonniers de guerre ou l’homosexualité féminine. Pluie se démarque peu à peu de ce culte de la guerre en se posant de nombreuses questions, les prédictions de l’oracle la confortant dans l’idée que le temps du changement est venu. Roman d’apprentissage, ce court récit n’est pas vraiment représentatif de ce que j’ai lu de l’auteure jusqu’à présent. Intéressant mais sans plus, je n’ai pas retrouvé cette magie que j’avais ressentie à la lecture de ses autres romans, l’écriture rude et sèche nous situant d’emblée à distance des événements décrits, alors que j’avais l’habitude de me plonger littéralement dans ses romans, ne pouvant plus les lâcher avant de lire le mot fin. Lisez donc plutôt les livres que je vous ai conseillés ci-dessus ! Ceci dit, je crois que ces romans toucheront plus la gent féminine… vous voilà prévenu messieurs !

Un court extrait qui donne tout de suite le ton du roman :

« La reine me gifla à toute volée. Mes oreilles se mirent à bourdonner. Toutes les mères giflaient leurs filles le premier jour où elles saignaient, c’est ainsi qu’elles les accueillaient dans le mode des femmes, qui apportait son lot de douleur à laquelle nous devions nous préparer. »

lundi 6 octobre 2008

La bête du Gévaudan de Michel Louis

Quatrième de couverture

De 1764 à 1767, une bête mystérieuse sème la terreur dans le Gévaudan et dans le sud de l’Auvergne, tuant hommes, femmes et enfants. Michel Louis nous livre de cette fameuse affaire un récit passionnant : toutes les attaques de la bête, les grandes chasses, la terreur des campagnes, les actions héroïques de certains paysans, les intrigues des puissants qu’excite la convoitise des honneurs et de l’énorme récompense promise à qui tuerait la bête. Cet ouvrage est le plus complet qui ait été écrit sur une des plus célèbres énigmes de notre histoire. C’est aussi un plaidoyer en faveur de l’éternel accusé, le loup, dont Michel Louis prouve l’innocence et demande la réhabilitation.

Je profite de ma lecture de « L’homme à l’envers » de Fred Vargas pour vous présenter, en complément, un essai sur la bête du Gévaudan. Je vous conseille vivement ce petit bouquin en édition de poche si vous vous intéressez au sujet, sa lecture est vraiment plaisante et intéressante, reprenant les faits tels qu’ils se sont passés, les enquêtes qui ont eu lieu, les témoignages de l'époque, expliquant le pourquoi du comment de l’énorme retentissement de cette affaire dans tout le royaume et les hypothèses de l’auteur, qui réfute totalement la thèse de la culpabilité du loup, étant par ailleurs plutôt bien placé pour la réfuter en tant que spécialiste des fauves et directeur du parc zoologique à Amneville. Cette reconstitution nous donne aussi l’impression de vivre les événements comme si on y était, une sorte de voyage dans le temps pour nous retrouver en 1764 au sud de l’Auvergne.


« Il y eut d’autres faits étranges, qui renforcèrent le peuple dans sa conviction que la Bête était un loup-garou : Le bruit avait volé comme l’éclair que deux femmes des Escures, paroisse de Fournels, en allant à la messe, avaient été rejointes par un homme extrêmement bourru [poilu]. Pendant tout le trajet qu’elles firent en compagnie de cet homme, en voyant les longs poils de son estomac à travers le fente de sa chemise, elles étaient tellement saisies de frayeur que la respiration leur manquait, et pouvaient à peine se tenir sur leurs jambes, quand cet homme les quitta brusquement ; et dans la matinée, on avait vu la Bête dans les environs. C’était, disait-on, le loup-garou, qui de rage voulait empêcher ces femmes d’aller à la messe. »

La bête du Gévaudan de Michel Louis, Édition Perrin, 03/01/2001, 338 pages


L’homme à l’envers de Fred Vargas

Quatrième de couverture

Réintroduire des loups dans le Mercantour, c’était une belle idée. Évidemment, on n’a pas tenu compte de l’opinion des bergers et, quelques mois plus tard, la révolte gronde. Mais est-ce bien un loup qui tue les brebis autour de Saint-Victor ? Les superstitions ressurgissent, un bruit se propage : ce n’est pas une bête, c’est un homme, un loup-garou. Lorsque Suzanne est retrouvée égorgée, la rumeur devient certitude : les loups n’agressent pas les hommes. À Paris, devant sa télé, le commissaire Adamsberg guette les nouvelles de la Bête du Mercantour, d’autant plus intrigué qu’il a cru reconnaître Camille sur la place de Saint-Victor...

Tadamm, j’ai terminé mon deuxième roman de Fred Vargas, deuxième tome également des aventures du commissaire Adamsberg, qui signe là une variation sur le thème de la bête du Gévaudan. Et bien j’aime beaucoup, Fred Vargas nous convie une nouvelle fois à un pur moment de délassement (je me la joue un peu grande connaisseuse alors que je n’ai lu jusqu’à présent que deux de ses romans lol), non pas tellement pour l’intrigue policière mais avant tout pour l’ambiance, les personnages picaresques, l’humour, le décalage de certaines situations, toutes ces petites choses qui donnent tout le charme à ses romans.

Le commissaire Adamsberg est par ailleurs assez peu présent, le personnage principal étant Camille, la fameuse Camille, la dulcinée qui ne cesse d’apparaître/disparaître dans la vie du commissaire, et qui se trouve être compositrice de musique mais également plombière à ses heures perdues, ne trouvant le réconfort qu’à la lecture du catalogue d’outillages professionnels…

Certains se demanderont peut-être ce que peut bien cacher ce titre accrocheur « L’homme à l’envers ». Je ne pense pas dévoiler grand-chose de l’intrigue en vous racontant la croyance selon laquelle le loup-garou serait un homme reconnaissable par son absence totale de pilosité à la surface de sa peau, cette pilosité se retrouvant en fait à l’intérieur du corps, en dedans, d’où la conviction de détenir la preuve d’être en présence d’un loup-garou en lui ouvrant le corps de haut en bas pour y découvrir toute la pilosité interne utile à sa transformation en loup. Evidemment, le tout est de ne pas se tromper de bonhomme, la démarche inverse étant nettement plus délicate :)

En conclusion, ce fut une lecture plaisante, un roman qui se lit d’une traite, une délicieuse friandise qui se déguste avec gourmandise, je ne boude pas vraiment mon plaisir d'être en compagnie du commissaire Adamsberg et compte bien entamer rapidement le suivant sur ma liste !

« L’homme à l’envers » a reçu le Grand Prix du Roman noir de Cognac 2000.

jeudi 2 octobre 2008

La vie en sourdine de David Lodge

Quatrième de couverture

Desmond a des problèmes d'ouïe. Et d'ennui. Professeur de linguistique fraîchement retraité, il consacre son ordinaire à la lecture du Guardian, aux activités culturo-mondaines de son épouse, dont la boutique de décoration est devenue la coqueluche de la ville, et à son père de plus en plus isolé là-bas dans son petit pavillon londonien. Lors d'un vernissage, alors que Desmond ne comprend pas un traître mot de ce qu'on lui dit et répond au petit bonheur la chance, une étudiante venue d'outre-Atlantique lance sur lui ce qui ressemble très vite à une OPA. Pourquoi Desmond ne l'aiderait-il pas à rédiger sa thèse ? Le professeur hésite. Pendant ce temps son père, martial, continue à vouloir vivre à sa guise et son épouse à programmer d'étonnants loisirs... Comique, tragique, merveilleusement autobiographique, le nouveau roman de David Lodge s'inscrit dans le droit fil de Thérapie.

J’ai enfin lu mon premier roman de David Lodge, il était temps me diriez vous !
« La vie en sourdine » est son dernier roman, paru dans la foulée de la rentrée littéraire 2008. Pourquoi ai-je attendu tout ce temps pour découvrir cet auteur excellant dans la comédie de mœurs et la satire universitaire ? Aucune idée, quoi qu’il en soit, il n’est jamais trop tard pour commencer, d’autant plus que ce fut une très agréable lecture, prémisse des plus favorables pour poursuivre ma découverte de cet auteur.

J’ai été traversée par toute une gamme d’émotions au cours de ma lecture, allant des rires aux larmes, amusée des déboires et des situations grotesques amenées par les problèmes de surdité de Desmond, émue et bouleversée par le vieillissement et la dégradation physique de son vieux père de 90 ans, partie du roman hautement autobiographique, qui frappe par sa justesse et son sens aigu de l’observation.

Un très bon roman de cette rentrée littéraire, que je vous conseille si vous n’avez pas peur de passer du rire aux larmes car si nous prenons beaucoup de plaisir aux passages où l’humour caustique et incisif se font la part belle, nous y côtoyons également une certaine gravité allant parfois jusqu’au seuil de la tragédie lorsqu’il nous parle de la vieillesse, de la déchéance physique et mentale et de la fin de ses proches.

Extrait p.210

« Qu’est-ce qui peut expliquer ce fléau proliférant de Noël ? Quand j’étais enfant, le jour de Noël et Boxing Day étaient des jours de fête et ensuite la vie reprenait son cours normal, mais maintenant Noël se poursuit sans relâche jusqu’au premier de l’an, fête plus stupide encore, de sorte que tout le pays est en fait paralysé pendant au moins dix jours, abruti d’avoir bu trop d’alcool, dyspeptique pour avoir trop mangé, fauché pour avoir acheté de cadeaux inutiles, lassé et irritable d’être resté confiné à la maison avec des membres de la famille casse-pieds et des enfants pleurnichards, les yeux au carré à force de regarder de vieux films à la télévision. C’est à n’en pas douter le pire moment de l’année pour prendre de longues vacances forcées puisque le temps est plus que jamais sinistre et que les heures d’ensoleillement sont les plus courtes. »