vendredi 26 décembre 2008

Courtney Crumrin de Ted Naifeh (BD)

Courtney Crumrin déménage, à son grand désappointement. Ses parents, après avoir  vécu des années au-dessus de leurs moyens et se retrouvant en grandes difficultés financières, partent de leur banlieue pour s’installer dans l’immense manoir victorien de leur grand oncle, le Professeur Aloysieus Crumrin.
 
Ce deal arrange tout le monde : les parents - qui ne sont que de stupides arrivistes - comptent bien sur leur installation dans ce quartier huppé de Hillsborouh pour assurer leur ascension sociale,  le vieux Professeur Aloysieus Crumrin - qui a une sinistre réputation dans le quartier - compte sur la présence de sa famille pour ne plus attirer les soupçons et faire taire les sombres rumeurs qui courent sur son compte.
 
Pendant ce temps là, Courtney Crumrin a bien du mal à se faire des amis dans sa nouvelle école, où tous les élèves ne sont que des rejetons de familles riches et aisés, aussi prétentieux qu’antipathiques. Mais le plus étrange est que le vieux manoir semble abriter des « choses de la nuit », d’étranges créatures qui hantent les coins les plus sombres du manoir et qui n’hésitent pas à grimper sur son lit en l'observant pendant qu'elle dort.
 
Courtney, petite fille étrange qui a souvent du mal à s'adapter au monde qui l'entoure et qui pose un regard plus que critique sur son entourage, se rend rapidement compte qu’il est finalement plus agréable de côtoyer ces êtres étranges que ses propres camarades de classe. D’autant plus que son vieil oncle, le Professeur Aloysieus Crumrin, semble avoir quelques pouvoirs et connaissances occultes…
 
Un mélange d’histoires gothiques et fantastiques, un vieux manoir et des choses de la nuit, un vieux professeur misanthrope et une petite fille aussi renfrognée que malicieuse et canaille, des monstres et des sorciers, de l’humour et un regard critique sur notre société de consommation, un beau dessin en noir et blanc, un scénario solide et original, en un mot, une petite merveille !
Notez que cette  intégrale reprend les trois premiers tomes de la série, soit : Courtney Crumrin et les Choses de la Nuit, Courtney Crumrin et l'Assemblée des Sorciers et Courtney Crumrin et le Royaume de l’Ombre.

 
Cette intégrale propose également une histoire inédite de 4 pages en couleurs, les couvertures originales de la série, ainsi qu'une galerie avec les signatures de Lewis Trondheim, Jason et la plupart des auteurs Akileos.
 

 

mercredi 24 décembre 2008

Un lieu incertain de Fred Vargas

Adamsberg part pour trois jours de colloque à Londres. Estalère, le jeune brigadier, et Danglard - terrorisé à l’idée de passer sous la Manche - sont du voyage. Tout devait se passer de manière aérienne et décontractée, mais un événement macabre alerte leur collègue de New Scotland Yard, Radstock.
Clyde-Fox, un original local, lui parle du vieux cimetière de Highgate. Des chaussures - avec des pieds dedans - font face au cimetière, « un des cimetières romantiques les plus baroques de l’Occident », un lieu macabre, gothique, unique.
Tandis que l’enquête anglaise commence, les français rentrent au pays, et se retrouvent confronté à un horrible massacre dans un pavillon de banlieue.
De fil en aiguille, Adamsberg, avec l’aide de Danglard, remonte une piste de vampires, et de tueurs de vampires, jusqu’en Serbie.
 
Je voulais suivre les enquêtes du commissaire Adamsberg dans l’ordre de publication des tomes composant la série mais après avoir lu le premier et deuxième tome, respectivement « L’homme aux cercles bleus » et « L’homme à  l’envers »,  ne voilà-t-il pas que je tombe sur son petit dernier à la bibliothèque ! Je n’ai évidement pas résisté à l’appel et me suis jetée dessus goulûment … d’autant plus qu’on y parle de vampires et que j’aime bien cette thématique en général.
 
Un fameux saut dans le temps, puisque je suis passée de « L’homme à l’envers » écrit en 1999 à « Un lieu incertain » écrit en 2008, soit neuf années, et il s’en est sans nul doute passer des choses dans la vie du commissaire pendant ces neuf années. Mais ce n’est pas cette inconnue qui m’a le plus dérangée, car finalement, après avoir pris connaissance de l’un ou l’autre des éléments, on s’y retrouve très bien. Non, ce qui m’a le plus déroutée est le changement opéré dans l’écriture de Fred Vargas. Ce qui faisait avant tout le charme des romans de Vargas, à savoir une écriture aérée, l'importance des personnages secondaires succulents, une certaine légèreté et un humour décalé, font  ici défaut. Ecriture plus resserrée, propos concentré avant tout sur une intrigue emberlificotée comme jamais, personnages trop nombreux ont fait que j’ai avant tout subi ce qui me séduit le moins chez Vargas. Du coup, j’ai un peu peiné à la lecture, j’ai parfois trouvé le temps long, je me suis un peu perdue en cours de route par inattention, bref je suis restée un peu sur les quais. Ce roman manque de souffle, de respiration, je n’y ai pas retrouvé avec autant de plaisir la patte de l’auteur . Je vais donc reprendre mes bonnes résolutions initiales et continuer les aventures du commissaire dans l’ordre d’apparition des romans en oubliant un peu ce dernier tome, qui je l’espère, n’inaugure pas un passage à vide ou un manque d’inspiration pour la continuité…
 
Ceci dit, après avoir fait un petit tour d’horizon sur les blogs, « Un lieu incertain » semble avoir trouvé son public. A vous de juger donc, plus que jamais ;-)

 
 

samedi 20 décembre 2008

L'annulaire de Yôko Ogawa

La narratrice, dont nous ne connaîtrons jamais l’identité, travaille depuis bientôt un an comme assistante et réceptionniste auprès de M. Deshimaru, directeur d'un laboratoire de spécimens. M. Deshimaru est un taxidermiste d’un genre un peu particulier à la clientèle tout aussi particulière : il recueille, analyse et enferme à jamais les blessures et les souvenirs des personnes qui désirent se détacher de ces vestiges en les laissant à demeure au laboratoire.

C’est un léger incident qui se trouve être à l’origine ce nouvel emploi : elle travaillait auparavant dans une usine de fabrication de boissons rafraîchissantes jusqu’au jour où elle se coinça le doigt entre la cuve pleine et la chaîne.

« Heureusement, la blessure n’était pas grave. Je m’étais juste arraché un morceau de chair à l’extrémité de l’annulaire de la main gauche. Mais il se peut que cela ait été plus grave que je le pensais. J’avais quand même perdu une partie de mon corps. Pour autant, je n’étais pas blessée au point de provoquer de l’inquiétude dans mon entourage.»

L’image obsédante de « ce petit bivalve rose comme une fleur de cerisier, souple comme un fruit mûre », tombant au ralenti dans la limonade et restant au fond tremblotant avec les bulles, la rend désormais incapable de boire la moindre boisson gazeuse. Elle décide donc de quitter l’usine et de s’éloigner pour la première fois de ce village au bord de mer. Pour aller où ? En ville, seule, sans famille ni amis, incapable de faire quoi que ce soit d’autre que de déambuler dans les rues sans aucun but précis. C’est dans ces circonstances que ses pas la mèneront devant une annonce de recrutement collée sur le pilier en brique de l’entrée d’une vaste construction.

« Quand je l’ai découvert, j’ai pensé qu’il s’agissait d’un immeuble qui attendait la démolition. C'est-à-dire à quel point il semblait vétuste et abandonné. »

Il s’agit en fait d’un ancien foyer pour jeunes filles, un important bâtiment construit en béton défraîchi à trois étages, comportant un nombre incalculable de pièces. L’annonce est rédigée très simplement : recherche une employée de bureau, expérience et âge indifférents.

C’est en pénétrant dans ce qui est devenu un laboratoire décrépit en apparence mais d’assez bonne tenue à l’intérieur qu’elle rencontrera son futur employeur, M. Deshimaru. Devenue son assistance, elle ne tardera pas à tomber sous le charme de cet homme étrange et quelque peu vénéneux…

« L’annulaire » est mon premier roman de Yôko Ogawa. Je pense sans me tromper que c’est une très bonne pioche pour faire connaissance de son œuvre, tellement j’ai eu le sentiment d’approcher quelques-unes des obsessions essentielles de l’auteure : personnages insolites, temps et lieux incertains, contours flous, lieux clos, relations malsaines, désirs troubles, fétichisme, raffinements pervers et opacité des événements. Un style qui peut éblouir mais aussi désarçonner le lecteur.

Une très agréable découverte qui laisse néanmoins présager le meilleur comme le pire, ce genre de littérature étant tellement sur le fil du morbide et du pernicieux qu’il peut facilement tomber dans certains écueils un peu nauséeux. Quoi qu’il en soit, « L’annulaire » m’a sans aucun doute donnée envie d’aller voir plus loin !

Notons également que ce très court roman (ou longue nouvelle) a reçu les plus grandes récompenses japonaises. Le film "L’Annulaire" de Diane Bertrand est l’adaptation du roman. 


mercredi 10 décembre 2008

Cochon d'allemand de Knud Romer

J’ai toujours eu peur de mon grand-père. Pour moi, il était « Papa Schneider ». J’ignorais aussi bien son vrai nom que son prénom, ce qui, du reste, n’avait aucune importance, car il ne me serait jamais venu à l’esprit de l’appeler par son prénom. Il n’était pas du genre à encourager la familiarité. Papa Schneider avait un visage balafré : des kilomètres de cicatrices, uniquement sur la joue gauche. Des souvenirs du siècle passé, il faisait alors partie de quelque Schlägerverein, cercle de bagarreurs. Ces gens-là mettaient leur point d’honneur à se taillader mutuellement la face d’un sabre – debout, sans sourciller, le bras gauche replié derrière le dos.



Ainsi commence « Cochon d’Allemand », un récit aussi court que dense de Knud Romer, né en 1960 à Nykøbing, une petite ville danoise située sur l’île de Falster.
L’île de Falster était située, en fait, au-dessous du niveau de mer ; elle n’existait donc que dans l’imagination des gens qui s’obstinaient à y croire. Et quand ces gens-là ne pouvaient plus se tenir debout et se couchaient pour dormir, l’eau montait tout doucement, passait par-dessus les digues et inondait les champs, les bois et les villages, qui redevenaient une partie de la Baltique. Eveillé, posté près de la fenêtre, je la voyais venir : le jardin se remplissait d’eau, des poissons nageaient entre les maisons et les arbres ; la ville de Nykøbing traversait la nuit, tel un paquebot de croisière.

Il revient sur son enfance douloureuse et sur l’histoire de sa famille, rejetée par les habitants à cause des origines allemandes de sa mère.  Knud sera rapidement confronté à l’ostracisme des habitants de la ville, qui n’ont jamais accepté la présence de sa mère, d’origine allemande et venue s’installer au Danemark après la seconde guerre mondiale. Ostracisme dont il fera également les frais, souffre-douleur habitué aux brimades quotidiennes de ses camarades d’école.

Pendant que je mangeais, mère restait à mes côtés avec un cigarillo et une bière ; elle semblait crispée, nerveuse et presque toujours triste. Elle ne tenait que par sa seule volonté, alors elle se refermait sur elle-même et serrait les poings. Ils ressemblaient à des grenades, les nœuds luisaient, blancs. J’aurais donné ma vie pour la rendre heureuse, je prenais sa main et la caressais, je lui racontais ma journée. Nous avions joué au football, j’avais été appelé au tableau, Susanne avait eu un appareil dentaire, les jumeaux m’avaient invité à leur anniversaire… Tout cela était faux. Pendant la journée, j’avais été le cochon d’Allemand, obligé de me cacher pendant la récréation, car tout – mon casse-croûte, mon vélo, ma tenue – servait de prétexte pour rire, même son prénom leur semblait ridicule et ils bêlaient : « Hilde-gard ! Hilde-gard ! » - quelle idée de s’appeler ainsi ! Jamais je n’eus le cœur de le lui dire, je l’entretenais de mon mieux ; elle me regardait, sa main se desserrait lentement – et j’y déposais tout ce que j’avais en ma possession, dans l’espoir que ce serait suffisant.

Cochon d’Allemand de Knud Romer est un récit d’enfance autobiographique écrit tout en finesse dans lequel l’évocation de sa famille allemande et danoise, allant des années trente jusqu’aux années soixante-dix, sert de ciment à la construction de l’histoire émouvante de ce petit garçon continuellement rejeté par les habitants de la petite ville danoise où il est né et où il vécut jusqu’à sa majorité. Beaucoup de tendresse dans ces portraits de famille, beaucoup de douleurs et de tristesses aussi dans ce rejet des autres.

Roman sensible et touchant, sans fioritures ni mièvreries, qui analyse les conséquences de la bêtise, des préjugés et des stéréotypes d’une communauté sur les quelques membres qui la composent et dont le seul tord aurait été d’être d’origine allemande dans ces années d’après-guerre, période durant laquelle être fils d’allemand ne pouvait que signifier fils de boche…
 
Cochon d'Allemand, Knud Romer, traduit du danois par Elena Balzamo, Les Allusifs, 183 pages.

Ce roman a reçu The Danish Bookseller's Golden Laurels, le prix BG Bank Debutant et le Weekendavisen's literary Prize.


jeudi 4 décembre 2008

Le chevalier inexistant d'Italo Calvino

« Sous les murs rouges de Paris, s'était déployée l'armée de France : Charlemagne devait passer les paladins en revue. Ils attendaient depuis trois grandes heures, dans la touffeur d'un après-midi de début d'été. Un peu couvert, nuageux ; on mitonnait dans les cuirasses, comme dans des marmites mises à cuire à feu doux. Peut-être bien que, dans cet alignement imperturbable de chevaliers, quelqu'un déjà s'était évanoui, ou simplement assoupi : de toute façon, l'armure les maintenait bien cambrés sur leur selle, tous pareils. Et soudain, trois sonneries de trompette ; dans l'air immobile, les plumails des cimiers tressaillirent comme au passage d'un vent coulis. D'un coup s'éteignit cette sorte de rumeur marine qu'on avait perçue jusque-là : ce n'était, bien sûr, que le ronflement des guerriers, assourdi par l'embouchure métallique des heaumes. Enfin ! Là-bas au fond, c'était lui, Charlemagne ! Il s'avançait sur un cheval qui semblait plus grand que nature, sa barbe étalée sur sa poitrine, ses mains posées sur le pommeau de la selle. Régner et guerroyer, guerroyer et régner, pas de trêve, pas de repos : il avait quelque peu vieilli, depuis la dernière fois où ses soldats l'avaient vu. »
 
Arrivé à hauteur de ses soldats, il est de tradition que chaque chef d’escadron se nomme et se découvrisse en relevant la visière du heaume devant leur roi. Mais lorsque Charlemagne s’arrête devant un chevalier à l’armure blanche, aussi immaculée qu’impeccable et sans la moindre éraflure, il est plutôt étonné que ce dernier se permette de se nommer sans se découvrir comme le veut la tradition.  C’est qu’ Agilulfe Edme Bertrandinet des Guidivernes et autres de Charpentas et Syra, chevalier de Sélympie Citérieure de Fez, le chevalier à l’armure blanche, n’est pas comme vous et moi : Agilulfe (faisons court) est tout simplement inexistant ! Il est mais il n’existe pas ! Son armure ne couvre qu’un corps absent, aussi vide à l’intérieur que rutilante en apparence. Il n’empêche, Agilulfe est, sans conteste, un soldat modèle et des plus valeureux, tellement parfait d’ailleurs que tous le trouvent franchement antipathique…
 
Mais voilà-t-il pas qu’un jeune homme, Raimbaut de Roussillon, bachelier et fils du regretté marquis Gérard, surgit derrière une haie et se  met à l’observer. Arrivé au camp le jour précédent, il veut livrer son premier combat pour venger son père, mort en héros sous les remparts de Séville, dans la bataille livrée contre ce chien galleux d’Emir Izoard. Pour ce faire, il demande conseil auprès du chevalier blanc…
 
Conte à multiples facettes et niveaux d’interprétations, autant fable qu’allégorie à la symbolique très riche, burlesque mais néanmoins teinté d’amertume,  « Le chevalier inexistant » présente une galerie de portraits qui ne manquent pas d’attraits, les chevaliers arthuriens parodiques à la conquête du graal n’étant qu’un exemple parmi tant d’autres présents dans le roman. Un conte à haute portée philosophique mais également un conte très agréable à lire et divertissant !
 
 « Le chevalier inexistant » fait partie d’une trilogie intitulée « Nos ancêtres », comprenant trois romans ou plutôt trois contes philosophiques : « Le vicomte pourfendu » (1952), « Le Baron perché » (1957) et « Le chevalier inexistant » (1959). Il n’est pas nécessaire de lire ces romans dans l’ordre d’apparition, chaque conte se composant d’une histoire totalement indépendante.  Il n’en reste pas moins que ces trois contes composent une vision allégorique de l'identité et de la condition humaine, mâtinée de fantastique. Ces contes philosophiques sont également une sorte d’hommage à Voltaire et à l'esprit du XVIIIe siècle. 

Le chevalier inexistant d'Italo Calvino, Éditions Folio, ISBN-10: 2070449394, 16 novembre 2012, 224 pages

mardi 2 décembre 2008

Le fusil à pétales de André-Marcel Adamek

Raspal me l’avait fait jurer, l’autre jour, un peu avant de mourir :

- Tu l’écriras, ce livre, dis ?

J’ai fait le modeste, je lui ai dit que je n’avais pas belle instruction, ni le parler de ceux qui font les livres.

- Ca ne fait rien, tu l’écriras à ta manière.

- Personne ne croira ce que je dirai…

- Je suis témoin ! qu’il a crié, Raspal.

Il ne savait pas encore que la mort mangeait lentement ces reins. C’était notre dernière rencontre.



Et c’est ainsi que Clothaire, vieil homme solitaire, s’engage à devenir le garant de la mémoire collective du temps passé. C’est qu’il s’en est passé des choses exceptionnelles dans la contrée : pays de légendes, de sortilèges et de maléfices, lieu où la magie est « prête à surprendre les plantes, les bêtes, quelquefois les hommes », territoire tout remuant de mystères où se déroulera l’histoire de Reine, de Tristan, des Berluet et « du petit monde qui s’était dessiné dans un passé pas bien lointain, entièrement disparu aujourd’hui. » Clothaire est en effet plutôt bien placé pour nous raconter cette histoire, car s’il fut le témoin des événements passés, il fut également un de ses acteurs principaux !
 
Tout commence un bon matin de mai. Tristan, bel éphèbe généreux aux cheveux longs sorti tout droit de la littérature médiévale, s’arrête à Chompes, plus précisément dans la cour de la ferme des Berluet, afin de demander la permission de se servir de son écuelle à l’eau du puits de la ferme.  Le propriétaire des lieux, Alphonse Berluet,  est une sorte d’inventeur un peu fou des plus habiles. On se demande d’ailleurs bien où il va trouver ses grandes idées : il a déjà réussi à faire fonctionner un tracteur avec de l’alcool de prune, inventé la première machine au monde capable d’éplucher des pommes de terre et même mis sur pied un tribunal en plein air au village.  Sa dernière invention en date est la construction d’un avion, avion avec lequel il compte bien prendre son premier envol très prochainement. « C’est donc ainsi que Tristan fut retenu à Chompes pour deux jours. Tout de suite, il avait gagné l’amitié des Berluet qui le traitèrent comme un fils ». Mais lorsque, devant les trente personnes invitées dans la cour, Alphone s’élance pour son premier envol, l’essai ne se passe pas tel qu’il l’avait imaginé… laissé pour mort, inerte et sans conscience, le voilà plongé dans un coma irréversible. 

La médecine étant impuissante à le guérir, un seul espoir demeure : faire appel à la magnifique Reine, une rebouteuse-guérisseuse des plus talentueuses qui fait chèrement payer ses services.  C’est que Reine doit payer un lourd tribut à un être de fumées, une sorte de diable commerçant pour conserver sa beauté…
 
Je n’en dirai pas plus. Sachez simplement qu’Adamek est un conteur et un poète.
Le fusil à pétales est tour à tour un conte baroque, un chant courtois médiéval romantique, une farce, une fable féerique, burlesque et rocambolesque. Merci Larkane pour cette très agréable découverte !
 
Le fusil à pétales a obtenu le prix Rossel en 1974.