samedi 20 juillet 2013

Delta noir de Bernice L. McFadden

Quatrième de couverture

Money, Mississippi, est le nom de la ville où se déroule l'histoire, du début du XXe siècle jusqu'à nos jours. C'est aussi elle qui raconte son histoire, celle de destins qui s'entrecroisent et confluent vers l'assassinat du jeune Emmet Till, l'un des événements fondateurs du mouvement des droits civiques des Noirs américains. L'élément déclencheur, plusieurs dizaines d'années auparavant, c'est la mort d'Esther, prostituée de son état et donc pécheresse, dont le fantôme passe de corps en corps et influence le destin des différents protagonistes. Dans une veine proche du réalisme magique, Bernice L. Mc Fadden peuple son histoire de spectres, et excelle à évoquer le vieux Sud à la voix grave et puissante, sa sensualité, mettant au jour les forces mystérieuses à l'ouvre dans notre existence.


Ce roman a attiré mon attention pour deux raisons essentielles : un des sujets abordés, le meurtre du jeune Emmet Till dans la région du delta du Mississippi dans les années 50 et qui fut l’un des principaux événements fondateurs du mouvement des droits civiques des Noirs américains et la façon de l’aborder, à savoir l’utilisation du réalisme magique à travers une conception animiste de l’existence et de la croyance des âmes.

Le narrateur n’est autre que la ville elle-même, Money (Mississippi), ville dans laquelle se déroule l’histoire et qui nous raconte la vie et le destin tragique de trois générations de femmes aux destins entrecroisés dont l’élément déclencheur n’est autre que la mort d’Esther, prostituée et grande pécheresse de son état dont le fantôme passe de corps en corps tout en infléchissant le cours du destin des différents protagonistes.

A travers la croyance des forces occultes, l’auteur fait revivre le vieux Sud avec une grande puissance d’évocation. Un roman dont les héroïnes sont tour à tour fortes, amoureuses mais aussi parfois diablement et cruellement séduisantes. Un roman sensuel, violent, âpre et sans concession.

Une relecture inspirée de l’histoire américaine et un nom à retenir tant Bernice L. McFadden a une façon bien à elle de nous raconter ses histoires. Une belle voix de la littérature noire américaine.
Esther la catin était bien connue à Tulsa. On la voyait, de jour comme de nuit, adossée aux réverbères ; elle aguichait les hommes d'un petit signe du doigt et sifflait comme un serpent : "Psst, viens voir, j'ai quelque chose qui va tout arranger."
Elle avait autrefois été belle, avec une peau lumineuse, des jambes élégantes et un rideau de cheveux qui retombait jusqu'à sa taille.
Esther.
Trop belle pour qu'une femme veuille d'elle comme amie. Tellement belle que les hommes ne songeaient pas à l'aimer ; ils ne faisaient que rêver de se glisser entre ses cuisses crémeuses.
Pauvre Esther.

Un grand coup de coeur !



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