dimanche 25 avril 2010

Nana d'Emile Zola

« Nana » est le neuvième volume de la série « Les Rougon-Macquart ou l’histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire », fresque écrite entre 1871 et 1893 et qui regroupe vingt romans au total.

Publié en 1880, Émile Zola s’inspire de Blanche Dantigny pour son personnage principal, actrice médiocre mais courtisane et demi-mondaine des plus courues du second empire.

Nana est donc l’histoire d’une courtisane de dix-huit ans qui commence son ascension en interprétant – fort mal mais très joliment dévêtue – le rôle de Vénus au théâtre des Variétés de Paris. Si le talent lui manque, la rondeur de ses cuisses, son fameux coup de hanche, sa chevelure rousse flamboyante, sa petite bouche rouge et ses grands yeux d’un bleu très clair font le reste :


« Nana était si blanche et si grasse, si nature dans ce personnage fort des hanches et de la gueule, que tout de suite elle gagna la salle entière. […]Dès ce second acte, tout lui fut permis, se tenir mal en scène, ne pas chanter une note juste, manquer de mémoire ; elle n’avait qu’à se tourner et à rire, pour enlever les bravos. Quand elle donnait son fameux coup de hanche, l’orchestre s’allumait, une chaleur montait de galerie en galerie jusqu’au cintre. Aussi fut-ce un triomphe, lorsqu’elle mena le bastringue. Elle était là chez elle, le poing à la taille, asseyant Vénus dans le ruisseau, au bord du trottoir. Et la musique semblait faite pour sa voix faubourienne, une musique de mirliton, un retour de foire de Saint-Cloud, avec des éternuements de clarinette et des gambades de petite flûte. »

Le public masculin est grisé et comme ensorcelé, et on ne compte plus les coups de sonnette à sa porte les jours qui suivent sa première représentation :


« Trois fois, coup sur coup, la sonnerie avait tinté. Les appels du timbre se précipitaient. Il y en avait de modestes, qui balbutiaient avec le tremblement d’un premier aveu ; de hardis, vibrant sous quelque doigt brutal ; de pressés, traversant l’air d’un frisson rapide. Un véritable carillon, comme disait Zoé, un carillon à révolutionner le quartier, toute une cohue d’hommes tapant à la file sur le bouton d’ivoire. Ce farceur de Bordenave avait vraiment donné l’adresse à trop de monde, toute la salle de la veille allait y passer. »

L’heure de gloire est enfin arrivée ! Nana passe de la gêne et des petites passes pour arrondir ses fins de mois aux hommes riches et célèbres dont Muffat, haut dignitaire de l’Empire et homme d’une grande piété réputé pour sa chasteté mais que Nana envoûtera et humiliera sans peine. Il ne sera pas le seul à y laisser ses plumes, d’autres hommes suivront ou s’intercaleront, c’est selon :


« Ce fut l’époque de son existence où Nana éclaira Paris d’un redoublement de splendeur. Elle grandit encore à l’horizon du vice, elle domina la ville de l’insolence affichée de son luxe, de son mépris de l’argent, qui lui faisait fondre publiquement les fortunes. Dans son hôtel, il y avait comme un éclat de forge. Ses continuels désirs y flambaient, un petit souffle de ses lèvres changeait l’or en une cendre fine que le vent balayait à chaque heure. Jamais on n’avait vu une pareille rage de dépense. L’hôtel semblait bâti sur un gouffre, les hommes avec leurs biens, leurs corps, jusqu’à leurs noms, s’y engloutissaient, sans laisser la trace d’un peu de poussière. »

Si Nana peut sembler égoïste, superficielle et vénale, conduisant - parfois malgré elle - ses amants à la ruine, au suicide, aux vols et escroqueries pour subvenir à ses besoins démentiels, ce n’est pas faute de les avoir repoussés en refusant sans cesse leur demande en mariage. Elle n’échappera d’ailleurs pas elle-même aux tourments et aux désillusions de l’amour, connaissant des revers douloureux qui la mèneront encore plus loin sur le sentier de la perdition.

Tout cela finira mal… forcément ! Si l’ascension et la gloire d’une capricieuse courtisane symbolisent la décadence et la corruption du second Empire, la petite vérole dont sera atteinte Nana incarne quant à elle la fin du second Empire.



« Vénus se décomposait. Il semblait que le virus pris par elle dans les ruisseaux, sur les charognes tolérées, ce ferment dont elle avait empoisonné un peuple, venait de lui remonter au visage et l’avait pourri. »

« Nana » de Emile Zola connaîtra un succès immense dès sa publication, succès qui ne sera jamais démenti dans la mesure où cette œuvre reste toujours de nos jours l’un des tomes les plus lus du cycle des Rougon-Macquart. Un régal de lecture qui m’a donnée envie de reprendre le cycle depuis le début, c’est dire !


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