samedi 15 novembre 2008

Le sec et l’humide de Jonathan Littell

« Le sec et l’humide : une brève incursion en territoire fasciste » est un texte qui fut rédigé en 2002, en pleine écriture des « Bienveillantes », qui reçu le Prix Goncourt et le Prix du roman de l'Académie française en 2006.

Cet essai est le fruit de la rencontre de deux documents écrits à des périodes différentes :

1° Le livre « Mӓnnerphantasien » (« Fantames mâles ») de Klaus Theweleit. Il s’agit d’une étude datant de 1977 sur les Freikorps, milice allemande créée après la première guerre mondiale pour défendre la frontière de l’Allemagne de l’Est contre une éventuelle invasion russe mais également pour contrer les tentatives de révolution dans le pays, notamment communistes et socialistes. Pour informations, les Freikorps furent dissous en 1921, et si certains d’entre eux rejoignirent la milice d’Hitler, la plupart se sont engagés dans la milice de droite des Stahlhelm.

A partir de l’étude des récits de guerre, journaux et mémoires des miliciens allemands du début des années 20, Klaus Theweleit se livre à une approche inédite du fascisme : en analysant la structure mentale de la personnalité fasciste, il en viendra à considérer le fasciste non pas comme le fruit d’une idéologie mais comme la traduction d’états corporels dévastateurs, qu’il nomme le « mâle-soldat ».

2° Le livre « La campagne de Russie » écrit par Léon Degrelle pendant son exil en Espagne et publié en 1949. Léon Degrelle est un fasciste belge fondateur du mouvement Rex, qui se rapprochera du national-socialisme et collaborera étroitement avec l’occupant allemand. Il combattra sur le front de l’Est avec la 28e division SS Wallonie et terminera la guerre en tant que SS-Obersturmbannführer et Volksführer der Wallonen.

Abondamment illustré, cet essai commence par un historique du fasciste belge Léon Degrelle, revenant sur son parcours depuis la fondation du mouvement Rex jusqu’à son exil en Espagne en 1945, où il vécut près de quarante années.

Jonathan Littell s’applique à étudier le texte du fasciste Léon Degrelle avec la grille d’analyse proposée par Klaus Thewelet. Aussi, malgré le fait que Léon Degrelle soit de vingt à trente ans plus jeune que les miliciens étudiés par Klaus Theweleit et qu’il appartienne à une autre culture, Jonathan Littell y retrouve les mêmes comportements et champs lexicaux, ordonnés autour « de la peur panique de la dissolution des limites corporelles ».

Il retrouve donc, en analysant le discours de Degrelle à partir des clés données dans le livre de Klaus Theweleit, cette opposition binaire « du dur et du mou », qui fait immanquablement penser à l’anthropologue Claude Lévi-Strauss qui écrivit en son temps « Le cru et le cuit ».

Le « mou » dont il est question ici fait référence à la boue, la fange, le visqueux, la marée rouge, la peur de tout ce qui liquéfie le corps, tout ce mou auquel le mâle-soldat s’oppose en recourant à sa verticalité, sa virilité, sa droiture, sa pureté, sa carapace corporelle endurcie afin d’éviter toutes menaces de fragmentations, lui qui possède ce corps « pas-encore-complètement-né » du fasciste (dixit Klaus Theweleit).

On peut voir le « Le sec et l’humide » comme une sorte d’analyse des mots et des discours du bourreau fasciste, qui fut sans nul doute bien utile pour construire la langage de son personnage principal Maximilian Aue des « Bienveillantes ».

Jonathan Littell n’évite pas non plus quelques écarts de langage dans ce texte, qui n’apportent franchement rien, si ce n’est de la provocation gratuite pas vraiment des plus gracieuses.


Pour votre information, la couverture du livre est une photo de Léon Degrelle au combat en Ukraine (1941-42).


Du même auteur, à lire sur ce blog :

* Les bienveillantes de Jonathan Littell

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