lundi 22 décembre 2014

Frissons de David Cronenberg

Shivers de David Cronenberg
Avec Avec Barbara Steele, David Cronenberg, Paul Hampton
Canada, 1975


Synopsis

Une paisible petite île du fleuve Saint-Laurent, au Québec. Un meurtre et un suicide sèment le trouble dans un luxueux complexe immobilier : un scientifique tue une fille, l'éventre et détruit ses organes internes au moyen d'un acide, puis met fin à ses jours. A un autre étage, Nick Tudor est pris d'étranges nausées, tandis que sous sa peau, à hauteur de l'estomac, quelque chose s'agite. Le jeune docteur Saint-Luc, médecin attitré de la résidence, découvre que la jeune femme assassinée était en fait le cobaye de son amant, le professeur Hobbes, qui se livrait sur elle à d'étranges expériences. Bientôt, de curieux symptômes frappent la population du complexe...


Mon avis

Frissons est le premier « vrai » film de David Cronenberg. Bien moins expérimental que Crimes of the future, il se laisse donc voir plus facilement. Nous y retrouvons déjà tout ce qui fera la renommée du réalisateur : huis clos étouffant et malsain, découverte scientifique qui échappe à son créateur, déformation des corps via le développement de protubérances mobiles pathogènes sous forme de grosses larves (représentation assez sexuée de la chose), épidémie ravageuse qui contamine l’espèce humaine et conduisant à l'hypersexualité dépravée, exacerbée et incontrôlable, violences et viols, accouchement insolite et confusion des rôles (un homme en proie à la douleur (à la jouisssance ?) de l’enfantement du parasite).  Notons également que le sujet de la pédophilie est à nouveau abordée dans ce film, tout comme il l’était déjà dans Crimes of the Future. La scène finale dans la piscine fait également penser aux films de zombies de l’époque, lorsque tous les habitants de l’île se jettent les uns sur les autres pour se contaminer au petit bonheur la chance. 

Concernant les acteurs, c’est un grand plaisir de retrouver au début du film l’acteur Ronald Mlodzik (le fameux Adrian Tripod de Crimes of the future) dans le rôle de Merrick, dans un registre totalement différent. Un acteur intriguant qui semble avoir complètement disparu de la scène cinématographique depuis la fin des années 70, à mon grand regret. 

Frissons (Shivers), qui avait été financé partiellement par le contribuable via Telefilm Canada, connu ses détracteurs, dont le journaliste Robert Fulford qui avait publié un article dans lequel il clamait haut et fort : « You should snow how bad this movie is, you paid for it » (traduction : « Vous devez savoir comme ce film est mauvais, vous avez payé pour cela »). Cronenberg connaîtra par la suite des difficultés pour financer ses films ultérieurs et sera même expulsé de son appartement à Toronto en raison de l'inclusion de son propriétaire d'une "clause de moralité » dans le bail. Sa lutte contre la censure et les restrictions budgétaires ne feront que commencer. 

Sans crier au chef-d’œuvre, Frissons reste un film d’horreur de série B qui se laisse regarder sans difficulté pour les fans du genre et les cinéphiles qui veulent découvrir les prémisses d’une œuvre cinématographique. Un film de genre anti-conservateur qui s’amuse à transgresser tous les tabous sexuels (vieux/jeune, enfant/adulte, femme/femme, homme/homme) sous couvert d’une contamination liée à une mutation génétique expérimentale. Ou s'agit-il plutôt d'une représentation de la liberté sexuelle d'une époque,  et  de l'angoisse sous-jacente concernant une éventuelle épidémie sexuelle extrêmement virulente et contagieuse ? Un peu de tout cela sans doute... 



A découvrir également :

* Crimes of the Future de David Cronenberg
* Berberian Sound Studio de Peter Strickland
* Le moulin des supplices de Giorgio Ferroni


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