mardi 15 juillet 2014

Hiroshima mon amour, écrit par Marguerite Duras et réalisé par Alain Resnais



Lui : Tu n'as rien vu à Hiroshima. Rien.
Elle : J'ai tout vu. Tout.
Elle : Ainsi l'hôpital, je l'ai vu. J'en suis sûre. L'hôpital existe à Hiroshima. Comment aurais-je pu éviter de le voir?
Lui : Tu n'as pas vu d'hôpital à Hiroshima. Tu n'as rien vu à Hiroshima.
Elle : Quatre fois au musée...
Lui : Quel musée à Hiroshima?
Elle : Quatre fois au musée à Hiroshima. J'ai vu les gens se promener. Les gens se promènent, pensifs, à travers les photographies, les reconstitutions, faute d'autre chose, les explications, faute d'autre chose. Quatre fois au musée à Hiroshima.
[…]
Lui : Tu n'as rien vu à Hiroshima.
[…]
Elle : J'ai toujours pleuré sur le sort de Hiroshima. Toujours.
Lui : Non.
Sur quoi aurais-tu pleuré?
[…]
Elle : Je n'ai rien inventé.
Lui : Tu as tout inventé.
Elle : Rien.
De même que dans l'amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même j'ai eu l'illusion devant Hiroshima que jamais je n'oublierai. De même que dans l'amour.
[…] 
Elle, bas: ... Écoute-moi. Comme toi, je connais l'oubli.
Lui : Non, tu ne connais pas l'oubli.
Elle : Comme toi, je suis douée de mémoire. Je connais l'oubli.
Lui : Non, tu n'es pas douée de mémoire.
Elle : Comme toi, moi aussi, j'ai essayé de lutter de toutes mes forces contre l'oubli. Comme toi, j'ai oublié. Comme toi, j'ai désiré avoir une inconsolable mémoire, une mémoire d'ombres et de pierre.
Elle : J'ai lutté pour mon compte, de toutes mes forces, chaque jour, contre l'horreur de ne plus comprendre du tout le pourquoi de se souvenir. Comme toi, j'ai oublié...
Elle: Pourquoi nier l'évidente nécessité de la mémoire?...
Hiroshima mon amour est l’histoire passionnelle d’un adultère aussi bref qu’intense entre une femme française et un homme japonais, quatorze ans après les bombardements atomiques. La profondeur de cette relation éveille chez la française un souvenir traumatique, celui de son premier amour à Nevers, sous l’occupation allemande. 

La mémoire et l’oubli, la nécessité de se souvenir, de se remémorer pour oublier suffisamment. L’incertitude de la mémoire et l’effritement du temps. 

Tu n’étais pas tout à fait mort
J’ai raconté  notre histoire
Je t’ai trompé ce soir avec cet inconnu
J’ai raconté notre histoire
Elle était, vois-tu, racontable
Quatorze ans que je n’avais pas retrouvé… le goût d’un amour impossible
Depuis Nevers
Regarde comme je t’oublie
Regarde comme je t’ai oublié
Regarde-moi.

Comme la ville d’Hiroshima, cette femme a été détruite et devra renaître de ses cendres. Mais que s’est-il passé à Nevers, sa ville natale,  pour qu’elle soit si désireuse de vivre des amours de rencontre ? Une histoire des hommes qui s’enchevêtre avec celle d’une histoire d’amour, présente et passée.
Qui es-tu ?
Tu me tues.
J'avais faim. Faim d'infidélités, d'adultères, de mensonges, et de mourir.
Depuis toujours.
Je me doutais bien qu’un jour tu me tomberais dessus.
Je t’attendais dans une impatience sans borne, calme.
Dévore-moi. Déforme-moi à ton image afin qu’aucun autre, après toi, ne comprenne du tout le pourquoi de tant de désir.
[…]
Tu me tues.
Tu me fais du bien.


Elle : Nevers que j’avais oublié, je voudrais te revoir ce soir.  Je t’ai incendié chaque nuit pendant des mois tandis que mon corps s’incendiait à ton souvenir.
[…]

Une nuit loin de toi et j’attendais le jour comme une délivrance.

Ce qui frappe aussi dans ce premier long métrage d’Alain Resnais et dans ce premier scénario de film écrit par Marguerite Duras est évidemment la musicalité des dialogues, les répétitions, les phrases brèves et percutantes, qui font penser à des sortes d’incantations.

Ce film divisa la critique dès sa projection à Cannes en mai 1959. Il faudra attendre décembre 1960 pour la publication des dialogues.



Réalisateur : Alain Resnais
Acteurs : Emmanuelle Riva, Eisi Okada, Stella Bassas, Bernard Fresson
Origines: France Japon
Genre: Comédie dramatique
Année de production: 1958
Durée: 1h31

Lecture Hiroshima mon amour de Marguerite Duras dans la collection La Pléiade, Œuvres complètes.


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