Maborosi de Hirokazu Kore-eda


Yumiko est hantée par un rêve récurrent, celui de n’avoir pas pu retenir sa grand-mère désireuse de mourir dans la région qui l’a vu naître, étant trop jeune à l’époque pour lui faire entendre raison ou l’obliger contre son gré de revenir à la maison familiale. Une grand-mère disparue à jamais, sans laisser de traces, comme évanouie dans la nature.

Comme une étrange répétition, Yumiko sera confrontée à une autre perte tout aussi mystérieuse que douloureuse lorsque son jeune époux disparaîtra, leur fils n’étant âgé que de trois mois. Écrasé par un train, probablement un suicide. Pourquoi ?

Quelques années plus tard, elle accepte un mariage arrangé et rejoint son futur époux qui vit seul avec son vieux père et sa petite fille, dans un village côtier. Mais Yumiko n’en oublie pas pour autant ses fantômes, ses morts, qui continuent de la hanter, de la culpabiliser, de lui poser question.

Maborosi est un film sur le deuil, la perte et la solitude de ceux qui restent, ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils ont été abandonnés, ceux qui n’ont pas pu retenir les personnes aimées. Mais si l’amour était aussi laisser l’autre s’en aller sans explication, accepter l'inacceptable sans pour autant oublier ?

Ce premier long métrage du réalisateur est une petite merveille de sensibilité et de poésie. Les images sont absolument magnifiques, le cadrage, les jeux d’ombre et de lumière, les intérieurs sombres tout en contraste avec la lumière du jour traversant les fenêtres. Le son du ressac de la mer, du vent, de la pluie, d’un train qui passe. On entend les secondes qui s’écoulent dans un sentiment d’abandon et de solitude. Un film hanté par la mort tout en étant habité par les sentiments que la perte engendre.

Un très beau film, intense et fragile à fois.







Ce film a été vu dans le cadre de la rétrospective du réalisateur  japonais Hirokazu Kore-eda.

Note : 5/5

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