samedi 21 janvier 2017

Les Possédés par Andrzej Wajda

Les Possédés d'Andrzej Wajda
Avec : Isabelle Huppert, Jutta Lampe, Philippine Leroy-Beaulieu, Bernard Blier, Omar Sharif, Lambert Wilson, Jerzy Radziwilowicz, Jean-Philippe Écoffey, Laurent Malet,
France, 1988


Synopsis

Dans une ville de province russe, vers 1870, un groupe de révolutionnaires a décidé de renverser l'ordre ancien. Entraînés par leur chef cynique et haineux, ils se vouent corps et âmes à un Messie, le sombre Stavroguine, aristocrate décadent.


Mon avis

Adapter Les Possédés d'après Fiodor Dostoïevski, il fallait oser ! Et même si le film n’est pas une totale réussite, le réalisateur Andrzej Wajda a le mérite d'avoir eu l'audace de relever ce défi. Pour ce faire, il resserre l’intrigue du roman en se focalisant essentiellement sur son épine dorsale, quitte à abandonner la foultitude des personnages secondaires. L’avantage de ce choix permet au spectateur de suivre assez aisément l’histoire principale, et ce même s’il n’a jamais lu le roman auparavant. Mais ce que le film gagne en simplification et visibilité, il le perd malheureusement en intensité et éclatement de l'intrigue, avec toute la frénésie, le fracas et la démesure qui se déployaient à merveille à travers les multiples personnages, bref tout ce qui faisait aussi le sel et l’intérêt du roman. Mais c'est le prix à payer pour en faire un film d'un peu moins de deux heures. Si les images sont superbes et la mise en scène réussie, son côté un peu théâtral ne m'a pas toujours convaincue. Du côté des acteurs, la mixité franco-polonaise de la distribution n’est pas très heureuse (il y a décidément trop de français) et seule l’interprétation de l’acteur Jerzy Radziwilowicz vaut la peine d’être relevée. On n’évite pas non plus certaines postures assez caricaturales et quelques intrigues secondaires bien trop peu développées pour en saisir toutes les nuances et les implications. Mais l’essentiel (la ligne directrice du roman) s’y retrouve, ce qui n’est déjà pas si mal !

Mais si je vous parle aujourd’hui de ce film, qui se laisse voir bien volontiers mais sans pour autant susciter un enthousiasme débordant, c’est surtout parce que je le considère comme un excellent tremplin pour vous amener vers la lecture du roman Les Possédés (ou Les Démons, selon les traductions) de Fiodor Dostoïevski. Se familiariser avec la plupart des personnages principaux du film permet au lecteur d’atténuer la difficulté de se faire à la multitude des personnages secondaires du roman (les noms russes à rallonge n’aident pas non plus à ce niveau). Le fait que le film commence là où le roman est déjà à la 200e page fournit au lecteur la possibilité de mieux saisir les relations existantes entre les protagonistes, ce qui amène à une meilleure compréhension des sous-intrigues à peine ébauchées dans sa version filmée, tout en ne perdant jamais de vue la ligne directrice du récit (si on ne voit pas le film avant, on risque de s'y perdre plus facilement). Enfin, l'adaptation par Andrzej Wajda sacrifie la plupart des personnages féminins, alors qu’elles sont nombreuses et importantes dans le roman. Et il serait bien dommage que vous passiez à coté...

En conclusion, si la lecture du roman Les Possédés de Fiodor Dostoïevski vous tente depuis longtemps mais sans jamais avoir osé le commencer (parce que foisonnant, énorme et monstrueux, parce que Fiodor Dostoïevski n’est pas un auteur réputé comme étant un écrivain "facile à lire"), et bien je ne peux que vous conseiller de voir auparavant le film adapté par Andrzej Wajda, qui constituera une excellente base de départ, tout en vous facilitant grandement votre lecture par la suite.

Pour en savoir plus sur le réalisateur Andrzej Wajda (1926 - 2016), je vous renvoie à L'oeuvre politique d'Andrzej Wajda à travers cinq grands films. Je cite : "Andrzej Wajda fut l'auteur de plus d'une cinquantaine de films : Cendres et Diamant (1958), son dyptique L’Homme de marbre (1977) et L’Homme de fer (1981), Le chef d’orchestre (1980), Danton (1982, avec Gérard Depardieu), Un amour en Allemagne (1983), Les Possédés (1988), Korczak (1990), Pan Tadeusz (1999), et plus récemment, L'Homme du peuple (2013). Tous, ou presque, tendaient à incarner une certaine mémoire polonaise face au mensonge communiste. En 2000, un Oscar lui avait été décerné pour l'ensemble de son oeuvre."




A lire également sur ce blog :

* Les possédés de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Aucun commentaire:

Publier un commentaire