Articles

Affichage des articles du septembre, 2009

Mort d’un parfait bilingue de Thomas Gunzig

Image
Disons-le d’emblée, j’aime bien Thomas Gunzig : j’aime bien sa bouille, j’aime bien sa fantaisie, son sens du grotesque et du dérisoire, son côté décalé et son ton grinçant. Nous sommes du même âge et nous habitons la même ville, nous avons donc inévitablement quelques points communs, et pas des moindres (lire mon précédent billet portant sur ma lecture 10.000 litres d’horreur pure - Modeste contribution à une sous-culture). Thomas Gunzig excelle surtout dans l’écriture de nouvelles, sa dernière publication Au Diable Vauvert et s’intitulant Assortiment pour une vie meilleure ne devrait pas le démentir (ce recueil de textes écrits entre 2004 et 2009 rejoindra sans nul doute très prochainement ma PAL déjà bien remplie). « Mort d’un parfait bilingue » est le premier roman de l’auteur, premier roman pour lequel il empochera un des prix les plus prestigieux de Belgique : le Prix Victor Rossel, en 2001. Nous sommes en pleine guerre, dans un pays qu’on ne nomme jamais mais qui...

Les veilleurs de Vincent Message

Image
Quatrième de couverture Oscar Nexus a tué trois personnes dans la rue, puis il s'est endormi sur les cadavres. Nexus est un marginal auquel son emploi de veilleur de nuit n'a donné qu'un ancrage très fragile dans la réalité. Interné dans une clinique, il est pris en charge par Joachim Traumfreund, un médecin atypique et brillant qui a participé dans sa jeunesse aux mouvements de réforme de la psychiatrie. C'est à lui et à Paulus Rilviero, un officier de police, qu'on confie le soin de tirer au clair les mobiles de Nexus et de déterminer s'il est responsable de ses actes. Afin de se consacrer à ce cas intriguant, Traumfreund transfère le criminel dans une annexe de la clinique, un bâtiment situé dans un coin de montagne que l'hiver isole peu à peu. Une fois sur place, nos deux enquêteurs découvrent que Nexus est un dormeur pathologique qui reprend nuit après nuit le fil du même Grand Rêve. Pour comprendre son crime, Traumfreund et Rilviero vont devoi...

Pierres de mémoire de Kate O'Riordan

Image
« Que pouvons-nous devenir, sinon ce dont nous avons le souvenir ? Et tout ce que nous tentons d'oublier. » Nell, une Irlandaise dans la quarantaine, vit à Paris depuis plus de vingt ans. C'est une oenologue reconnue, l'une des rares femmes dans le monde à avoir le statut de Master of Wine. Elle profite du calme de la vie parisienne comme d'un bon verre de rouge, en compagnie de Lulu, un caniche qu'elle méprise, et de son amant Henri, un homme marié propriétaire d'un vignoble. Mais un coup de téléphone nocturne va venir briser le monde clos qu'elle a construit. Un voisin de sa fille unique Ali, qui vit en Irlande, lui donne à son sujet d'inquiétantes nouvelles. Celles-ci vont obliger Nell à retourner dans son pays d'origine, ce qu'elle n'avait pu se résigner à faire depuis son arrivée en France, et cela non sans raison. Pierres de mémoire est une poignante histoire d'amour maternel, dans laquelle l'auteur dissèque avec tendress...

La Conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole

Image
Ecrit dans les années 60, « La Conjuration des imbéciles » est le chef-d’oeuvre de John Kennedy Toole, un roman humoristique qui ne sera jamais publié de son vivant, un cuisant échec qui finira par conduire l’auteur à se suicider à l’âge de 32 ans (nous sommes en 1969). Il faudra encore attendre plusieurs années et les efforts acharnés de sa mère pour le faire publier dans les années 80, date à partir de laquelle il connaîtra un succès retentissant qui aboutira à l’obtention du prix Pulitzer en 1981 à titre posthume. Devenu depuis un classique de la littérature humoristique américaine, ce livre demeure un des livres majeurs de la littérature du Sud des Etats-Unis, le roman se situant à la Nouvelle-Orléans, lieu de naissance de l’auteur. Nous sommes donc à La Nouvelle-Orléans dans les années soixante. Ignatius J. Reilly, étudiant en littérature médiévale, est un jeune homme de 30 ans aussi intelligent et cultivé qu’il est égocentrique, hypocondriaque, arrogant, boursouflé de sa s...

Tous les matins du monde de Pascal Quignard

Image
« Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l'ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse. Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu'à la barque. L'ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu'il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura : - Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. » « Tous les matins du monde » nous conte les premières années d’apprentissage du jeune Marin Marais, futur violiste de la cour du roi Louis XIV qui fera ses premières gammes auprès de son maître janséniste monsieur de Sainte Colombe et de ses deux filles Madeleine et Toinette. Ce très court roman, dépouillé et sobre, prend des a...

Une promesse de Sorj Chalandon

Image
Quatrième de couverture Nous sommes en Mayenne, une maison à l'orée d'un village. Tout est silencieux, les volets fermés et la porte close. Nuit et jour pourtant, sept amis en franchissent le seuil. Les uns après les autres, chacun son tour et chacun sa tâche. S’accomplit ainsi le serment de sept âmes vives à deux âmes sombres : la parole donnée pour retarder le deuil. Voici l’histoire d’un mystère et d’une fraternité.  Une promesse a obtenu le prix Médicis 2006.  Ce roman ne s’est pas d’emblée imposé à moi au début de ma lecture, ayant eu un peu de mal à me laisser entraîner par cette histoire mais il a fini pas creuser son sillon en moi et m’a donc apprivoisée au fur et à mesure de ma lecture. Au final, j’ai trouvé ce roman plein de finesses et de sensibilités, abordant par des personnages attachants et des mots simples un sujet douloureux et des émotions complexes. Un beau roman sur le deuil, l’amitié, l’engagement, la mémoire, le respect aussi. Un rom...