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Affichage des articles associés au libellé Film

Rendez-vous à Bray d'André Delvaux

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Première guerre mondiale. Julien (Mathieu Carrière),  jeune musicien luxembourgeois subsistant tant bien que mal à Paris en tant que critique musical dans un journal, reçoit un télégramme de son ami français, mobilisé dans l'aviation.  Ce dernier l'invite à le rejoindre dans sa propriété familiale de Bray, le temps d'une permission. Mais lorsque Julien parvient à la maison isolée de Jacques (Roger Van Hool), à l'orée de la forêt, ce  n'est pas son ami qui le reçoit mais une mystérieuse femme (Anna Karina), dont il ne sait si elle est une servante, une compagne ou une parente de Jacques. Commence une longue attente...  L'adaptation d'une nouvelle de Julien Gracq (Le roi Cophetua) par André Delvaux permet à ce dernier de nous offrir un film qui retient toute notre attention de par l'atmosphère qui s'en dégage, aux frontières du réel et de l'imaginaire, oscillant entre les souvenirs du passé, l'attente et l'appréhension du présent et...

Moisson de vieux films (3)

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De Mayerling à Sarajevo (1940) de Max Ophuls *** Avec Edwige Feuillère, John Lodge, Aime Clariond Le destin tragique de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche,  devenu l'héritier de François-Joseph Ier à la mort de son fils l'archiduc Rodolphe.  Un film qui mélange assez adroitement la romance entre l'héritier et la comtesse tchèque (et donc sans rang dynastique) Sophie Chotek et les aspects historiques plus politiques tels que les changements de gouvernance qu'auraient pu apporter l'archiduc François-Ferdinand, aux idées plus modernes que son oncle François-Joseph, souverain despotique qui mènera à la première guerre mondiale.  J'imagine volontiers l'importance symbolique qu'aurait pu avoir ce film pour Max Ophuls, dans la mesure où nous sommes à la veille de la seconde guerre mondiale au début du tournage. Mais la grande histoire rattrapera la petite histoire, et le tournage sera interrompu suite à la mobilisati...

Daïnah la métisse de Jean Grémillon

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Daïnah la métisse (1931) de Jean Grémillon *** Avec Charles Vanel, Habib Benglia, Laurence Clavius, Gaston Dubosc  Sur un paquebot de luxe où elle accompagne son mari, Daïnah la métisse use de son charme étrange et de son exotisme troublant. Un soir, sur le pont désert, elle s'amuse à attirer un mécanicien qu'elle repousse en le mordant cruellement. Le lendemain, Daïnah disparaît par dessus bord. L'enquête piétine mais le mari, devinant la vérité, s'érige en justicier. Quel film curieux et étrange.  Fortement mutilé par Gaumont (certaines scènes sont supprimées ou  remontées contre l'avis du réalisateur), on peut comprendre que Jean Grémillon n'ait pas voulu être crédité au générique de fin. Le jeu et le phrasé de l'actrice principale, Laurence Clavius, est très bizarre également.  Après tout, c'est le début du parlant et ce décalage doit s'expliquer par l'inexpérience de l'actrice.  Le film est-il inintéressant pour autant ? Pas ...

L'Atalante de Jean Vigo

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L'Atalante (1934) de Jean Vigo **** Avec Michel Simon, Dita Parlo, Jean Dasté Juliette (Dita Parlo), fille de paysans de l'Oise, quitte (fuit) son village au bras de son jeune époux, le marinier Jean (Jean Dasté).  Ils vont vivre à bord de L'Atalante, en compagnie d'un mousse et du matelot le père Jules (Michel Simon), inénarrable personnage qui vit au milieu de ses chats. Si le village était déjà minuscule pour une jeune femme qui rêve d'ailleurs, la péniche se révèle à son tour bien exiguë au fil de l'eau.  Lors d'une halte dans la capitale, elle rencontre un camelot chanteur qui lui promet "le grand soir".  La nuit, Juliette quitte le navire, seule et en cachette,  pour découvrir les promesses de cette fameuse Ville Lumière... Voici en quelques lignes l'histoire du film, qui nous parle tout simplement des difficultés d'un jeune couple à s'adapter l'un à l'autre.  C'est l'histoire d'une grande histoire ...

Le réalisateur George Ovashvili

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L'Autre rive (Gagma Napiri, 2009) de George Ovashvili  **** Avec Tedo Bekhauri, Galoba Gambaria, Nika Alajajev  Suite à l'effondrement de l'Union Soviétique, les géorgiens ne sont plus les bienvenus en Abkhazie, qui déclare son indépendance de la Géorgie en tant que République en 1992. Cette indépendance n’est toujours pas reconnue par la Géorgie. Le jeune Todo et sa mère, qui ont fuit les combats faisant rage dans la région, se sont réfugiés depuis plusieurs années à Tbilissi, la capitale.  Ils vivent dans un taudis, Todo ne va pas à l'école, travaille chez un garagiste et ramasse un peu d'argent en se livrant à de menus larcins,  pour dissuader sa mère de se prostituer.  Lorsqu'il la surprend avec un client au lit, il décide de quitter la ville et de passer le pont, zone frontière entre la Géorgie et l'Abkhazie, pour retrouver son père malade, et de ce fait resté dans la région depuis leur départ.  Un périple semé d'embûches ...

Les fraises sauvages d'Ingmar Bergman

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Les fraises sauvages (Smultronstallet, 1957) d'Ingmar Bergman  **** Avec Victor Sjöstrom, Bibi Andersson, Ingrid Thulin   La veille de la cérémonie qui doit honorer et célébrer sa longue carrière de médecin, le professeur Isak Borg fait un rêve étrange où il est confronté à sa propre mort. Le lendemain, il décide de partir en voiture à l'université de Lund en compagnie de Marianne, sa belle-fille. Durant le trajet, le vieux professeur fait le bilan d'une vie gâchée par l'égoïsme. « Je suis mort, bien que je sois vivant. » On peut penser que Les fraises sauvages est le film de la maturité du réalisateur, avant de se rendre compte que Bergman n'avait que 39 ans à l'époque du tournage.  D'où vient ce sentiment ? Premièrement, ce film du "bilan d'une vie" semble condenser beaucoup de références personnelles, on ressent à quel point il y a du vécu derrière chaque questionnement, chaque expérience, chaque désillusion de la v...

Moisson de vieux films (2) : Jean Renoir, Raymond Bernard et Robert Bresson

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Madame Bovary (1934) de Jean Renoir  *** Avec Valentine Tessier, Max Dearly, Pierre Renoir Madame se marrie.  Madame s'ennuie.  Madame rêve.  Madame perd ses illusions. Madame déprime.   Quand il n'y a plus d'espoir, il n'y a qu'à mourir.  Madame meurt. Jean Renoir signe une adaptation fidèle du roman de Gustave Flaubert (j'en parle ici ).  Frivole, dépensière, superficielle, vaniteuse, égoïste, adultère, la vie semble décidément trop étroite pour cette femme romanesque, qui sera mal payé en retour lorsque l'heure d'honorer ses dettes adviendra. A proximité de cette femme fantasque, une étude sociologique des mœurs provinciales de la Normandie : paysans rustres, commerçants cupides, aristocrates sans le sou, petits bourgeois intrigants et arrivistes, homme d’église, tous sont dépeints sans complaisance et ne suscitent à aucun moment notre sympathie.  Valentine Tessier et Robert Le Vigan Les seconds rôles son...

Moisson de vieux films (1) : D.W. Griffith, Abel Gance et Jean Vigo

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Naissance d'une nation (The Birth of a Nation, 1915) de D.W. Griffith ***(*) Avec Nate Parker, Armie Hammer, Mark Boone Junior Extrêmement célèbre pour le génie du réalisateur et la démesure des reconstitutions historiques, mais également très controversé de par son discours raciste, ce film mérite-t-il sa réputation ? Et bien oui, tout à fait.  On est bluffé par cette superproduction, par la virtuosité du montage et de sa mise en scène (étonnamment moderne) et par sa première partie (la durée du film, découpé en deux chapitres, est de 190 minutes), qui se déroule à un rythme effréné et qu'on suit sans peine tant elle ne heurte guère notre sensibilité.  Certes, on tique sur la représentation de l'esclavage dans le Sud (la communauté noire semble être en colonie de vacances et ils s'amusent comme des petits diables pendant leur pause de deux heures sur le temps de midi, on croit rêver) mais on pardonne et on ferme les yeux sur cette vision simpliste, édulcorée e...

Vampyr de Carl Théodor Dreyer

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A propos de Carl Théodor Dreyer : « A chaque film, observe Nicola Mazzanti, directeur de la Cinematek, il a nourri le langage du cinéma. On peut considérer que certains de ses films, comme La Passion de Jeanne D’Arc, Vampyr et Ordet, ont changé l’histoire du cinéma. » Pour Mazzanti, « Dreyer a inventé le silence dans le cinéma sonore, ce qui est peu banal. C’est un cinéma profondément conscient du temps interne, qui a eu une influence forte sur le cinéma d’auteur – celui de Tarkovski et d’Akerman, par exemple. » Disparu depuis cinquante ans tout juste, l'occasion où jamais de fouiller dans les archives pour ressortir mon billet sur ce magnifique film du réalisateur danois Carl Théodor Dreyer : Vampyr. Un jeune homme, David Gray, arrive un soir à l'auberge de Courtempierre, village situé au bord d'une rivière. La nuit, un vieillard pénètre dans sa chambre pour implorer son aide. Il disparaît aussi mystérieusement qu'il est entré en laissant un colis, ...

Le Voyage au Groenland de Sébastien Betbeder

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Le Voyage au Groenland  par Sébastien Betbeder Avec Thomas Blanchard, Thomas Scimeca, François Chattot France.  Date de sortie : 2016 Thomas et Thomas cumulent les difficultés : trentenaires célibataires, parisiens et comédiens... Un jour, ils décident de s'envoler pour Kullorsuaq, l'un des villages les plus reculés du Groenland où vit Nathan, le père de l'un d'eux. Au sein de la petite communauté inuit, ils découvriront les joies des traditions locales et éprouveront leur amitié. Une comédie mélancolique composée de petites vignettes drôles et sensibles, des personnages adulescents attachants et un peu paumés, un ton volontairement décalé et naturaliste, une relation père-fils à peine ébauchée mais qui ne demande qu'à se déployer. Si la balade semble légère et rafraîchissante, les portraits ne sont pas pour autant surfaits ni dénués de d'intérêt. Le film peut néanmoins parfois céder à de petites facilités, ce qui n'ôte rien à son charme persist...

Suite armoricaine de Pascale Breton

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Suite armoricaine par Pascale Breton Avec Valérie Dréville, Kaou Langoët, Elina Löwensohn France.  Date de sortie : 2016 Une année universitaire à Rennes vécue par deux personnages dont les destins s'entrelacent : Françoise, enseignante en histoire de l'art, et Ion, étudiant en géographie. Trop occupés à fuir leurs fantômes, ils ignorent qu'ils ont un passé en commun. Ce film, très ancré géographiquement, peut être vu comme un arrêt sur image pour mieux se retourner sur son passé en revenant aux origines, quitte à déterrer certains souvenirs ou au contraire en enterrer d'autres. Ce voyage intérieur n'est pas sans rappeler Marcel Proust et sa recherche du temps perdu, cité par ailleurs explicitement dans le film, lorsque le dernier chapitre  s'intitule Le Printemps Retrouvé. Un portrait par petites touches délicates et évanescentes au contenu un peu flottant et déstructuré, un scénario assez éclaté dans lequel les personnages se croisent de manière fu...