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Silence de Shûsaku Endô

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Vivre sa foi catholique au Japon n’était pas toujours bien perçu dans les années 30. L’œuvre de Shūsaku Endō, qui fut baptisé à onze ans avec sa mère, qui se convertit au catholicisme à son retour à Kōbe en 1934, se nourrira beaucoup de cet accommodement bien compliqué entre le christianisme et les traditions religieuses japonaises, bien éloignées de l’idée du monothéisme.  Son roman « Silence », considéré comme le chef-d’œuvre de Shūsaku Endō, s’inscrit dans un contexte historique très particulier, celui des persécutions des missionnaires jésuites et des convertis catholiques japonais au 17e siècle.  « Allez par le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné ».  Christophe Ferreira, missionnaire envoyé par la Compagnie de Jésus portugaise et tenu en grande estime pour avoir évangélisé la population japonaise pendant trente-trois ans, subira à son to...

Le chevalier Des Touches de Jules Barbey d'Aurevilly

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Extrait du premier chapitre, Trois siècles dans un petit coin  « C’était un vieux appartement comme on n’en voit guère plus, même en province, et d’ailleurs tout à fait en harmonie avec le groupe qui, pour le moment, s’y trouvait. Le nid était digne des oiseaux. A eux tous, ces vieillards réunis autour de cette cheminée formaient trois siècles et demi, et il est probable que les lambris qui les abritaient avaient vu naître chacun d’eux. Ces lambris en grisailles, encadrés et relevés par des baguettes d’or noircies et, par place, écaillées, n’avaient, pour tout ornement de leur fond monotone que des portraits de famille sur lesquels la brume du temps avait passé. »  Mon avis Jules Barbey d’Aurevilly, qui voulait être le Walter Scott de la Normandie, s’est inspiré d’épisodes réels de la Chouannerie normande pour écrire son roman. S’agit-il pour autant d’un roman historique ? Pas vraiment, tant le récit mélange allégrement les genres, allant du roman d’aventures a...

Une vieille maîtresse de Jules Barbey d'Aurevilly

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« Ne savait-il pas que le mal qui vient de la personne aimée est une raison pour l’aimer davantage, et que les grandes passions savent vivre de ce qui tuerait de médiocres sentiments ? » Personne n’a été l’objet de plus de commérages que M. de Marigny : aventurier, joueur, simple gentilhomme sans titre, libertin aux nombreuses conquêtes féminines mais revenant toujours, au bout du compte, chez sa vieille maîtresse. Il s’agit de l’espagnole Vellini, la maîtresse-sérail qui règne sur sa destinée depuis maintenant dix années, une courtisane ni jeune, ni belle mais dont la laideur possède des incroyables prestiges, une femme libre ne connaissant pas les convenances de son époque, ténébreuse et ardente à la fois. Une femme de tous les contrastes qui a maintenu vaille que vaille un ascendant sur M. de Marigny, qu’elle n’a jamais perdu. Sorcellerie, pacte de sang, diablerie, fatalité ? Il y a quelque chose en tout cas qui n’a rien à voir avec l’amour ou les tendres sentiments quand o...

Les Pérégrins d'Olga Tokarczuk

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Extrait Celui qui dirige le monde n’a pas de pouvoir sur le mouvement.  Il sait que notre corps en mouvement est sacré. Tu lui échappes que quand tu bouges. Il n’a de pouvoir que sur ce qui est immobile et pétrifié, sur ce qui est passif et inerte. Alors, remue-toi, balance-toi, cours, file ! Mon avis Olga Tokarczuk propose un récit éclaté en une multitude de chapitres disparates, certains plus courts que d’autres, pour mieux appréhender le mouvement mais aussi le temps, les moments fugitifs et fugaces, comme si la vie ne pouvait s’exprimer qu’en un court instant, avant de céder presque instantanément la place à un souvenir éphémère ou, au mieux, à une trace tenace, preuve ultime de ce qui a été. Il y a une recherche de l’instantané, du passager, qui singulièrement donne envie de retrouver ce qui subsiste du passé, prolongement artificiel d’un moment de vie pour accéder à un moment d’éternité. Importance du voyage « à l'intérieur du corps » et « dans la tête »...

Carnet de notes n°5 : Les Pérégrins d'Olga Tokarczuk (Lecture Commune)

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Des lignes, des surfaces et des volumes [p. 174] On ne peut voir que des fragments du monde, il n’y a pas autre chose. Il y a juste des instants, des bribes, des configurations fugaces qui, à peine surgis dans l’existence, se désagrègent en mille morceaux. Et la vie ? Cela n’existe pas. Je vois des lignes, des surfaces et des volumes qui se transforment dans le temps. Le temps, quant à lui, semble être un simple outil pour mesurer les tout petits changements – un double décimètre d’écolier gradué juste de trois repères : ce qui a été, ce qui est et ce qui sera. Importance, encore et toujours,  des traces, des cartes, des relevés, de ce qui reste ou de ce qui subsiste de ce qui a été. [p. 127] Chaque partie du corps devrait être sauvé de l'oubli.  Chaque être humain devrait être préservé de la disparition. Histoire de la conservation des corps, des reliques, des collections de cires anatomiques, des écorchés, des empaillés, de la plastination des tissus humain...

Carnet de notes n°4 : Les Pérégrins d'Olga Tokarczuk (Lecture Commune)

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La psychologie du voyage Le mouvement, le désir, la psychanalyse topographique, rester incognito, les parodies du voyage, les guides de voyage, le mouvement vers le fond, la psychothéologie du voyage, le syndrome du voyageur. La psychologie du voyage s'intéresse à l'homme qui est en mouvement, celui chez qui le désir suscite l'envie de tendre vers quelque chose, impulsant la direction à prendre.  Approfondir la signification métaphorique des lieux (la psychanalyse topographique). [ p. 167] Vous êtes-vous déjà demandé ce que signifie « Islande » ou « États-Unis » ?  Quel écho ces mots trouvent-ils en vous, quand vous les prononcez ? Ne connaître personne et n'être reconnu par personne, s'échapper un instant de sa propre vie. [p. 168]  Ça ne me faisait pas plaisir de tomber sur des compatriotes à l’étranger. J’ai fait semblant de ne pas comprendre les sons de ma propre langue. Je préférais rester anonyme. Avec un malin plaisir, j’observais à la dé...

Carnet de notes n°3 : Les Pérégrins d'Olga Tokarczuk (Lecture Commune)

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Kunicki - Partout et nulle part - Les aéroports [p.24]Le but de mes pérégrinations est toujours la rencontre d'un autre pérégrin. Partir, quitter, fuir, errer, disparaître, se fondre dans l'anonymat,  être libre, voyager, randonner ou faire du tourisme, l'éventail est large.  Les nouveaux nomades, ce sont les randonneurs, les bacheliers, les futurs étudiants, les émigrants, les bourlingueurs, les vagabonds, les fous...  Une vie sous le signe de la précarité et des jobs occasionnels. Vivre = survivre à l'écart. Comment perdre sa femme et sa fille sur une île minuscule ? Quand seul subsiste un seul simple sac à main de son épouse, dans lequel on retrouve des objets aussi dérisoires qu'un tube de rouge à lèvres presque neuf ou la carte de visite d'un bistrot.  Importance des traces, témoignage de notre passage.   [p.40] Kunicki se dit qu'on pourrait mener les recherches depuis un hélicoptère, car l'île est presque toute pelée.  Il so...