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Affichage des articles du juillet, 2008

La colonie pénitentiaire et autres récits de Kafka

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J’avais envie de relire une œuvre de Kafka, et j’ai opté pour celle dont je me souvenais le moins. Et pour cause ! « La colonie pénitentiaire et autres récits » me semble être de ceux qui résistent le plus à l’interprétation : incompréhension, absurdité, non-sens, nous restons perplexes face à tant de questionnements que suscite la lecture de ces récits. Ce recueil rassemble deux longues nouvelles (« La colonie pénitentiaire » et « Le terrier », inachevé), ainsi que des nouvelles plus courtes (« Un champion du jeûne », « Premier chagrin », « Une petite femme », « Joséphine la cantatrice ou le peuple des souris », « La taupe géante », deuxième récit inachevé). Attardons-nous un peu sur la première longue nouvelle donnant le titre du recueil ! « La colonie pénitentiaire » nous raconte l’histoire d’un voyageur débarquant dans un camp pénitentiaire situé sur une île des tropiques. Il est invité par le nouveau commandant de l’île à assister à l’exécution cap...

Kafka de Steven Soderbergh

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Prague, 1919.  Ville impénétrable aux ombres mystérieuses que domine le Château, Kafka y travaille comme employé de bureau le jour. Ecrivain la nuit en quête de vérité, il veut connaître la cause de la disparition de son collègue et meilleur ami, Edouard Raban. Son enquête le mène au Château.  Ce qu'il va y trouver dépasse en horreur tout ce qu'il aurait pu imaginer... En effectuant un savoureux mélange constitué d’éléments biographiques et des récits les plus connus de Franz Kafka, le réalisateur Steven Soderbergh rend hommage à l’univers de l'auteur en réalisant un excellent thriller aux accents fantastiques. Nous voilà plongés en pleine atmosphère kafkaïenne avec un Jeremy Irons en très grande forme, une photo superbe et un scénario de qualité, sans oublier les images en noir et blanc somptueuses de la première partie du film, qui ne sont pas sans rappeler le cinéma expressionniste que j’aime particulièrement.   Kafka est le de...

Vous avez dit ethnologie ?

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Un lecteur fidèle de ce blog, qui se trouve également être un collègue de travail, m’a demandé de lui conseiller un livre portant sur l’ethnologie. Cette demande, à l’origine de ce billet, me permet de revenir à ces quelques livres que j’ai lus il y a plus de quinze ans. J’ai effectivement eu la chance de suivre un cours d’ethnologie pendant mes études, cours qui est d’ailleurs devenu rapidement un de mes préférés. Ces lectures obligatoires furent de vraies découvertes et une ouverture aux mondes inconnus et mystérieux que constituent ces « cultures diverses et multiples». J’ai ajouté deux, trois livres à cette liste, livres que j’ai lus par après, ainsi que deux références incontournables selon moi malgré le fait que je ne les ai encore jamais lus ! Je ne peux que te – vous souhaiter d’agréables découvertes :-)   Cet ouvrage relate les problèmes, difficultés et incompréhensions diverses rencontrés par le père jésuite Eric ...

La muette de Chahdortt Djavann

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« J’ai quinze ans, je m’appelle Fatemeh, mais je n’aime pas mon prénom. Dans notre quartier, tout le monde avait un surnom, le mien était ‘la nièce de la muette’. La muette était ma tante paternelle. Je vais être pendue bientôt […] J’ai supplié le jeune gardien de la prison pour qu’il m’apporte un cahier et un stylo, il a eu pitié de moi et exaucé le dernier souhait d’une condamnée. Je ne sais par où commencer. » Ce court roman, qui se lit d’une traite, se présente sous la forme d’un journal d’une condamnée. Ce témoignage est sans aucun doute une fiction mais nous pressentons bien que cette histoire-là, aussi romancée soit-elle, n’est que le reflet de ce que vivent certaines femmes au pays des mollahs de l’Iran d’aujourd’hui : racontars, cupidité, sottises, dénonciations, domination masculine, oppressions, condamnations arbitraires, exécutions capitales, voilà toute la panoplie malheureusement bien connue de l’autoritarisme et du totalitari...

Bord de mer de Véronique Olmi

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Ce court roman fait partie de ceux qui se lisent lentement, goutte à goutte, qui prennent le temps qu'il faut pour en venir à bout. Je l'ai lu par cycles d'une vingtaine de pages avec de longues interruptions entre deux lectures.  Trop sombre, étouffant, j'avais besoin de ces pauses pour reprendre un peu d'oxygène avant de me replonger dans les grandes profondeurs, là où la lumière ne passe plus, là où il fait sombre et froid. Car d'emblée nous savons, dès les premières lignes, qu'un drame en gestation se prépare et s'accomplira au bout du voyage. « On avait pris le car, le dernier car du soir, pour que personne nous voie.  Avant de partir les enfants avaient goûté, j'ai remarqué qu'ils finissaient pas le pot de confiture et j'ai pensé que cette confiture allait rester pour rien, c'était dommage, mais je leur avais appris à pas gâcher et à penser aux lendemains. » Véronique Olmi nous subme...

Chers disparus de Claude Pujade-Renaud

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Quatrième de couverture Leur " cher disparu " s'appelle Jules Michelet, Robert Louis Stevenson, Marcel Schwob, Jules Renard ou Jack London. Elles ne se connaissent pas mais ont en commun d'être veuves d'écrivain et, depuis lors, de veiller sur l'œuvre. Tour à tour elles prennent la parole, évoquent le passé, se remémorent la vie conjugale, feuillettent les livres, raturent les journaux intimes et parfois découvrent, avec amertume ou résignation, quelque turpitude qu'il eût fallu ignorer. Mais par-delà toute indiscrétion, c'est au cœur des obsessions et du mythe personnel qu'elles plongent un regard attentif, où entre une part d'amour fidèle et indulgent. Cinq disparus, et donc cinq portraits subtilement agencés, dont la finesse nous ouvre de nouvelles clefs de lecture, en même temps que Claude Pujade-Renaud dévoile le versant caché de la littérature des hommes : celui, bien sûr, dont seules les femmes - dont se...

La mer de John Banville

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Quatrième de couverture « Anna est morte avant l'aube. À dire vrai, je n'étais pas là quand c'est arrivé. J'étais allé sur le perron de la clinique respirer à fond l'air noir et lustré du matin. Et pendant ce moment si calme, si lugubre, j'ai repensé à un autre moment, des années auparavant, dans l'eau, ce fameux été à Ballymoins. J'étais allé nager tout seul, je ne sais pas pourquoi, ni où Chloé et Myles étaient passés ; sans doute étaient-ils partis quelque part avec leurs parents, ce devait être une des dernières balades qu'ils ont faites ensemble, la toute dernière peut-être. » Après la mort de sa femme, Max se réfugie dans le petit village du bord de mer où, enfant, il vécut l'été qui allait façonner le reste de son existence. Assailli par le chagrin, la colère, la douleur de la vie sans Anna, Max va comprendre ce qui s'est vraiment produit, cet été-là. Comprendre pourquoi « le passé cogne en l...

Palais de glace de Tarjei Vesaas

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Quatrième de couverture Le don de Tarjei Vesaas, peut-être le plus grand écrivain norvégien de ce siècle (1897-1970), aura été de savoir abolir la dérisoire ligne de démarcation entre vie et mort, solitude et présence. Il n'y a pas d'explication toute prête à proposer de ce chef-d'œuvre qu'est Palais de glace, tant la symbolique en est riche et les harmoniques multiples. Peut-être ne s'agit-il que d'une variation intensément poétique sur le grand secret du thème sacré : l'amour plus fort que la mort. Les deux petites filles qui s'aiment à en mourir, qui aiment l'amour plus qu'elles-mêmes réalisent leur rêve fou, l'une dans la fantastique splendeur de la cascade figée par le gel en un sublime château de glace, l'autre dans un immatériel palais du souvenir. Écriture poétique, paysages féeriques, le début de l’hiver norvégien et l’amitié de deux petites filles dont l’une des deux disparaîtra dans une cathédr...

Pourfendeur de nuages de Russell Banks

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« Chasseur d’esclaves, a dit Père, je t’envoie tout droit en enfer. » Lorsqu’une étudiante de Columbia University demande à Owen Brown des informations sur son père, le célèbre abolitionniste américain John Brown, elle ignore encore qu’il mettra plusieurs mois à lui répondre sous forme de lettres-confessions, en débordant largement du cadre biographique à proprement dit. Il aura fallu à Owen Brown que s’écoulent plusieurs décennies avant d’atteindre un âge suffisamment avancé pour oser enfin affronter son passé. Pour ce faire, Owen remontera jusqu’à sa petite enfance où il grandit à l’ombre du patriarche John Brown, puritain et père de famille nombreuse au caractère autoritaire et ombrageux, défenseur de la communauté noire qui passera petit à petit du simple agitateur au fanatique religieux en passant par le terrorisme afin de défendre une noble cause : l’abolition de l’esclavage. Ou comment un père décide de sacrifier sa vie et la vie de ses fils...

Le tueur aveugle de Margaret Atwood

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Le tueur aveugle est un roman à tiroirs dans lequel nous retrouvons Iris Chase - femme bourgeoise de plus de 80 ans qui entame l’écriture de ses Mémoires -, les extraits d’un roman de science-fiction et les coupures de presses éclairant certains passages cités par l’héroïne. L’auteure s’amuse à brouiller les pistes en multipliant les perspectives, dans ce qui semble devenir au fur et à mesure de la lecture un véritable roman fleuve qui prend des allures de saga familiale labyrinthique ancrée dans son époque historique, politique, économique, sociale et culturelle. A l’instar de l’avant-dernier roman que j’ai lu de la romancière (« La voleuse d’hommes »), je suis à nouveau très mitigée. Roman qui se veut ambitieux de par sa construction et les nombreux thèmes abordés, ses faux-semblants et ses effets en trompe l’oeil, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver le temps long. Pourtant l’écriture est belle, les personnages intéressants, ...